ENTRETIEN. Ligue 1 : "Où est la fierté ? Où est le respect du club ?", s'indigne Lilian Laslandes face à la situation des Girondins de Bordeaux

L'ancien avant-centre des Girondins se désole de la situation de son club, aux portes de la relégation en Ligue 2.

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France Télévisions
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Lilian Laslandes célèbrant un but contre Galatasaray en Ligue des champions, le 22 novembre 2006. (LIONEL CIRONNEAU/AP/SIPA / AP)

Un cri du cœur. Lilian Laslandes, ancien attaquant des Girondins de Bordeaux (1997-2001 et 2004-2008), ne vit pas bien la situation de son club, lui le natif de Bordeaux qui vit toujours dans la région. 19e de Ligue 1, avec quatre points de retard sur Saint-Etienne, barragiste, l'équipe est menacée par la relégation avant son déplacement à Nantes, dimanche 24 avril. Champion de France avec les Girondins en 1999, l'international français a inscrit 70 buts sous le maillot marine et blanc. Désormais entraîneur d'une équipe dans le Médoc, l'ancien joueur a livré sa tristesse et sa colère à franceinfo: sport.

Franceinfo: sport : A cinq journées de la fin, les Girondins de Bordeaux sont 19es de Ligue 1 et risquent la relégation. Que ressentez-vous face à cette situation ?

Lilian Laslandes : De la peur. L’équipe ne maîtrise pas totalement son sujet quand elle joue des matchs couperets. On sent que ce n’est pas constant : il y a des irrégularités. On est déçus de voir Bordeaux jouer les dernières places. On a un nouveau stade, le club a été racheté plusieurs fois, des promesses ont été faites… On est dans une impasse difficile à digérer.

En 2004-2005, vous étiez alors joueur du club et les Girondins s'étaient sauvés à la dernière journée, contre Marseille. La situation est-elle comparable aujourd'hui ?

Non, ce n’est pas du tout ça. Cette année-là, on était en haut de classement en décembre (6e à la mi-décembre, NDLR). On a ensuite enchaîné beaucoup de nuls (20 au total), puis des défaites. Il y avait autre chose au niveau mental, on ne jouait pas un match sur deux ou trois comme aujourd’hui. Les cadres étaient aussi en relation avec les supporters. Aujourd'hui, ils disent qu'ils le sont, mais bon... On ne prenait pas de 6-1, comme à Lyon.

Lilian Laslandes, après un but contre le PSG en 2004. (MAXPPP PHOTOPQR/SUD OUEST)

Sentez-vous les joueurs conscients du péril qui les guette ?

On ne sait pas si ces joueurs-là sont concernés. Quand on achète des nouveaux joueurs tous les ans, avec des prêts... Ceux qui sont prêtés (huit joueurs) se disent peut-être : ‘on rentre dans notre club s’ils descendent’. Quand vous jouez le maintien, vous ne pouvez pas prendre 6-1. Ça donne l’image d’une équipe qui s’en fiche. Où est la fierté ? Où est le respect du club ?

"Aujourd’hui, les bases ne sont plus là. C’est du business désormais."

Lilian Laslandes, ancien attaquant de Bordeaux

à franceinfo: sport

Depuis la vente du club par M6, en 2018, ce dernier a connu trois propriétaires. A force, les Girondins ont-ils perdu leur identité ?

On a perdu une identité, c’est le mot "famille". Ça a toujours été un club familial. Ces valeurs n’avaient jamais bougé, de Giresse à Gourcuff. Tous les joueurs venus ici ont ensuite acheté une maison dans la région. Ils se disaient qu’il y avait une communion avec les supporters, que l’on vivait bien ici. Et surtout, tout était structuré au club.

Je ne dis pas que le foot ne doit pas évoluer. Mais quand quelque chose marche, pourquoi changer les bases ? Vous voyez que tous les ans, il y a des problèmes. M6 n’a pas fait de cadeau au club. Ils ont vendu le club aux Américains, qui sont arrivés avec leurs institutions à eux. Mais tout a changé à Bordeaux, ce n’est pas possible !

En voulez-vous au président Gérard Lopez et au directeur sportif Admar Lopes, en poste depuis juillet 2021 ?

La direction va devoir s’expliquer : comment fonctionne ce club ? David Guion (entraîneur nommé en février) ne peut pas tout révolutionner. Et de toute façon, ce n’est pas la faute de l’entraîneur : qui est allé chercher ces joueurs ? Le président et le directeur sportif. Ces personnes font venir des joueurs, en connexion avec les agents.

Le président des Girondins de Bordeaux, Gérard Lopez, et le directeur sportif, Admar Lopes, lors de leur première conférence de presse à Bordeaux en juillet. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Je me suis tu, j'ai été dans le sens du club. Tout le monde était content quand il y a eu des sous, mais quel est le projet ? Le financier, on nous l’a présenté. Mais sur le terrain, on ne sait pas comment ça marche ! Ce ne sont pas des gens du foot. Un directeur sportif qui n’est pas footballeur n’est pas à sa place. Il ne sait pas comment ça se passe dans un vestiaire.

"On copie les grands, mais on est petits."

Lilian Laslandes, ancien attaquant de Bordeaux

à franceinfo: sport

Depuis les néo-internationaux Aurélien Tchouaméni et Jules Koundé, vendus il y a deux ans, aucun jeune n'émerge vraiment dans l'équipe première. Comme l'expliquer ?

Les Girondins n’y pensent même pas. Le club doit rester à son niveau. On va chercher dans le gros vivier parisien, avant de voir des jeunes du cru. Ça ne se fait plus comme avant, quand on recrutait des jeunes en Aquitaine. Des gens compétents, comme Matthieu (Chalmé, entraîneur de la réserve) ou Rio (Mavuba, adjoint de l'équipe U19) sont là pour apprendre aux jeunes. Mais même à ce niveau, les agents interviennent pour placer leurs joueurs…

Croyez-vous qu'une descente en Ligue 2 puisse permettre au club de repartir sur des bases plus saines ?

Les gens vont au stade en espérant ne pas descendre, mais il faut penser à la Ligue 2. Moi, je n'ai pas envie de ça. Il faut aussi penser aux jeunes joueurs, qui veulent de l'expérience. Ils ont besoin de jouer en Ligue 1. La Ligue 2, on y descend mais on ne sait pas quand on en remonte.

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