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Mondial : pourquoi le Brésil va évidemment profiter d'un arbitrage maison

Article rédigé par Thomas Baïetto
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
L'attaquant brésilien Fred s'écroule dans la surface de réparation croate sous les yeux de l'arbitre, le 12 juin 2014 à Sao Paulo (Brésil). (ADRIAN DENNIS / AFP)

Malmenée par la Croatie, la Seleçao a bénéficié jeudi d'un penalty généreux. De quoi déclencher une polémique traditionnelle lors d'une Coupe du monde.

"Les Brésiliens ont joué à 12." Dejan Lovren, défenseur central de la Croatie, n'a pas digéré le penalty accordé au Brésil par l'arbitre Yuichi Nishimura jeudi 12 juin, lors du match d'ouverture de la Coupe du monde. Sur l'action, l'ancien joueur de Lyon pose certes sa main sur l'épaule du Brésilien Fred, mais ce dernier se laisse tomber grossièrement. En sifflant, l'arbitre japonais a déclenché la première polémique du Mondial. Car à ce moment-là de la rencontre (69e minute), la Croatie tenait tête au Brésil (1-1).

La colère des Croates est d'autant plus forte que l'arbitre aurait pu expulser Neymar en première mi-temps pour un coup de coude sur Luka Modric et leur accorder un deuxième but, refusé pour une faute peu évidente sur le gardien auriverde. Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls à crier au scandale. "C'est serré entre l'arbitre et Neymar pour le titre de Brésilien du match", a ironisé l'ancien footballeur anglais Gary Lineker sur Twitter.

Une vieille "tradition"

En football, la tendance à avantager l'équipe qui évolue à domicile a un nom : "L'arbitrage maison." Et cela ne date pas d'hier. En 1966, les Anglais remportent leur Coupe du monde en finale contre la RFA sur un but hautement litigieux qui n'aurait jamais dû être accordé.

Mais c'est sans doute durant le Mondial 1978 en Argentine, alors sous la coupe de la dictature du général Videla, que l'arbitrage maison a été le plus flagrant. Cette année-là, lors du match Argentine-France par exemple, l'arbitre siffle un penalty imaginaire en faveur des locaux et en oublie un à la suite d'une faute sur Didier Six, raconte lequipe.fr.

Pire, en finale, comme le raconte le documentaire de France 3 "La véritable histoire des Coupes du monde", les Argentins, opposés aux Pays-Bas, demandent à changer d'arbitre, prétextant que la nationalité israélienne de l'homme en noir, Abraham Klein, pourrait l'inciter à sanctionner l'équipe des généraux. La Fifa accepte. "La mafia nous a eu", enrage le défenseur néerlandais Rudolf Krol après le match.

Côté Français, ce n'est pas plus glorieux. Car si personne n'a oublié l'expulsion injuste de Laurent Blanc en demi-finale de la Coupe du monde 1998, le vilain coup de coude de Stéphane Guivarc'h sur Fabio Cannavaro, qui aurait pu lui valoir une expulsion lors du quart de finale contre l'Italie, a été soigneusement effacé de notre mémoire collective. Le défenseur de la Squadra Azzurra, lui, n'a rien oublié : "Je porte toujours les quatre points de suture de Guivarc'h", déclarait-il en 2007.

Des scandales en Corée encore

Dans l'histoire récente, c'est l'arbitrage de la Coupe du monde 2002, organisée en Corée du Sud et au Japon, qui a choqué. En huitième de finale, contre l'Italie, les Coréens obtiennent un penalty douteux, qu'ils ratent, dès le début du match avant de s'imposer contre une Squadra Azzura réduite à 10 après l'expulsion de Francesco Totti à la suite d'un deuxième carton jaune pour simulation dans la surface... alors qu'il y avait faute et penalty. 

En quart de finale contre l'Espagne, rebelote. L'arbitre refuse deux buts aux Espagnols (dont un but en or) pourtant valables. Le premier, contre son camp, est annulé pour un hors-jeu imaginaire et le second parce que la balle serait sortie des limites du terrain. Les images montrent qu'il n'en est rien.

Des statistiques révélatrices

Voilà pour les impressions. Mais est-ce que cet arbitrage maison existe statistiquement ? Oui, selon deux études repérées par Slate.fr. En compilant les données récoltées durant neuf saisons de Bundesliga, le championnat allemand, l'économiste Thomas Dohmen a montré en 2003 que les arbitres donnent systématiquement plus de temps additionnel (PDF, en anglais) quand l'équipe à domicile est menée au score.

L'autre étude, conduite sur plus de 5 000 matchs de Premier League, le championnat anglais, et publiée en 2007, a constaté que certains hommes en noir distribuent beaucoup plus de cartons à l'équipe visiteuse (en anglais). "Ces résultats suggèrent que l'avantage de jouer à domicile dépend des décisions subjectives des arbitres qui varient d'un homme à l'autre", estime le rapport. Les prochains adversaires du Brésil sont prévenus.

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