Homophobie dans le foot : "L'injure n'a rien à faire dans un stade"

Le porte-parole du Collectif rouge direct revient sur le phénomène des chants et insultes à caractère homophobe dans les stades.

Des supporters de Saint-Etienne, le 5 novembre 2017.
Des supporters de Saint-Etienne, le 5 novembre 2017. (JEFF PACHOUD / AFP)

"L'injure raciste, homophobe, n'a rien à faire dans un stade de foot", a déclaré mercredi 21 août sur franceinfo Julien Pontes, porte-parole du Collectif rouge direct et ancien président du Paris foot gay, alors que 18 rencontres depuis le début de la saison sont dans le viseur de la commission de discipline de la Ligue de football professionnel pour des insultes ou chants à caractère homophobes. Le week-end dernier, le match Nancy-Le Mans a été interrompu pour cause de chants homophobes.

franceinfo : 18 rencontres sur une soixantaine depuis le début de la saison, ce chiffre vous impressionne-t-il ?

Julien PontesC'est un chiffre qui reflète assez bien le niveau d'homophobie dans le football professionnel et dans le football en général. On a mis du temps à agir et à reprendre les dispositions qui s'imposaient. On parle d'arrêts de matchs, mais pour le moment, il n'y a eu que Nancy-Le Mans qui a été arrêté. Il y a de nouvelles dispositions qui sont prises, c'est l'arrêt de match et c'est très bien.

Souhaitez-vous qu'on aille jusqu'à l'arrêt de ces rencontres ? Pensez-vous qu'il y aura une prise de conscience de la part des supporters ?

Bien sûr, il faut l'application du règlement. Cela ne sert à rien de créer des dispositions qu'on n'appliquerait pas. Maintenant, il faut aussi que lors des matchs de Ligue 1, quand il y a des chants, des injures homophobes, on fasse la même chose que pour Nancy-Le Mans [en Ligue 2]. Un arrêt de match temporaire, qui va jusqu'à l'arrêt définitif s'il y a des récidives de chants homophobes. Il faut une tolérance zéro par rapport à ces faits d'homophobie qui sont graves et punis par la loi. Il faut maintenant qu'avec des mesures un peu spectaculaires, on prenne conscience que l'homophobie est quelque chose de très grave.

Après, ça ne suffit peut-être pas. Il faut faire de la prévention, de la sensibilisation auprès des supporters. Il faut faire des rappels à la loi, les rencontrer, discuter, échanger avec eux. Il faut leur expliquer pourquoi ces injures ne sont pas anodines, pourquoi décomplexer l'injure homophobe dans un stade de foot, dans le sport le plus populaire en France, ça facilite les violences physiques contre les LGBT. On sait que ces violences sont en progression de 15% sur l'année écoulée, donc il faut sanctionner, prendre le problème au sérieux. Il faut cibler les auteurs de cette homophobie, qui ne sont pas la majorité des supporters. 65% des supporters veulent qu'on sanctionne les faits d'homophobie pendant les matchs.

Il faut cibler les auteurs de ces faits, c'est pourquoi nous portons plainte contre X pour les identifier. Suite au match Nancy-Le Mans, on se demande pourquoi la LFP et les clubs ne font pas pareil. Quand on constate des faits d'homophobie dans les stades, on doit porter plainte, cibler les auteurs et il ne faut pas que ces arrêts de match punissent tout le monde. Il faut sanctionner les auteurs et comme ça se fait en Angleterre, il faut qu'ils soient bannis de stade.

Vous individualisez les sanctions, les clubs ne doivent-ils pas payer selon vous ?

Il faut faire les deux. Il y a tout un tas de pistes à mettre en œuvre, il faut des arrêts de match mais aussi cibler les auteurs. Tout cela doit se faire progressivement. Prévention, sanctions, ciblage de la minorité de supporters qui refuse d'arrêter ces chants homophobes. Nous ce qu'on veut, c'est faire comprendre qu'arrêter de dire "pédé" pour injurier l'adversaire, ce n'est pas une atteinte terrible à la liberté d'expression des supporters. Ils peuvent trouver d'autres moyens d'encourager leur équipe. L'injure raciste, homophobe n'a rien à faire dans un stade de foot, ni ailleurs.

Y a-t-il eu des progrès ces dernières années sur la lutte contre l'homophobie dans les stades ? 

Cela fait deux ans et demi qu'on adresse des mises en demeure à la ligue de foot professionnel par la voie de notre avocate pour qu'elle sanctionne les chants homophobes. On estime que ça progresse, parce qu'il y a eu la journée du 17 mai où la Ligue a fait des actions de communication. Cela vaut ce que ça vaut, mais c'est quand même pas mal. Pour cette nouvelle saison, elle met des dispositifs encore plus contraignants contre les chants homophobes. Donc oui, on pense que ça va dans le bon sens et que petit à petit, les mentalités vont évoluer.

Ces insultes homophobes sont-elles spécifiques ?

Nous ne sommes pas historiens du football, on constate juste des faits, un niveau d'homophobie qui est très important, notamment dans le football professionnel. On avait mené une enquête qui montrait que 43% des joueurs de foot professionnel et 50% des joueurs en centres de formation ont des opinions hostiles aux homosexuels. Dès le plus jeune âge, dans les clubs de football, il y a une tradition qui fait qu'on utilise des expressions comme une "équipe de pédés, de tarlouzes".