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Euro 2016 : la nuit où les Champs-Elysées sont devenus portugais

Des milliers de supporters de la Seleção ont fêté la victoire de leur équipe sur la plus belle avenue du monde, au grand regret des Français battus par Cristiano Ronaldo et les siens.

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France Télévisions
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Des supporters portugais fêtent la victoire de leur équipe à l'Euro, dimanche 10 juin 2016, sur l'avenue des Champs-Elysées à Paris. (REGIS DUVIGNAU / REUTERS)

"Ce soir, les Champs-Elysées sont au Portugal." Après la finale remportée par la Seleção, des milliers de ses supporters ont foulé le pavé de la plus belle avenue du monde, dans la nuit de dimanche à lundi 12 juillet. Arrivé tout droit du stade, un Portugais prend la mesure de l'exploit réalisé par Cristiano Ronaldo et les siens. "L'ambiance était fabuleuse. On ne pourra plus dire qu'on a rien gagné. C'était incroyable, je ne vivrais peut-être ça qu'une fois dans ma vie." Battu en finale de "son" Euro par la Grèce, en 2004, le Portugal a joué le même vilain tour à la France, hôte déçu.

"Portugal, Portugal", sur un petit air d'accordéon

Un cortège fend la foule aux cris de "Portugal, Portugal", emmené par des joueurs d'accordéon, qui font résonner un air du nord du pays, la sueur au front. Sans cesse, des détonations, des feux d'artifice, des fumigènes et des cornes de brume. Venue en compagnie de son épouse, Alfonso vit un soulagement, après 120 minutes plutôt tendues. "J'ai failli faire une dépression nerveuse chez moi devant la télé, heureusement qu'il y avait mon chien", souffle le Portugais, installé en France depuis 47 ans. "On a tellement été volés par le passé, ça fait plaisir." Un autre a très mal vécu la sortie sur blessure de Cristiano Ronaldo, "même s'il y a toujours cru".

Patrick, franco-portugais de 27 ans, est venu tout seul. Et pour cause, ses amis, supporters des Bleus, n'avaient pas du tout le coeur à la fête. "Je suis vite parti à la fin du match, ils faisaient des têtes un peu tendues. Mais je ne vais pas chambrer. Je serais aussi venu si la France avait gagné, j'adore les Bleus, insiste ce binational. Depuis jeudi, j'étais sur un nuage, je savais que j'allais être champion d'Europe quoiqu'il arrive. D'habitude, le Portugal joue bien et ne gagne pas, pour une fois c'est l'inverse." Patrick entame bientôt la discussion avec un autre franco-portugais, recouvert de bleu, blanc et rouge.

Ici et là, quelques supporters des Bleus ont d'ailleurs fait le déplacement, comme Marvin et ses amis, qui portent des drapeaux tricolores sur le dos. "J'étais triste, mais on s'est dit qu'on aller quand même venir sur les Champs. L'Euro est en France, après tout."

Du bricolage, beaucoup de drapeaux et "de la fierté"

On croise des maillots du Benfica et du Sporting, les deux rivaux lisboètes réconciliés le temps d'une soirée. Et la finale a même stimulé l'âme créatrice des supporters. "Notre coupe ? C'est du travail de maçon, plaisante Jean-Philippe, en prenant la pose avec une réplique du trophée Henri-Delaunay. Encore un stéréotype ? "Ah non, non, c'est le parrain de mon fils, il est vraiment maçon." Pour confectionner la maquette, les deux ont passé une heure à assembler une entonnoir, un cube en PVC, des gaines, une assiette, de l'alu et du scotch. "Cet Euro fait du bien, souffle-t-il. Les temps sont durs et ça va mettre du baume au coeur à tout le pays, à toute la communauté."

Quelques scooters fendent la foule, malgré l'interdiction de la circulation aux véhicules. Au bord du trottoir, Fernando agite un immense drapeau, sans doute le plus grand de la soirée, animé par de la "joie" et de la "fierté" : "Même si la France avait gagné, ça aurait été un beau parcours. Honnêtement, je n'y croyais pas, je pensais même que le Portugal s'arrêterait en huitièmes". Ce n'est pas le seul.

"Dire qu'on était dégueulasses nous a fait de la peine"

Pour de nombreux supporters portugais, justement, cette victoire a également un petit goût de revanche, après les nombreuses critiques essuyées par leur équipe, dont le niveau de jeu n'a pas toujours été très brillant. "On a été beaucoup critiqué pendant l'Euro, même si c'est vrai qu'on a pas toujours bien joué, résume Patrick, grimé en Jack Sparrow, venu jusque là de Champigny. Mais dire qu'on était dégueulasses (terme qui a été employé par 20 Minutes pour qualifier le jeu de l'équipe), ça nous a fait de la peine, à tous ceux qui sont en France depuis toujours. Ce n'était pas respectueux." Un peu plus tard, Alves partage également ce ressentiment contre une partie de la presse française. "Ce n'est pas correct de parler comme ça du Portugal. Le Portugal ne parle pas comme ça de la France."

Pendant le match, une quarantaine d'interpellations ont été réalisées aux abords de la "fan zone" parisienne, lors de heurts avec la police. De quoi susciter quelques craintes. Quelle que soit l'issue de la finale, la préfecture avait d'ailleurs prévu un dispositif renforcé, avec 3400 forces de l'ordre mobilisées dans le secteur des Champs-Elysées. Pendant la soirée, certains ont effectué quelques charges contre des éléments perturbateurs, tout en essuyant des jets de projectiles et de feux d'artifice. Vers 2 heures du matin, la périmètre consacré aux piétons était progressivement réduit, à mesure que les supporters vidaient l'avenue. Ce matin, ils ont désormais des souvenirs pour toute une vie.

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