"Football Leaks": le hacker Rui Pinto a été extradé au Portugal, où il risque dix ans de prison

L'homme à l'origine de la plus importante fuite d'informations sur le football a été extradé depuis la Hongrie, où il résidait depuis 2015. Il encourt dix ans de prison au Portugal.

Rui Pinto lors de son arrivée au tribunal de Budapest (Hongrie), le 5 mars 2019. 
Rui Pinto lors de son arrivée au tribunal de Budapest (Hongrie), le 5 mars 2019.  (FERENC ISZA / AFP)

Le hacker portugais Rui Pinto, principal artisan des "Football Leaks", révélations fracassantes sur les dessous du football-business, a atterri à Lisbonne où la justice portugaise le réclame. A son arrivée, jeudi 21 mars, le jeune homme devait être transporté vers les locaux de la police judiciaire avant d'être entendu sous 48 heures par un juge d'instruction qui devrait le placer sous contrôle judiciaire.

Rui Pinto résidait à Budapest depuis 2015. Il avait tenté de s'opposer à son extradition mais la justice hongroise l'avait acceptée, en appel, le 14 mars. Cet homme est présenté par ses avocats comme un "très important lanceur d'alerte européen" grâce auquel les parquets de plusieurs pays ont ouvert des enquêtes sur les malversations présumées dans le football. Football Leaks reste à ce jour la plus importante fuite d'informations sur les coulisses du ballon rond.

Cet autodidacte âgé de 30 ans est soupçonné d'avoir accédé aux systèmes informatiques du club Sporting Portugal et du fonds d'investissement Doyen, puis d'avoir exigé à Doyen le paiement d'une somme de 500.000 à un million d'euros pour cesser de publier sur internet ces documents obtenus de façon illicite. Il encourt une peine pouvant atteindre dix ans de prison.

Ces révélations ont entraîné plusieurs procédures judiciaires

Le hacker, qui utilisait le pseudonyme de "John", avait depuis 2015 piraté des millions de fichiers dans le but, selon lui, de dévoiler les coulisses d'une industrie du football "malhonnête". A partir de 2016, il a confié ces documents à un consortium de médias européens, European Investigative Collaborations, qui ont révélé fin 2016 et en novembre dernier des mécanismes d'évasion fiscale, des soupçons de fraude et de corruption mettant en cause joueurs vedettes et dirigeants de clubs.

De nombreux dossiers qui lui sont imputables, comme les ennuis fiscaux de Cristiano Ronaldo liés à son passage au Real Madrid, l'affaire du fichage ethnique au PSG ou encore celle de la tolérance accordée par l'UEFA aux entorses présumées du Paris SG et de Manchester City au fair-play financier. Ces révélations ont conduit à l'ouverture de procédures judiciaires en France, en Belgique et en Suisse.

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Le Parquet national financier français (PNF), avec qui Rui Pinto a engagé une collaboration fin 2018, a notamment estimé que le hacker avait permis des "développements majeurs" dans les enquêtes pour fraude fiscale qu'il a ouvertes.

"Aucune confiance dans les autorités portugaises"

Lors de son procès en Hongrie, Rui Pinto avait accusé le Portugal de chercher à le faire taire et à entraver les enquêtes en l'empêchant de fournir de nouveaux documents aux autorités judiciaires de plusieurs pays européens. "Je n'ai aucune confiance dans les autorités portugaises, elles ont une approche biaisée en matière de football", avait-il affirmé. "Il est de leur intérêt que quelque chose de fâcheux m'arrive, directement ou indirectement".

Le pirate avait assuré avoir fait l'objet de "nombreuses menaces de mort" mais le tribunal de Budapest a estimé que sa "sécurité personnelle" était "garantie" au Portugal. En marge de l'audience, il avait déclaré que les Fin janvier, son avocat français, William Bourdon, avait jugé "inconcevable" que les autorités européennes pourraient recouvrer "des millions d'euros (...) grâce à des sanctions financières contre les personnes incriminées dans les 'Football Leaks'".