Foot : comment la perte des droits de diffusion de la Ligue 1 fait vaciller Canal+

La chaîne, qui avait fait de la retransmission du foot français son produit phare, vient de perdre les droits de retransmission pour la période 2020-2024.

Le groupe Canal+ est en pleine zone de turbulence après la perte des droits de diffusion de la Ligue 1 à partir de 2020 et jusqu\'en 2024. 
Le groupe Canal+ est en pleine zone de turbulence après la perte des droits de diffusion de la Ligue 1 à partir de 2020 et jusqu'en 2024.  (JEFF PACHOUD / AFP)

C'est le grand perdant de l'attribution des droits télévisés de la Ligue 1 pour la période 2020-2024. Diffuseur du football français depuis 1984, Canal+ n'est pas parvenu à décrocher un seul lot de cet appel d'offres, se faisant damer le pion par un nouveau venu : Mediapro. Un tremblement de terre dans le paysage audiovisuel français et un saut dans l'inconnu pour la chaîne cryptée.

Les supporters, un public vital pour la chaîne ?

La perte de la Ligue 1 est un coup dur pour le groupe, qui a fait du sport une de ses marques de fabrique. Le cabinet Oddo BHF Media estime ainsi "que 40% des 4,9 millions d’abonnés à Canal+ France le sont pour le football (soit deux millions)". Dans cette note diffusée mardi soir, et relayée par BFM Business, quatre scénarios sont possibles, dont un entraînerait purement et simplement la faillite de Canal+, avec à la clé le "licenciement de 1 500 salariés", "l'évaporation de 2,1 milliards d'euros de valorisation et 200 millions d'euros de restructuration".

"Il ne faut pas dire que deux millions d'abonnés viennent seulement pour la L1, ce n'est pas vrai, se défend le patron de la chaîne Maxime Saada, interrogé par L'Equipe. Certains mois, ces deux millions regardent moins de 0,5 match du championnat." Sur franceinfo, il a également expliqué que son groupe ne voulait pas se "mettre en péril en misant des sommes déraisonnables sur les droits sportifs"

Canal+ c'est beaucoup plus que la Ligue 1, c'est le Top14, la boxe, le golf, 400 films récents par an, des créations originales. En regardant ce schéma, payer un montant déraisonnable et couler la boîte n'est pas concevable.Maxime Saada, président du directoire du groupe Canal+à franceinfo

Rassurer abonnés et salariés

Un mail a été envoyé dans la matinée aux abonnés pour leur rappeler "que le Groupe Canal+ est diffuseur de 100% de la Ligue 1 jusqu’en juin 2020", avant de laisser entendre que la chaîne pourrait racheter des droits de diffusion au nouveau venu Mediapro. "Cet appel d’offres autorise les attributaires de lots à céder tout ou partie de leurs droits. Une situation inédite qui offre la possibilité pour Canal+ de les récupérer indirectement. Ce qui nous laisse le temps, d’ici la rentrée 2020, d’examiner les possibilités de partenariats." En attendant de nouvelles perspectives, sur Twitter, certains s'amusent déjà à enterrer la chaîne en 2020 et dénoncent la gestion de son propriétaire, Vincent Bolloré. 

Un autre courrier a été envoyé la veille aux salariés de la chaîne pour les rassurer également. Dans ce texte, Maxime Saada explique que le groupe n'avait pas les moyens de s'aligner sur l'offre de Mediapro. "Canal ne mourra pas d'avoir payé trop cher des droits sportifs comme la plupart de ses concurrents", assure-t-il. 

Le cours en bourse chute lourdement

Pas suffisant pour rassurer les investisseurs ? Au lendemain de l'annonce de la perte des droits télévisés de la Ligue 1, le cours du groupe Vivendi, propriétaire de Canal+, a tout de même lourdement chuté : près de 4%. "La question se pose de savoir comment Canal+ a pu perdre l'ensemble de ces droits vitaux. Ceci nous amène à nous poser des questions sur la capacité du management à prendre les bonnes décisions stratégiques, trop concentré sur sa volonté de réduire les coûts à tout prix", ont estimé les analystes d'Invest Securities, un bureau d'analyse financière, cité par Les Echos.

Quoi qu'il en soit, c'est un coup dur pour l'image de la chaîne. "J'ai pas honte de dire que j'ai pleuré durant deux minutes." Interrogé par l'Equipe, Charles Bietry accuse le coup. L'ancien directeur des sports de Canal+ estime qu'avec la perte des droits télé de la Ligue 1, c'est "un château de carte qui s'écroule""Aujourd'hui, c'est un vrai coup dur pour Canal, c'est une évidence", commente-il sur RTL. Toutefois, l'ancien patron estime que "Canal n'est pas mort", à condition de "trouver un autre modèle, et de se retrousser les manches".