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Euro 2016 : Ricardo Quaresma, le Harry Potter du foot qui a failli disparaître de la sélection portugaise

L'ailier, célèbre pour ses tirs de l'extérieur du pied, a inscrit le but qui a qualifié le Portugal pour les quarts de finale de l'Euro, au crépuscule d'une carrière faite de hauts, de bas et de polémiques. Portrait.

Article rédigé par Louis Boy
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 8 min
L'attaquant portugais Ricardo Quaresma exulte après son but décisif contre la Croatie, en huitièmes de finale de l'Euro, le 25 juin 2016 à Lens. (REUTERS)

Alors que son équipe était tenue en échec, samedi 25 juin, en 8es de finale de l'Euro 2016 contre la Croatie, Cristiano Ronaldo a bien failli sauver le Portugal. Mais sa frappe à la 117e minute, décochée au terme d'un contre éclair, a été repoussée par le gardien croate. C'est un autre Portugais, un revenant qui fut un jour l'égal de Ronaldo, qui a surgi pour mettre au fond le but décisif : Ricardo Quaresma. Bourré de talent, mais passé un peu à côté de sa carrière, l'ailier mal-aimé du Besiktas Istanbul déchaîne les passions dans son pays. Francetv info vous explique pourquoi.

"Harry Potter", un magicien au jeu pas comme les autres

Ricardo Quaresma, âgé de 32 ans, n'est peut-être pas devenu un grand joueur, mais il a imposé un style inimitable grâce à un geste qu'il maîtrise comme personne : la "trivela", c'est-à-dire la frappe ou la passe effectuée avec l'extérieur du pied, plutôt que l'intérieur. Les plus grands joueurs n'utilisent pratiquement jamais cette technique risquée et bien particulière. Quaresma, lui, le fait tout le temps. C'est même devenu un gag récurrent : après son but contre la Croatie, certains sur Twitter s'amusaient à affirmer qu'il avait marqué de "l'extérieur de la tête".

Quaresma est un joueur parfois frustrant dans sa volonté de chercher le beau geste plutôt que le plus efficace, mais aussi le genre de joueur qui donne envie d'acheter une place au stade rien que pour voir ses gestes magiques, qui lui ont valu le surnom de "Harry Potter". Son jeu est fait pour la génération YouTube, qui se repasse en boucle ses meilleures actions.

A l'Euro 2016, le compte Twitter de la sélection portugaise se régale de ses gestes techniques à l'entraînement, autant que de ceux de Ronaldo.

"Fondamentalement, il ne fait rien comme il faut, résume parfaitement le site GrantlandIl se déplace dans des angles impossibles, il n'a pas de pied gauche, il ne fait que des passes piquées ou du talon. Mais cette excentricité est ce qui le rend brillant. Ses mauvais choix sont tellement bien exécutés qu'ils deviennent les bons." L'entraîneur qui l'a lancé, le Roumain László Bölöni, est plus sévère, dans L'Equipe : "Il a moins de qualités, quand même, que Ronaldo. Il n'est pas si efficace, n'a pas un jeu de tête extraordinaire, a un pied gauche moyen. On peut davantage bâtir sur les qualités de Ronaldo que sur celles de Quaresma, qui est un peu plus frondeur. Ronaldo résiste mieux aux difficultés, au stress, à la fatigue physique."

Le problème, c'est que Ricardo Quaresma est incapable de changer son jeu si déroutant. A la Gazzetta dello Sport, traduite par un site français, il expliquait que sa "trivela" était née quand il n'avait que 7 ans : "Je touchais le ballon ainsi, toujours de l'extérieur et toujours avec le pied droit, parce que le pied gauche, pour moi, il peut rester à la maison. L'entraîneur n'en pouvait plus, et un jour il m'a dit : 'Si tu tires encore une fois de cette façon, je te renvoie'. Une action plus tard, j'étais dans le vestiaire." Le Portugais n'était pas un gamin excentrique : il est simplement né avec les jambes arquées. Ses pieds sont, davantage que la normale, tournés vers l'intérieur. Tirer avec l'extérieur est donc la solution évidente pour lui. Cette vidéo de l'UEFA permet de constater son aisance dans cet exercice.

Un "mustang" impétueux, à la carrière agitée

Aujourd'hui, il ne viendrait à l'esprit de personne de comparer le talent de Cristiano Ronaldo, triple ballon d'or et star du Real Madrid, avec celui de Ricardo Quaresma. Pourtant, les deux ailiers ont éclos presque simultanément, au début des années 2000, au Sporting, l'un des deux grands clubs de Lisbonne. Ils sont d'ailleurs restés proches : "Ça me manquait de jouer avec Quaresma", déclare Cristiano Ronaldo lors du retour de ce dernier en sélection en 2014, le genre de compliments que l'on entend rarement dans sa bouche. A l'Euro, ils se mettent en scène ensemble sur Instagram.

Meu puto maravilha

Une photo publiée par Ricardo Quaresma (@ricardoquaresmaoficial) le

D'un an l'aîné de Ronaldo, Quaresma débute avec un peu d'avance en équipe première, en 2001, et apparaît comme la plus grande promesse du foot portugais. Son entraîneur de l'époque, László Bölöni, le compare à un cheval mustang : fougueux, mais difficile à dompter. "Quand il a commencé avec moi, il avait un comportement de petit prince, un peu sauvage", raconte-t-il à L'Equipe. Au Sporting, Quaresma marque davantage que Ronaldo. Les deux quittent le nid au même moment, à l'été 2003 : Cristiano Ronaldo part à Manchester United, où il construira sa légende ; Ricardo Quaresma choisit Barcelone, où il est au moins aussi attendu.

C'est le début de la carrière en dents de scie de Ricardo Quaresma. Souvent laissé sur le banc par Frank Rijkaard à Barcelone, le Portugais de 20 ans se plaint publiquement de son coach, et prend la porte après une saison. "J'ai pris de mauvaises décisions à des moments clés de ma carrière, admettait-il à Sky Sports (en anglais) en 2014. Je voulais tout, tout de suite, et ça ne m'a causé que du tort." Il se refait une réputation pendant quatre saisons au FC Porto, avant d'être débauché en 2008 par José Mourinho à l'Inter Milan. Un artiste dans l'équipe d'un des coachs les plus rigides qui soient : la greffe ne prend pas, Quaresma a l'impression de "désapprendre à jouer". Quelques mois après son arrivée, il obtient le "Bidon d'or", attribué chaque année à la pire recrue du championnat italien. Ricardo Quaresma a raté sa dernière chance dans un grand club.

Au bout d'un an, il part en Turquie, au Besiktas Istanbul, et retrouve son jeu, mais les ennuis vont le rattraper. Un jour où il est remplacé à la mi-temps, il jette une bouteille d'eau sur son entraîneur. Quelques mois plus tard, sélectionné pour participer à l'Euro 2012 avec le Portugal, il se bat avec son coéquipier Miguel Lopes après un tacle trop appuyé. A l'automne 2012, il entre en conflit avec la direction de son club quand celle-ci veut diviser son salaire par deux pour faire des économies. Mis à l'écart, Quaresma est accusé par son président d'avoir uriné dans le vestiaire, et d'avoir montré son sexe à une employée. Le joueur dément et porte plainte pour diffamation. Quelques semaines plus tard, il est pris dans une altercation avec un policier. Il finit par quitter la Turquie après six mois sans avoir mis les pieds sur les terrains, pour rejoindre Dubaï. Un véritable cimetière de joueurs en pré-retraite : à même pas 30 ans, on le croit alors perdu pour le football. "Je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête", dira-t-il plus tard.

Mais l'histoire finit bien : après un an de purgatoire, Ricardo Quaresma a su saisir sa chance en revenant à Porto, où il a signé une belle saison, et s'est rappelé au souvenir de l'Europe avec un doublé contre le Bayern Munich en Ligue des champions, en avril 2015. Avant de repartir, l'été dernier, au Besiktas, signe que "le mustang" a un fort tempérament, mais n'est pas rancunier.

Un Tzigane revendiqué, mais mal aimé

Le public ne sait pas toujours quoi penser de Ricardo Quaresma, et manifestement, les sélectionneurs portugais non plus. L'attaquant a été sélectionné pour trois Euros (2008, 2012 et 2016) mais aucun Mondial, même en 2014, alors qu'il semblait retrouver sa forme. Le spécialiste Portugal d'Eurosport n'hésitait pas à le comparer à Samir Nasri en 2014 : un joueur objectivement talentueux, mais qu'on préfère laisser de côté, tant les polémiques semblent le poursuivre. Même son look de bad boy fait parler : avant l'Euro, il s'est fait tatouer deux larmes sous son oeil. Traditionnellement, ce sont les criminels qui se tatouent une larme pour chaque personne qu'ils ont tuée.

Ricardo Quaresma dans les bras d'un de ses coéquipiers portugais après son but contre la Croatie, qui a qualifié le Portugal pour les quarts de finale de l'Euro, le 25 juin 2016 à Lens (Pas-de-Calais). (FRANCISCO LEONG / AFP)

L'image sulfureuse de Ricardo Quaresma est-elle liée à ses origines ? Le joueur, né dans un quartier populaire de Lisbonne, a une mère angolaise et un père gitan : au Portugal, il est surnommé "O cigano", "le Tzigane". Un héritage qu'il revendique : "J’aime la musique tzigane, les fêtes et l’ambiance qu’on y trouve. On forme une grande famille", expliquait-il au journal O Jogo en 2014, sans perdre de vue les préjugés dont les gitans sont victimes : "La situation de la communauté s’est améliorée, mais quand j’entends dire qu’il n’y a plus de racisme, je ris doucement. Quand il arrive quelque chose au Portugal, c'est toujours de la faute des gitans, des Noirs, des immigrés. C'est difficile à vivre."

Et son image de joueur turbulent le poursuit, c'est peut-être aussi à cause des préjugés, du moins à ses yeux : "Je n’ai jamais fumé, jamais bu”, assurait-il à la télévision portugaise, début juin. "Mais parce que je suis gitan, que je viens d’un quartier, j’ai cette réputation." A Porto, son seul écart a été une bagarre à la fin d'un match à Madère, en 2014 : il affirme avoir été traité par un adversaire "tout au long de la rencontre, de 'Gitan' et de bien d’autres choses…" Le président du club avait dénoncé un acte raciste, mais avait aussi accusé des responsables de la fédération de vouloir écarter Quaresma de la sélection. Alors que le joueur s'est assagi depuis ses débuts : "N’importe quel joueur a le rêve d’être un jour le meilleur du monde mais, pour moi, ce rêve est passé", a-t-il admis à son retour à Porto. C'est peut-être ce qui lui a permis de devenir, en tout modestie et passé la trentaine, un simple bon joueur de la Seleção. 

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