Coupe du monde : comment se remettre d'une défaite comme celle du Brésil ?

L'histoire du foot montre que certains arrivent très bien à surmonter le désamour de tout un pays. D'autres moins.

Le Brésilien Fred, lors de la défaite de son équipe face à l\'Allemagne, en demi-finale de la Coupe du monde, mardi 8 juillet 2014, à Belo Horizonte (Brésil).
Le Brésilien Fred, lors de la défaite de son équipe face à l'Allemagne, en demi-finale de la Coupe du monde, mardi 8 juillet 2014, à Belo Horizonte (Brésil). (PEDRO UGARTE / AFP)

Les chiffres de la débâcle du Brésil lors de la demi-finale face à l'Allemagne, mardi 8 juillet à Belo Horizonte, n'ont pas fini de hanter les mémoires des supporters auriverde. Plus importante défaite jamais enregistrée par la Seleçao depuis 1920, plus grand nombre de buts encaissés par l'équipe en Coupe du monde, effondrement défensif le plus rapide de l'histoire de la compétition...

Les joueurs alignés par Luiz Felipe Scolari lors de ce match pourront-ils se remettre d'une telle déroute, ou resteront-ils marqués à jamais par cette monumentale claque ? Pour le savoir, francetv info s'est penché sur le sort d'autres losers magnifiques.

Ils ont su rebondir

Pelé, après la déroute du Brésil en 1966. La Seleçao aborde le Mondial anglais de 1966 dans la peau de grandissime favori, puisqu'elle a remporté les deux précédentes éditions. Mais, à la surprise générale, les Auriverde, qui ont débuté la compétition par une victoire face à la Bulgarie, échouent à se qualifier pour les quarts de finale après deux défaites, contre la Hongrie et le Portugal d'Eusebio.

Lors du premier et du dernier match, le prodige Pelé a droit à un traitement de faveur de la part des défenseurs. Ecœuré par les tacles assassins dont il a été victime, il déclare après la compétition vouloir tirer un trait sur la prochaine Coupe du monde, au motif que "le football idéal est devenu impossible", selon des propos rapportés par Eurosport. Il revient finalement sur sa décision et remportet le Mondial mexicain, en 1970, après un parcours étincelant.

Zinédine Zidane, après la cuisante élimination de 2002 et l'échec de l'Euro 2004. Les Bleus se voyaient trop beaux avant le Mondial organisé en Corée du Sud et au Japon. Auréolés du titre de champions du monde en 1998 et d'Europe en 2000, ils sont les épouvantails de la compétition. Adidas, équipementier officiel de l'équipe de France, réalise même une publicité surréaliste où apparaît la deuxième étoile que les Bleus sont amenés à coudre sur leur maillot après avoir gagné le trophée qui leur est promis.

Et Zidane, dans tout ça ? La star de la finale de 1998 se blesse lors d'un match de préparation, ne participe pas aux deux premiers matchs des Bleus, et joue diminué pour le dernier match de poule, au terme duquel l'équipe de France est éliminée de la compétition sans avoir marqué un seul but. Un fiasco. Deux ans plus tard, les Bleus sont sortis par la Grèce en quart de finale de l'Euro organisé au Portugal.

Marqué par cet échec, Zidane décide de mettre un terme à sa carrière internationale. Mais il revient sur sa décision et amène la France en finale de la Coupe du monde 2006. Un retour fracassant dans cette compétition, conclue par un coup de tête resté célèbre.

Ils ont mis du temps à s'en remettre

Laurent Blanc et Didier Deschamps, après l'échec face à la Bulgarie en 1993. C'est l'une des heures les plus sombres du football français. Lors de la campagne de qualification pour le Mondial organisé aux Etats-Unis en 1994, les Bleus sont mieux que bien partis : ils n'ont besoin que d'un point lors des deux derniers matchs, joués à Paris, pour valider leur ticket pour l'Amérique.

La défaite contre Israël, le 13 octobre, ressemble alors à un simple contre-temps. Mais lors du dernier match, contre la Bulgarie, le 17 novembre, tout s'écroule. Alors qu'ils tiennent la qualification jusqu'à la dernière minute, Kostadinov inscrit un but à dix secondes de la fin du match qui écarte les Bleus de la plus prestigieuse des compétitions internationales. 

Laurent Blanc, qui échoue à stopper l'attaque d'Emil Kostadinov lors du but fatidique, décide d'arrêter momentanément sa carrière en Bleu, rapporte le journaliste Arnaud Ramsay dans son livre La Face cachée du président. Didier Deschamps, lui aussi présent lors de cette cruelle désillusion, parle encore aujourd'hui du match France-Bulgarie comme de son "pire souvenir" sportif, rappelle RTL.

Le parcours en club des deux hommes leur permettra de relever la tête et de s'imposer comme des cadres de l'équipe championne du monde en 1998. Le premier remporte le championnat de France et la Coupe de France avec Auxerre en 1996, quand le second rafle avec la Juventus de Turin trois titres de champions d'Italie (en 1995, 1997 et 1998), une deuxième Ligue des champions en 1996, une Coupe intercontinentale en 1996, ainsi qu'une Coupe d'Italie en 1995.

Ils ne s'en sont jamais vraiment relevé

David Ginola après le France-Bulgarie de 1993. A la différence de Blanc et de Deschamps, l'échec de 1993 fut fatal à Ginola. Désigné comme le principal responsable du but de Kostadinov pour avoir effectué un mauvais centre qui a entraîné le but bulgare, il est pris en grippe par le public et par le sélectionneur d'alors, Gérard Houllier, qui qualifie son geste de "crime contre l'équipe de France".

Rappelé par la suite par Aimé Jacquet sous le maillot bleu, il se contente le plus souvent d'un statut de remplaçant. Une blessure à la cuisse lui fait rater un match décisif pour la qualification à l'Euro 1996, et il n'est plus jamais convoqué. Dur.

Moacir Barbosa après le "Maracanazo" de 1950. Il s'agit sans doute du scénario le plus cruel. Désigné comme principal responsable de la défaite du Brésil face à l'Uruguay, qui prive la Seleçao de sa première Coupe du monde en 1950, le gardien de but Moacir Barbosa est carrément répudié par les médias et le grand public.

Lui qui, pour conjurer le sort, a brûlé dans son jardin le bois des poteaux des buts du stade Maracana de Rio où s'était jouée la rencontre maudite a été jusqu'à la fin de sa vie renvoyé à cette défaite. Quarante-quatre ans après, alors qu'il se rend à Teresopolis pour saluer les joueurs de la Seleçao qui préparent la Coupe du monde aux Etats-Unis, Barbosa se fait sèchement éconduire par la sécurité, qui veut éviter de porter la poisse aux Auriverde. "Au Brésil, la peine maximale pour un crime est de 30 ans. Moi, je paie depuis plus de 43 ans pour un crime que je n’ai pas commis", déclare alors celui qui reste l'un des grands boucs émissaires de l'histoire du football.