Football : "Une magnifique histoire de rédemption"... Comment Antoine Griezmann est redevenu une idole de l'Atlético de Madrid

Sur un nuage depuis l'automne 2022, le Français est devenu, mercredi, le meilleur buteur de l'histoire de l'Atlético de Madrid.
Article rédigé par Andréa La Perna, franceinfo: sport
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 6 min
Antoine Griezmann célèbre son but avec l'Atlético de Madrid face à Villarreal, au Wanda Metropolitano, le 12 novembre 2023. (THOMAS COEX / AFP)

Il avait déjà égalé Luis Aragones le 19 décembre. Antoine Griezmann est devenu le seul meilleur buteur de l'histoire de l'Atlético de Madrid, mercredi 10 janvier. Le Français a marqué le but du 2-2 pour les Colchoneros contre le Real Madrid en demi-finales de la Supercoupe d'Espagne. Il s'est même permis de faire tomber le Ballon d'Or Luka Modric sur un dribble, avant de croiser sa frappe parfaitement. Un 174e but sous les couleurs de son club qui a valeur de consécration pour celui qui brille dans tout ce qu'il entreprend depuis l'automne 2022.

"Je suis injouable", s'était-il lui-même amusé devant les journalistes de L'Equipe après la balade de son équipe face au Celtic en Ligue des champions (6-0 et un doublé pour lui), le 7 novembre dernier. Cinq jours plus tard, "Grizou" avait remis le couvert en débloquant la victoire des Colchoneros face à Villarreal avec un but et une passe décisive. Un énième coup d'éclat qui a convaincu le journaliste espagnol David Vinuesa Malbac d'écrire qu'Antoine Griezmann était "actuellement le meilleur joueur du monde".

"Personne n'est plus complet que lui. Il y a de grands attaquants comme Erling Haaland, Harry Kane, de grands milieux et de grands défenseurs, mais il n'existe aucun autre joueur comme lui. Il attaque bien, défend bien, équilibre l'équipe, fait jouer, crée des occasions. Il peut jouer en pointe, comme faux numéro 9, mais aussi dans le cœur du jeu. Il court, sait bien remettre de la tête, il gagne des fautes, il est important sur corners. Il a une intelligence de jeu merveilleuse et une maturité contagieuse", s'enflamme celui qui couvre l'actualité de l'Atlético de Madrid pour Libertad Digital.

2022 en guise de résurrection

À Madrid, la popularité de Griezmann est à son paroxysme. "Il est le joueur que tous les enfants veulent devenir, celui qui vend le plus de maillots, est le plus présent sur les réseaux sociaux et représente le mieux l'Atlético au niveau mondial", appuie David Vinuesa Malbac. Il est, aux côtés de Koke et de Jan Oblak, l'un des symboles les plus évidents de l'ère Diego Simeone, la plus faste du club madrilène sur la scène européenne (deux finales de Ligue des champions, trois sacres en Ligue Europa). Pourtant, contrairement à ses deux coéquipiers, il ne peut pas se targuer d'avoir toujours gardé une réputation immaculée.

Le niveau de performance du Français est tel qu'on en oublie parfois qu'il était encore considéré comme un traître par les supporters de l'Atlético de Madrid il y a deux ans. Lorsqu'il avait fait son retour à l'été 2021, la colère liée à son départ pour le rival barcelonais deux saisons plus tôt n'était pas encore dissipée à cause de "son documentaire ("La Decision") et sa façon de ne jamais clarifier son avenir en laissant les rumeurs fleurir ou de le voir dire à son frère qu'il aime Manchester et Barcelone".

Deux fans de l'Atlético de Madrid extatiques alors qu'Antoine Griezmann s'approche des tribunes du stade de Vallecas lors d'un déplacement chez le Rayo Vallecano. (JOSE BRETON / AFP)

Après une première saison en prêt plutôt décevante (12 buts, 9 passes décisives en 49 matchs), en deçà même de ses standards au Barça, où son passage a été largement considéré comme un échec, Antoine Griezmann a connu une renaissance à l'automne 2022. Tout s'est débloqué quand l'Atlético a négocié puis levé son option d'achat, après un début de saison passé à jouer les remplaçants (il ne pouvait pas jouer plus de 30 minutes par rencontre sous peine de voir son club être forcé de payer le prix fort). Libéré, "Grizou" s'est montré éblouissant avec l'équipe de France à la Coupe du monde avant de poursuivre sa lancée en club, bouclant l'exercice 2022-2023 en étant que joueur le plus décisif de la Liga (31 fois - 15 buts, 16 passes décisives), devant Robert Lewandowski (30).

"Il a reconnu son erreur. Les supporters lui ont pardonné pour son travail, sa qualité sur le terrain, ses mots et son humilité, décrit David Vinuesa Malbac. C'est une très belle histoire de rédemption". Pour son confrère Javi Gomara, suiveur des Colchoneros pour Mundo Deportivo, "Antoine Griezmann a travaillé en silence et est plus aimé encore que quand il est parti il y a quatre ans".

"Chouchou" et roi du pardon

Antoine Griezmann a 32 ans, mais ne les fait toujours pas, que ce soit dans son apparence ou sur le terrain. Les années passent et il est toujours autant difficile de ne pas lui donner le bon dieu sans confession. Au point que ses sorties de route finissent par être retenues comme de l'espièglerie. Passer de traître à idole est une prouesse à la portée de peu de personnes dans un monde aussi tumultueux que celui du football. Se racheter deux fois dans une même carrière en est une autre.

Avant qu'il ne devienne l'inamovible homme clé de Didier Deschamps (il n'a raté aucun des 84 derniers matchs des Bleus) et le meilleur passeur décisif de l'histoire de l'équipe de France (29), beaucoup ont oublié que le natif de Mâcon avait été suspendu de la sélection avant même de fêter sa première cape. Il avait effectivement fait partie des cinq joueurs ayant pris part à la fameuse sortie en boîte de nuit des Espoirs en octobre 2012, aux côtés de Yann M'Vila, Wissam Ben Yedder, Mbaye Niang et Chris Mavinga. Ce n'est qu'après avoir purgé un an de mise au ban qu'il avait pu faire ses débuts avec les Bleus, en mars 2014.

Une erreur de jeunesse rapidement évacuée par son rendement et son investissement sur le pré. "Tu es quand même un peu mon chouchou Antoine", lui a adressé Didier Deschamps, rieur devant la caméra de Téléfoot début novembre. Et le sélectionneur des Bleus n'est pas le seul à clamer son amour pour le 3e du Ballon d'Or 2018. Réputé pour être sévère et caractériel, Diego Simeone, son coach depuis ses débuts à l'Atlético, ne cesse de lui dresser des louanges. Comme si son visage s'éclaircissait à la mention du nom d'Antoine Griezmann. Lorsqu'il a égalé le record de Luis Aragones, au Metropolitano, c'est vers lui qu'il s'est directement dirigé pour fêter son 173e but.

"C’est un joueur extraordinaire, différent. Il a quelque chose de spécial. C'est un joueur qui travaille, qui aime comprendre ce qu’on attend de lui (...). Ça ne fait aucun doute qu’il restera comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du club", a confié "El Cholo" à la Cadena Ser le mois dernier. De là à mériter sa statue en bronze devant le stade, comme une autre légende du football français ? Car après huit années passées dans ce club étranger de premier plan qu'est l'Atlético, et en être devenu le meilleur buteur, Antoine Griezmann a désormais quelques points communs avec Thierry Henry à Arsenal (370 matchs et 226 buts de 1999 à 2007, puis en 2012). "Je ne pense pas que les deux soient comparables, tempère Javi Gomara. Je ne crois pas qu'il aura droit à sa statue... À moins qu'il fasse gagner à l'Atlético sa première Ligue des champions".

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