Le parcours du combattant du supporter marseillais au Parc des Princes

Déploiement de forces de police, contrôle et re-contrôle, le retour des supporters marseillais à Paris tient plus du convoi militaire que du voyage d'agrément. Signe que la politique à leur égard n'a pas changé.

Des policiers anti-émeute surveillent les supporters dans les tribunes de PSG-OM, le 28 février 2010.
Des policiers anti-émeute surveillent les supporters dans les tribunes de PSG-OM, le 28 février 2010. (MYSTY/SIPA)

SPORTS - Supporters de l'OM, votre mission si vous l'acceptez sera de prendre le bus mercredi 31 octobre au matin à Marseille. Une fois dans le bus, vous serez escorté par les forces de l'ordre jusqu'en région parisienne. A cet endroit, dans un lieu tenu secret, on vous remettra votre billet pour le match PSG-OM (coup d'envoi à 21 heures). Vous devrez décliner votre identité aux policiers présents, qui fouilleront avec minutie vos effets personnels. Rappel : mégaphones et banderoles interdits, et les drapeaux ne doivent pas dépasser un mètre. 

Un tel dispositif policier a légèrement refroidi les amoureux de l'OM. 400 places étaient disponibles, environ 250 ont trouvé preneur. C'est cinq fois moins que lors du dernier déplacement des supporters olympiens à Paris, en 2010. Signe que la sécurité est de plus en plus verrouillée au fil des années.

Le double effet Loppsi II

Entre deux, la Loppsi II est passée par là. Cette loi très critiquée par les supporters permet aux préfets d'interdire les déplacements de supporters pour des rencontres à l'extérieur. "Supporters" a une définition très large dans cette loi, puisque la loi inclut "toute personne se comportant comme tel (...) dont la présence est susceptible d'occasionner des troubles graves pour l'ordre public" (article 60 de la loi).

On se rappelle de supporters de Lens privés du match Lens-PSG en mars 2010 à cause de leur plaque d'immatriculation de région parisienne. Ou les fans d'Auxerre en région parisienne empêchés d'acheter les tickets sur Internet début 2011. Les supporters de l'OM, très nombreux en région parisienne, n'ont d'autre choix que de regarder le match à la télévision.

"Disproportionné" mais "cohérent"

Quant aux fans qui viennent, leur déplacement tient plus de l'épisode de New York Unité Spéciale que de supporters en voyage d'agrément. "Il ne fraudait quand même pas que le déplacement des fans de l'OM s'apparente à un convoi militaire, remarque le sociologue spécialiste des mouvements de supporters Nicolas Hourcade, contacté par francetv info. "C'est à la fois disproportionné et cohérent. Pour l'instant, on a une approche policière, qui peut se justifier par une situation exceptionnelle. Il vaut mieux un déplacement de supporters très encadré que pas de déplacement du tout. Autour du PSG, les choses ne sont pas stabilisées. Mais je n'ai pas l'impression qu'on cherche une autre solution pour que ces mesures soient simplement transitoires", conclut Nicolas Hourcade. 

Une banderole de supporters de l\'OM lors d\'un OM-PSG au Stade Vélodrome de Marseille, le 7 octobre 2012. 
Une banderole de supporters de l'OM lors d'un OM-PSG au Stade Vélodrome de Marseille, le 7 octobre 2012.  (NIVIERE/VILLALONGA KARINE/SIPA)

 

Dans les autres pays européens, la réponse est extrêmement contrastée. Le nord de l'Europe (Angleterre, Allemagne, Belgique) adopte une approche d'accompagnement des fans. La France prend plutôt la voie de l'Italie, très répressive. De l'autre côté des Alpes, les supporters doivent accepter d'être fichés et disposer d'une carte d'identité spéciale, la Tessera del Tifoso, pour pouvoir assister aux rencontres à l'extérieur. Pour acheter un billet dans n'importe quel stade de plus 5000 personnes, il faut montrer patte blanche. A moins de passer par une agence, qui propose le billet au double de sa valeur faciale. Comme le souligne le magazine anglais When Saturday Comes, "dans un pays où tant de lois sont bafouées, celles qui concernent les fans de foot sont appliquées avec une rigidité qui confine au sadisme".

Et le changement de majorité n'a (pour l'instant) rien changé. "Les supporters sont toujours considérés comme un groupe à risque, conclut Ludovic Lestrelin, sociologue, auteur de plusieurs livres et articles sur les mouvements de supporters. Les déclarations de Valérie Fourneyron, ministre des Sports, ne laissent pas présager de changement de ce côté-là. De toute façon, la gestion des supporters, ça se joue toujours au ministère de l'Intérieur."