Incidents à Marseille : "Le football professionnel français traverse une crise de sens", estime le sociologue du sport Ludovic Lestrelin

Ludovic Lestrelin, sociologue du sport à l'université de Caen et membre de l'instance nationale du supportérisme, revient dimanche sur franceinfo sur les incidents provoqués la veille par 300 supporters venus prendre d'assaut le centre d'entraînement de l’OM.

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Ces violences ont entraîné le report du match de Ligue 1 entre Marseille et Rennes, qui devait avoir lieu à 21 heures au stade Vélodrome. (NICOLAS TUCAT / AFP)

"Ce qui se passe à Marseille est un miroir grossissant parce que des tensions sont également extrêmement présentes et très vives autour d'autres clubs" de football, a estimé dimanche 31 janvier sur franceinfo Ludovic Lestrelin, sociologue du sport à l'université de Caen et membre de l'instance nationale du supportérisme. Il est revenu sur les incidents provoqués la veille par 300 supporters venus prendre d'assaut le centre d'entraînement de l’OM.

franceinfo : Qu'est-ce qui différencie ces supporters violents de tous les autres qui, même quand leur club va mal, n’en arrivent pas là ?

Ludovic Lestrelin : On a affaire à des supporters vraisemblablement membres de groupes organisés des supporters de l'Olympique de Marseille et qui prennent en charge en quelque sorte la contestation. Ils ont utilisé un mode d'action coup de poing qui a mené à ces incidents violents, qui sont évidemment condamnables. On a traditionnellement une prise en charge du mécontentement par ces groupes et c'est ce qui s'est passé.

La colère des supporters olympiens ne peut pas s'exprimer dans leur stade, puisque les matchs sont à huis clos. Est-ce aussi cela qui explique que la colère éclate ailleurs et peut-être plus fortement ?

C'est un élément de conjoncture qui pèse sans doute. Le stade, les tribunes sont un espace d'expression habituel du mécontentement. Vous avez des groupes qui ont pris en charge cette expression du mécontentement depuis une vingtaine, une trentaine d'années. Le fait qu'il n'y ait pas le stade aujourd'hui fait que ce mécontentement ne peut pas s'exprimer comme habituellement. Il peut aussi s’exprimer dans d'autres espaces en coulisses : il y a aussi des rencontres qui sont organisées entre les directions de club et les groupes de supporters. Il faudrait voir un peu ce qu'il en est à l'Olympique de Marseille. Le dialogue est rompu depuis un certain temps. Il n’y a pas l'espace d'expression traditionnel au stade et visiblement, les autres espaces en coulisses ont aussi été supprimés. Vous avez tous les éléments pour que la pression monte et que la tension devienne très vive.

Pour éviter d'en arriver là, structurellement, qu’est-il nécessaire de mettre en place ?

Il y a des éléments conjoncturels, qui touchent à certaines spécificités marseillaises. Mais les événements touchent effectivement à des causes structurelles beaucoup plus profondes qui se jouent à la fois au niveau des clubs eux-mêmes et au niveau des instances nationales du football. Au niveau des clubs, il y a la nécessité de travailler au long cours au lien avec le public dans toute sa diversité. Le public du football aujourd'hui est un public extrêmement composite. Vous avez des franges extrêmement variées du public. C'est complexe, mais les clubs doivent évidemment travailler en ce sens. Et puis au niveau national, je pense que le football professionnel français, au-delà de la crise économique qui est la sienne et qui s'est aggravée avec la défaillance de Mediapro sur les droits télé, traverse une crise de sens. C’est bien plus qu'une crise économique. Et donc, il y a des causes structurelles. Ce qui se passe à Marseille aujourd'hui est un miroir grossissant, parce que des tensions sont également extrêmement présentes et très vives autour d'autres clubs à Nantes, à Bordeaux, à Lille, à Saint-Etienne, etc.

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