Les sept casse-têtes du Brésil à 100 jours de la Coupe du monde

A moins de quatre mois du match d'ouverture, prévu le 13 juin, le manque d'infrastructures et la situation sociale et sécuritaire du pays inquiètent les organisateurs et les autorités.

Le Christ du Corcovado, symbole de Rio et du Brésil, et en arrière-plan le mythique stade de Maracana, où se déroulera la finale de la Coupe du monde, le 13 juillet prochain.
Le Christ du Corcovado, symbole de Rio et du Brésil, et en arrière-plan le mythique stade de Maracana, où se déroulera la finale de la Coupe du monde, le 13 juillet prochain. (YASUYOSHI CHIBA / AFP )

L'organisation d'un événement sportif mondial est toujours une course contre la montre. Mais au Brésil, où débutera dans 100 jours la prochaine Coupe du monde de football, le compte à rebours inquiète plus qu'à l'accoutumée. Il y a exactement deux ans, la Fifa avait enjoint le pays à se donner "un coup de pied aux fesses" pour être prêt. Des efforts intenses ont été consentis depuis, mais certains secteurs posent toujours problème. Francetv info liste les retards et les conflits qui menacent encore la prochaine grand-messe du football.

1Des stades inachevés

Comme en Afrique du Sud en 2010, les enceintes brésiliennes ne sont pas toutes prêtes à accueillir les matchs. Sur les douze stades du Mondial 2014 qui devaient être livrés au 31 décembre 2013, seuls sept sont terminés, deux sont en voie d'achèvement et trois ont accéléré les travaux pour être prêts le jour J. 

Les trois enceintes qui donnent des migraines aux organisateurs sont celle de Sao Paulo, où l'effondrement accidentel d'une partie du toit a tué deux ouvriers en novembre, celle de Cuiaba, dont l'inauguration prévue en octobre a été repoussée à la mi-février puis à la mi-mars, et enfin celle de Curitiba.

Le stade de Curitiba (Brésil), qui accueillera quatre matchs de la Coupe du monde, ne sera livré que le 15 mai 2014.
Le stade de Curitiba (Brésil), qui accueillera quatre matchs de la Coupe du monde, ne sera livré que le 15 mai 2014. (PAULO LISBOA / BRAZIL PHOTO PRESS / AFP)
 

Ce dernier stade, le plus en retard, a provoqué la colère de la Fifa, qui a menacé, mi-février, d'exclure le site de la compétition. Les autorités ont alors littéralement mis les bouchées doubles : comme l'expliquent Les Echos, les 20 millions d'euros manquants ont été obtenus auprès d'une banque publique de développement, le nombre d'ouvriers est passé de 980 à 1 380 et la pelouse a été plantée. La livraison est désormais prévue à un mois du coup d'envoi du Mondial. A condition qu'aucun problème majeur n'intervienne d'ici là.

2Des aéroports trop petits

Pour que la fête auriverde (or et vert, les couleurs du Brésil) soit réussie, encore faudra-t-il que les 600 000 supporters étrangers attendus arrivent à bon port. Car plusieurs aéroports stratégiques ne sont pas encore prêts. Pire, l'aéroport de Fortaleza ne sera finalement achevé qu'en... 2017. Pendant le Mondial, le site aura pourtant besoin d'un nouveau terminal pour faire face à l'affluence. Du coup, comme l'explique le Huffington Post, les autorités seront forcées de monter une tente provisoire qui servira de terminal pendant la compétition.

Mais c'est un retard général de l'extension de nombreux aéroports que l’IATA (Association internationale du transport aérien) pointe du doigt, comme l'explique Air Journal. "Ce sera difficile et les gens vont devoir faire preuve de compréhension, a averti Tony Tyler, directeur de l’IATA. C’est pourquoi nous sommes un peu préoccupés par les règles très strictes qui s’appliquent au Brésil."

En effet, la réglementation brésilienne oblige les compagnies à assumer le coût financier de la prise en charge (nourriture, hébergement, transport) des passagers victimes de retards ou d'annulation. Une facture que les compagnies locales en question pourraient avoir du mal à régler.

3Des transports en commun faméliques

La question du transport des supporters désireux de se rendre au stade s'annonce déjà comme l'une des plus épineuses. A Sao Paulo, comme l'expliquait Le Monde en juin dernier, les embouteillages sont un enfer et la mégalopole de 12 millions d'habitants ne compte que cinq lignes de métro.

A Salvador de Bahia, on se réjouit de la finalisation du stade. Mais le métro, un projet pourtant lancé il y a dix ans, ne sera pas opérationnel le 13 juin, pour le match Espagne-Hollande, une rencontre synonyme d'affluence majeure. Il ne devrait d'ailleurs pas entrer en service avant septembre 2013, selon Deseret News (article en anglais).

4Une fête de la Saint-Jean qui tombe mal à Recife

Depuis 2006, la Fifa a instauré de nouveaux rendez-vous pendant la Coupe du monde : les "fan fests". Il s'agit de proposer aux supporters de se rassembler gratuitement autour d'immenses écrans géants pour regarder les matchs du Mondial et pour faire la fête en musique. En plus de grandes villes du monde, comme Sydney ou Paris, chaque ville accueillant des rencontres est obligée, par contrat, d'organiser un de ces "fan fests".

Un \"fan fest\", rassemblement de supporters autour d\'un écran géant lors de la Coupe du monde, le 22 juin 2010 à Johannesburg (Afrique du Sud), à l\'occasion du match France-Afrique du Sud.
Un "fan fest", rassemblement de supporters autour d'un écran géant lors de la Coupe du monde, le 22 juin 2010 à Johannesburg (Afrique du Sud), à l'occasion du match France-Afrique du Sud. (EDUARDO MARTINS / AGÊNCIA A TARDE)

Mais à Recife, ville du nord-est du pays, les autorités s'y refusent pour des raisons de financement. Il s'agit surtout de ne pas gêner l'organisation de la célèbre Sao Joao (la Saint-Jean), le grand festival traditionnel et folklorique de la région, organisé à Recife chaque 24 juin. Comme l'expliquent Les Echos, programmer cet événement en même temps qu'un "fan fest" pourrait poser un problème de concurrence en matière de sponsoring. Pour l'heure, des discussions sont en cours et la Fifa espère toujours que les autorités de Recife changeront d'avis, tout en brandissant la menace judiciaire contre les municipalités qui traîneraient des pieds.

5Un contexte social explosif

Les violentes manifestations anti-gouvernementales avaient déjà marqué la Coupe des Confédérations, sorte de répétitions du Mondial, en juin 2013. Les protestataires avaient laissé exploser leur colère contre le coût de cette Coupe du monde, évalué à 16 milliards d'euros. Depuis, des groupes de citoyens et des partis politiques multiplient les mobilisations massives, et parfois très violentes, pour exiger davantage d'investissements dans les services publics, notamment les transports, que dans le ballon rond. Sur les réseaux sociaux, le mot-dièse #NãoVaiTerCopa ("la Coupe n’aura pas lieu") est relayé de façon massive et 51% de la population se dit aujourd'hui hostile à l'organisation du Mondial. Mi-février, une manifestation a dégénéré en affrontements à Rio, et un caméraman a été tué.

EVN

Pour tenter de résorber ces débordements, de nombreux appels au calme ont été lancés. Le roi Pelé, gloire du football brésilien, a ainsi estimé que "ce n'est pas le moment de revendiquer", selon L'Equipe. Les autorités politiques, elles, comptent sur une loi antiterroriste qui interdirait aux manifestants d'être masqués, une mesure visant les éléments radicaux, les "Black blocs", en tête des affrontements contre les forces de l'ordre, comme le précise Le Monde.

Comme l'explique Stéphane Monclaire, politologue spécialiste du Brésil interviewé par JOL Press, des manifestants pourraient bien perturber la compétition, mais pas forcément en très grand nombre : "Il y aura sans doute des manifestations qui regrouperont quelques centaines voire quelques milliers de personnes, mais il ne devrait théoriquement pas y avoir de manifestations de masse, car les Brésiliens vont suivre cette Coupe du monde, surtout au moment où le Brésil jouera. Cela n’empêchera pas quelques mobilisations éparses, ponctuelles, notamment de petits groupes radicaux qui profiteront de la présence des journalistes du monde entier pour manifester."

6Un pays pas totalement sécurisé

Conscients des risques sécuritaires qui entourent un événement planétaire comme une Coupe du monde, le gouvernement brésilien a décidé de mettre le paquet. Concrètement, 170 000 policiers et militaires seront mobilisés dans les douze villes accueillant le Mondial. Certaines unités seront même accompagnées de robots policiers, décrits par Le Figaro, ou équipées de lunettes high-tech capables d'identifier un criminel fiché à 50 mètres.

Le Packbot 510, robot capable de détecter des explosifs et des matières dangereuses, accompagnera les policiers brésiliens pendant le Mondial 2014.
Le Packbot 510, robot capable de détecter des explosifs et des matières dangereuses, accompagnera les policiers brésiliens pendant le Mondial 2014. (SERGIO MORAES / REUTERS)

Sur le papier, le Brésil, connu pour être l'un des pays les plus dangereux du monde, devrait devenir un havre de paix durant la compétition. La reprise en main par les forces de l'ordre d'une quarantaine de favelas de Rio, jusqu'alors gangrénées par le crime organisé, a ainsi fait baisser le taux d'homicides de plus de 40% dans la ville. Mais les trafiquants de drogue ont riposté ces dernières semaines, en tirant sur des policiers. Quant aux vols avec agressions, ils sont en forte recrudescence dans les quartiers touristiques de Rio depuis plusieurs mois.

Une situation d'autant plus inquiétante qu'une grève des policiers a eu lieu les 25 et 26 février. Ils demandaient de meilleurs salaires et protestaient contre le manque de moyens qui leur sont alloués pour assurer la sécurité de la Coupe du monde. "Nous avons prévu une série d'actions cette année et nous espérons ne pas avoir à nous arrêter pendant la Coupe du monde", a indiqué le président de la Fédération nationale des polices fédérales, comme le relaie Le 10 Sport.

7Une équipe nationale qui doute

Comme à chaque édition, le Brésil fait partie des favoris de la Coupe du monde. C'est d'autant plus le cas cette année que la seleçao jouera à domicile, et qu'elle a remporté la dernière Coupe des confédérations. Mais à l'heure d'aborder les derniers matchs de préparation, comme celui qui les opposera mercredi soir à l'Afrique du Sud, quelques doutes persistent sur l'état de forme des joueurs du sélectionneur Felipe Scolari.

Fred, l'avant-centre titulaire, enchaîne les blessures. Neymar, la star de l'équipe, pourrait souffrir moralement des démêlés judiciaires liés à son transfert au FC Barcelone, impliquant son père et agent. Enfin, Julio César, le gardien de but de 34 ans, a ciré le banc pendant huit mois en Angleterre, avant d'être transféré en janvier dernier à Toronto, au Canada, et pourrait manquer de compétition de haut niveau au moment du Mondial.

Pour une nation encore marquée par deux éliminations en quart de finale lors des deux dernières Coupes du monde, tout autre résultat qu'une victoire finale semble impensable. Car seul un sixième trophée de champion du monde pourrait transformer ce Mondial mal lancé en fête réussie et salvatrice, au pays où le foot est roi.