De l'équipe de France 1978 à Ibrahimovic, la grande bataille des chaussures de footballeurs

En pleine négociation avec ses sponsors, Zlatan Ibrahimovic joue avec des chaussures banalisées. L'énième épisode d'une longue histoire entre les joueurs et leurs crampons.

Contre Marseille, le 9 novembre 2014, Zlatan Ibrahimovic a joué avec des chaussures dont la marque était quasi indiscernable.
Contre Marseille, le 9 novembre 2014, Zlatan Ibrahimovic a joué avec des chaussures dont la marque était quasi indiscernable. (JEAN-MARIE HERVIO / DPPI MEDIA / AFP)

Dans quelle équipe joueront les pieds de Zlatan Ibrahimovic ? Nike, Adidas ou une autre marque ? Si un départ de l'avant-centre du PSG dans un autre club n'est pas d'actualité, la marque des crampons du joueur agite le milieu du football depuis dimanche 9 novembre. Ce jour-là, contre Marseille, Zlatan Ibrahimovic, porte-étendard des fluorescentes Mercurial Vapor de Nike, porte des chaussures noires dont la marque est difficilement identifiable.

L'équipementier américain a beau expliquer à L'Equipe.fr qu'il s'agit d'une question médicale, le mal est fait. Quelques jours plus tard, le joueur explique que son contrat avec Nike a expiré "il y a deux ou trois semaines". Alors, en attendant de retrouver un sponsor, l'international suédois n'affiche aucune marque sur ses souliers. Depuis, Zlatan a été vu avec des Adidas aux pieds contre l'Ajax, rapporte L'Equipe.fr. Mais l'histoire est loin d'être terminée puisqu'aucun accord n'a été signé pour le moment. Selon le quotidien suédois Aftonbladet, cité par 20minutes.fr, la star réclame 10 millions d'euros sur quatre ans.

Ibrahimovic n'est pas le seul joueur à vendre ses crampons au plus offrant. Van Persie, Balotelli ou Cavani ont fait de même ces derniers mois. Seuls espaces publicitaires sur le terrain contrôlés par les footballeurs eux-mêmes, les chaussures ont toujours été l'objet d'intenses tractations ou de drôles d'expériences. La preuve en trois exemples.

1La "guerre des pinceaux" de l'équipe de France 1978

Zlatan n'était même pas né. En 1978, en pleine Coupe du monde, les joueurs de l'équipe de France se lancent dans un bras de fer avec Adidas, le sponsor de la fédération. Ils estiment que les primes de 1 600 francs proposées pour porter les chaussures de l'équipementier allemand sont trop faibles. "Nous sommes des professionnels, nous ne jouons pas pour les beaux yeux de la princesse", lance le Stéphanois Dominique Bathenay, cité par Le Point.

Adidas refuse de transiger. La suite de l'histoire est racontée dans le livre Platini, le roman d'un joueur, de Jean-Philippe Leclaire. Une majorité des joueurs se lance dans la "guerre des pinceaux"Dans les vestiaires, avant le premier match contre l'Italie, certains joueurs refusent de peindre les trois bandes blanches de leurs chaussures à la peinture argentée, comme le réclame Adidas. D'autres vont jusqu'à recouvrir de cirage noir le signe distinctif du sponsor.

L\'équipe de France de football, le 2 juin 1978 à Mar del Plata (Argentine) avant son match contre l\'Italie.
L'équipe de France de football, le 2 juin 1978 à Mar del Plata (Argentine) avant son match contre l'Italie. ( AFP )

L'équipe de France s'incline 2-1 et la polémique éclate. On reproche aux joueurs d'avoir privilégié des considérations pécuniaires au maillot de l'équipe de France. Le journaliste Georges de Caunes décrit des footballeurs qui ont "un tiroir-caisse à la place du cœur". "Au téléphone, mon père m'avait engueulé : 'mais qu'est-ce que vous avez fait avec vos chaussures ?'", raconte dans le livre Olivier Rouyer. 

L'incident sème même la zizanie dans le groupe. "Certains joueurs se sont déculottés et ont trahi le groupe. Car au départ, nous étions tous d'accord pour cirer", balance Jean-Marc Guillou. Deux joueurs sous contrat individuel avec Adidas, Marius Trésor et Henri Michel, sont particulièrement visés. Après leur seconde défaite contre l'Argentine, les Bleus sont éliminés de la Coupe du monde.

L'histoire a laissé des traces. Film oublié (et oubliable) sur le monde du football, Trois zéros de Fabien Onteniente consacre une scène au business des chaussures (voir ici). "Tant que j'ai pas touché le pognon, vous verrez pas la marque. Je garde le marqueur sur mes pompes", lâche Mickaël Sylvain, l'attaquant vedette du PSG dans le film, en coloriant consciencieusement au marqueur les virgules de ses chaussures.

2Le procès de Mesut Özil

La bataille entre un joueur et son sponsor peut aller beaucoup plus loin. Fin 2012, le meneur de jeu du Real Madrid, Mesut Özil, a envie de changer de chaussures. Il commence à porter des Adidas blanches. Nike, son partenaire historique, voit rouge, raconte le Dailymail (en anglais). Une clause dans le contrat du joueur prévoit en effet que la marque à la virgule a le droit de s'aligner sur n'importe quelle offre concurrente avant que le joueur ne change de fournisseur.

Le joueur allemand Mesut Özil, le 11 septembre 2012 à Vienne (Autriche).
Le joueur allemand Mesut Özil, le 11 septembre 2012 à Vienne (Autriche). (ALEXANDER KLEIN / AFP)

L'équipementier décide alors de poursuivre le joueur devant un tribunal néerlandais. Le juge estime que l'international allemand a manqué à ses devoirs contractuels en ne présentant pas l'offre concurrente à Nike. Özil est condamné à continuer de porter des Nike pendant 180 jours, le temps que la marque lui fasse une proposition. Faute de quoi, il devra payer une amende de 155 000 euros. Aujourd'hui, l'Allemand joue avec des Adidas.

3La pub sous le pied d'Olivier Giroud

Le Français d'Arsenal a peut-être ouvert un nouveau champ de bataille pour les marques. Equipé par Puma, Olivier Giroud a obtenu l'autorisation d'afficher une publicité sur la semelle de ses chaussures, entre les crampons, rapporte le site spécialisé Sportune.fr. Sony y fait désormais la pub de sa nouvelle télévision. Le message promotionnel est simple : l'image est de si bonne qualité que l'on peut voir ce qui est écrit sous la chaussure du joueur.