Coupe du monde : mais à quoi sert la petite finale ?

Pour son dernier match de la compétition, le Brésil affronte les Pays-Bas, au stade national de Brasilia.

Les Turcs obtiennent la troisième place de la Coupe du monde 2002 après avoir battu les Sud-Coréens (3-2), le 29 juin 2002, à Daegu.
Les Turcs obtiennent la troisième place de la Coupe du monde 2002 après avoir battu les Sud-Coréens (3-2), le 29 juin 2002, à Daegu. (GREG WOOD / AFP)

Le Brésil va tenter de se consoler un peu face aux Pays-Bas, samedi 12 juillet, au stade national de Brasilia (Brésil). Histoire de dire adieu à son public sur une note plus douce, à défaut de faire oublier le naufrage contre l'Allemagne (7-1). C'est bien le seul intérêt de cette petite finale de Coupe du monde, qui doit départager les deux perdants des demi-finales.

D'ailleurs, qui se souvient encore de la troisième place de la Pologne (1974, 1982), du Chili (1962), ou de la Suède (1994) ?

Ce match de classement est critiqué à chaque édition. Cette année encore, l'entraîneur néerlandais Louis van Gaal a été très clair : "Le match pour la 3e place n'a rien à voir avec le sport. Je l'avais déjà dit il y a 15 ans. Car vous pouvez faire un tournoi fantastique et partir sur deux défaites." Vraiment ? Ces rencontres sont souvent plaisantes. Depuis 1974, aucune petite finale se s'est terminée avec moins de trois buts.

Quand les attaquants soignent leurs statistiques

La petite finale est introduite en 1934, après un imbroglio dans le classement lors de la première édition de la Coupe du monde. Quatre ans plus tard, en 1938, le légendaire Leônidas profite de l'occasion pour inscrire, face à la Suède, ses deux derniers buts du tournoi, et décrocher ainsi le Soulier d'or de meilleur buteur.

Depuis, ces rencontres de fin de tournoi permettent souvent aux attaquants de soigner leurs statistiques, à commencer par l'illustre Just Fontaine. En 1958, le Français enquille quatre buts face à la RFA (score final 6-3), ce qui porte son total à 13 réalisations durant cette édition. Sans ce match de classement, c'est le Hongrois Sándor Kocsis (11 en 1954) qui serait aujourd'hui célébré dans le monde entier pour son record. En 1990, l'Italien Salvatore Schillaci a terminé meilleur buteur du tournoi grâce à un penalty contre l'Angleterre.

Même chose pour le Croate Davor Suker en 1998 ou l'Allemand Thomas Müller en 2010, tous deux Souliers d'or grâce à la petite finale. Les attaquants bénéficient généralement de ces rencontres sans enjeu, parfois aidés par leurs coéquipiers. Mais le rendez-vous peut parfois être manqué. En 2010, Miroslav Klose reste muet contre l'Uruguay, échouant à une longueur du record de Ronaldo (15 buts inscrits en Coupe du monde). L'attaquant allemand devra patienter quatre ans pour se rattraper, à l'occasion d'un match contre le Ghana.

Même les gardiens y trouvent parfois leur compte, à l'image du portier allemand Oliver Kahn, remplaçant durant tout le Mondial allemand de 2006. Face au Portugal (3-1), la petite finale lui permet de tirer sa révérence devant son public, à Stuttgart.

Autre avantage, "cela peut permettre de faire découvrir le haut niveau à des jeunes. C’est ce que la France avait fait en 1986", explique Raymond Domenech, interrogé par Europe 1. Le jeune Jean-Pierre Papin avait foulé la pelouse et inscrit un deuxième but dans la compétition. Cette année, Luiz Felipe Scolari pourrait être tenté de lancer un ou deux joueurs. Les Pays-Bas, eux, ont déjà utilisé 22 des 23 joueurs de leur effectif.

Pour certaines équipes, un dernier baroud d'honneur

Mais la petite finale est surtout l'occasion de voir et revoir des équipes de talent, passées tout près de l'exploit. En 1966, le Portugal d'Eusebio s'impose face à l'Union soviétique (2-1), à l'occasion de sa première participation. Seule la Croatie parvient à renouveler l'exploit 32 ans plus tard, face aux Pays-Bas. "Je suis l'homme le plus heureux du monde, commente alors Davor Suker. C'est bien pour un petit pays comme le nôtre de terminer troisième. C'est presque aussi bon que de gagner la Coupe du monde." Avec fierté et sans amertume.

Même entrain en Suède, avant d'affronter la Bulgarie en 1994. "Il y a une grande différence entre la troisième et la quatrième place", commente l'entraîneur Tommy Svensson. "Nous devons terminer en beauté." Son équipe s'impose 4-0, devant 84 000 spectateurs qui ont déboursé 95 dollars, note à l'époque le New York Times (en anglais). A leur retour, les joueurs de Tommy Svensson sont accueillis par des milliers de supporters à Stockholm.

Ces petites finales sont donc vécues différemment, selon la réputation de l'équipe et le lieu du tournoi. En 2002, le coach néerlandais Guus Hiddink se réjouit de disputer la troisième place (en anglais) avec la Corée du Sud, pays co-organisateur du tournoi : "Ce sera un match âpre, mais cette troisième place est très prestigieuse." Quatre ans auparavant, il s'était trouvé dans le même cas de figure, cette fois à la tête des Pays-Bas, l'un des favoris du tournoi : "Nous étions complètement sous-motivés, le match n'était pas bon." Mais face au public coréen, "les circonstances sont différentes, nous avons des foules fantastiques. Juste pour eux, nous aimerions réussir le match."

Las. Durant cette petite finale, le Turc Hakan Sükür marque le but le plus rapide de l'histoire en Coupe du monde, rappelle Eurosport, au bout de 10,8 secondes de jeu. Déjà, en 1934, l'Allemand Ernst Lehner avait fait trembler les filets au bout de 25 secondes.

Quel scénario pour le Brésil ?

Le Brésil n'est pas la Corée du Sud. Confrontée à une petite finale contre l'Italie, en 1978, la Seleçao eut l'occasion de sortir la tête haute, sans avoir perdu le moindre match du tournoi. A cette occasion, l'entraîneur Claudio Coutinho avait même qualifié son équipe de "vainqueur moral" (en portugais) de la Coupe du monde, sur fond de rivalité avec l'Argentine, championne du monde. Cette fois, les choses sont un peu différentes, après l'humiliation vécue contre l'Allemagne.

"Nous devons être professionnels et démontrer que nous avons du caractère (...) pour essayer de terminer troisièmes", a commenté le milieu Fernandinho. En 2006, l'Allemagne, pays organisateur, a livré un très beau match contre le Portugal (3-1). Cette petite finale offre donc une chance au Brésil de clore son tournoi sur une note positive. "Nous devons jouer ce match, a insisté Luiz Felipe Scolari. C'est devenu notre objectif principal."