Les politiques qui se recyclent dans le foot, ça existe

De Serge Dassault à Gérard Bourgoin, ils sont quelques-uns à avoir tenté de diriger un club après (ou pendant) leur carrière politique. De quoi donner des idées au ministre Eric Besson, à qui on prête des rêves d'OGC Nice ?

Eric Besson portant le maillot de l\'équipe de France lors d\'un déplacement au Sénégal, le 7 décembre 2009, à Saly Portidal. 
Eric Besson portant le maillot de l'équipe de France lors d'un déplacement au Sénégal, le 7 décembre 2009, à Saly Portidal.  (SEYLLOU DIALLO / AFP)

Dans un portrait fouillé publié dans Le Monde, on apprend qu'Eric Besson, ministre de l'Industrie, aimerait bien arrêter la politique pour revenir dans le privé, pourquoi pas diriger un club de foot. Le Monde écrit qu'il serait tenté par l'OGC Nice, un club structurellement instable depuis quelques années, et qui peine à sortir du troisième tiers du classement de Ligue 1. Un revirement géographique pour un homme qui avait caressé l'idée de racheter le FC Nantes en 2007, quand le club huit fois champion de France était à vendre. 

Si les sportifs qui se lancent en politique sont légion, les politiques qui se lancent dans le sport sont beaucoup moins nombreux. On peut distinguer plusieurs cas de figure. 

• L'exil sportif à la tête d'un club après une carrière politique

L'ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac, Frédéric de Saint-Sernin, a dirigé le Stade Rennais de 2007 à 2010, avant d'être remplacé par l'ancien patron de TF1, Patrick Le Lay. Pas étonnant de le voir atterrir au Stade Rennais, propriété de la famille Pinault, après sa carrière en Chiraquie, tant les deux cercles sont liés : c'est chez François Pinault que Jacques Chirac va en vacances, à Saint-Tropez ou à Dinard.

Et Eric Besson ? A en croire Le Monde, le ministre de l'Industrie a vraiment envie de quitter la politique pour le ballon rond. Mais rien ne dit que les propriétaires du club niçois lui déroulent le tapis rouge...

• Prendre la tête d'un club par accident... ou presque

C'est ce qu'a tenté Serge Dassault, via son groupe de presse Socpresse, qui a repris le FC Nantes, chef d'œuvre en péril du football français. L'homme d'affaires, à l'époque maire de Corbeil-Essonnes et sénateur UMP, a racheté la Socpresse en 2004 pour pouvoir s'offrir Le Figaro. Le reste de l'entité, les journaux régionaux et le FC Nantes, ne l'intéressaient guère. Pire, le foot en général ne le passionne pas. "Quand tu vois le peu d'engouement de Dassault pour le football, c'est un premier problème", remarquait l'ancien entraîneur nantais Serge Le Dizet, sur football.fr. Les mauvais résultats du club, un recrutement exotique mais raté et quelques déclarations bien senties lui ont mis à dos les supporters (voir sur le site FCNhisto sa sortie digne d'un comptoir de PMU sur le coach). Serge Dassault finira par revendre le club en 2007.

Et Eric Besson ? Le ministre n'aura pas ce procès en légitimité s'il reprend l'OGC Nice ou un autre club. Fin connaisseur du ballon rond au point d'avoir pistonné Paul Le Guen à la tête de la sélection camerounaise, il a signé en 2009 un rapport intéressant (PDF) pour relancer la compétitivité du foot français. 

• La présidence d'un club de foot comme tremplin

Le meilleur exemple en France, c'est Jean-Louis Borloo à Valenciennes. Devenu président du club de foot en 1986, il est élu maire (sans étiquette) de la ville avec 76 % des voix, trois ans plus tard. 

En Espagne, être président du Barça donne une sérieuse chance de devenir maire de Barcelone. L'ancien président du club (2003-2010) Joan Laporta rêve de la mairie, et pas que le matin en se rasant. Il a créé son parti et obtenu un siège au parlement de Catalogne, malgré des scandales autour de sa gestion du Barça. Un portrait de lui publié par le site américain ESPN lâche qu'il se considère comme une sorte de "réincarnation de Kennedy".

Et Eric Besson ? Il est dans la problématique inverse. Il voudrait revenir dans le secteur privé. En cas de réussite dans le sport, il peut cependant revenir dans le jeu politique. A chaque scrutin régional, les partis essaient d'enrôler des figures locales du sport dans leurs listes.

Eric Besson en train de jouer au foot, aux côtés de Richard Gasquet et de Patrick Bruel, au Stade Charléty, le 20 mai 2008.
Eric Besson en train de jouer au foot, aux côtés de Richard Gasquet et de Patrick Bruel, au Stade Charléty, le 20 mai 2008. (PATRICE HERZOG / AFP)

• Elu local, ça aide pour diriger le club du coin 

Beaucoup d'élus locaux dirigent des clubs de leur région : Gérard Bourgoin à Auxerre, Noël Le Graët jusqu'à récemment à Guingamp... L'exemple du politique qui n'est qu'ensuite venu au sportif, c'est Francis Decourrière. L'ancien président de Valenciennes a été député européen de 1994 à 2004, avant de diriger le club de basket de foot de la ville. Son ancrage local lui a assuré une légitimité très forte.

Et Eric Besson ? Aucun grand club ne se situe à proximité de la circonscription où il est élu, dans la Drôme. Il fait donc preuve d'un éclectisme certain lorsqu'il assiste à un match. On l'a vu faire le déplacement à Liverpool "parmi les supporters lyonnais" en 2009, il est souvent présent aux rencontres disputées par les Girondins de Bordeaux... 

Une chose est sûre : l'idée de tenter sa chance dans le foot trotte depuis longtemps dans la tête du ministre de l'Industrie. En 2007, lors de sa tentative avortée de rachat du FC Nantes, il déclarait au au Nouvel Observateur : "A titre privé, j'ai le droit d'envisager ma reconversion professionnelle comme bon me semble. Le sport est une passion. Si elle peut devenir un jour une activité professionnelle, en quoi cela est-il discutable ?" Reste qu'à Nice on n'a pas entendu parler d'une telle rumeur, et que l'actionnaire majoritaire, qui a pris les commandes en juin dernier, ne semble pas prêt à lâcher le club.