Ce que changent les millions du PSG pour la L1

PARIS - Les moyens dépensés par le club parisien pour s'offrir une équipe de stars en font le favori logique du championnat de France, mais pourraient également profiter à ses adversaires.

Le milieu de terrain Ezequiel Lavezzi lors du match amical du Paris Saint-Germain contre le CSKA Moscou à Hartberg (Autriche), le 14 juillet 2012. Le joueur est l\'une des recrues phares du club de la capitale cet été.
Le milieu de terrain Ezequiel Lavezzi lors du match amical du Paris Saint-Germain contre le CSKA Moscou à Hartberg (Autriche), le 14 juillet 2012. Le joueur est l'une des recrues phares du club de la capitale cet été. (ALEXANDER KLEIN / AFP)
avatar
Pierrick de MorelFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

Thiago Silva, Marco Verratti et peut-être Zlatan Ibrahimovic… Depuis le début de l'été, les dirigeants parisiens affolent le marché des transferts et s'offrent une équipe de stars à coups de millions. Mais si cette arrivée de grands joueurs est une bonne nouvelle pour Paris, est-ce le cas pour le championnat de France ?

"On n'a pas tous les moyens du PSG"

Quelque 172,5 millions d'euros : voilà la somme investie par les dirigeants qataris depuis leur arrivée à Paris, en mai 2011. Pour certains supporters des adversaires du PSG, les moyens dont dispose aujourd'hui le club de la capitale risquent de changer la donne en L1 la saison prochaine. "C'est comme si on rentrait des codes dans des jeux de PlayStation et qu'on avait de l'argent illimité. On n'a pas tous les moyens du PSG, constate Thierry Greco, supporter lyonnais et responsable de l'Amicale des Rouge & Bleu. Le championnat sera faussé. Il y aura un championnat du Qatar avec ce que j'appelle le Qatar Saint-Germain et un championnat pour les autres, à partir de la deuxième place."

Mais tous ne voient pas d'un mauvais œil la politique sportive des Qataris. Pour Nicolas Pietrelli, supporter bordelais et responsable du site webgirondins.com, l'arrivée de grands noms dans le championnat de France est "une bonne chose pour le foot français. Tous les stades seront pleins quand les Parisiens viendront jouer, et on aura plus de plaisir quand ils viendront chez nous. Paris sera l'équipe à battre." 

L\'équipe du Paris Saint-Germain lors du match amical contre le CSKA Moscou à Hartberg (Autriche), le 14 juillet 2012.
L'équipe du Paris Saint-Germain lors du match amical contre le CSKA Moscou à Hartberg (Autriche), le 14 juillet 2012. (ALEXANDER KLEIN / AFP)

Evidemment, avec son effectif de stars, Paris apparaît comme le favori logique de la prochaine saison de L1. Mais le championnat de France n'est pas déjà plié pour autant : "Avec les moyens dont va disposer le PSG, le club devrait assommer la concurrence. Mais on pourrait assister à des problèmes d'instabilité au sein de l'équipe, qui va compter énormément d'individualités. Or l'un des facteurs de la réussite sportive à prendre en compte, c'est la stabilité de l'équipe", explique Bastien Drut, économiste du sport et auteur de L'Economie du football professionnel (La Découverte). Une équipe de stars n'est donc pas l'assurance de gagner des titres. "L'année dernière, il y avait déjà de grands noms à Paris (Pastore, Alex, Maxwell). Ils ont fait une bonne saison, mais n'ont pas été champions de France", rappelle Nicolas Gallois, président des Dogues Devils, un groupe de supporters lillois.

La cohésion du groupe parisien décidera donc des futurs résultats de cette équipe, qui fait figure d'exception dans le championnat de France : "Le PSG a changé la moitié de son équipe à l'intersaison, cela peut créer une instabilité sportive très forte qui pourrait bien faire en sorte que la logique économique ne tourne pas à plein", explique Bastien Drut.Un avis partagé par Nicolas Gallois : "Tous les grands joueurs vont vouloir une place sur le terrain, la cohésion au sein du groupe ne sera pas forcément si bonne que ça."

Droits télé, tout le monde gagnant ?

Au-delà de ces aspects sportifs, l'arrivée de stars à Paris pourrait ne pas faire que des malheureux. Si le suspense en L1 risque d'en pâtir, tous les clubs profiteraient de la manne financière des droits télévisés si ceux-ci augmentaient avec l'arrivée de grands noms dans la capitale.

"Cette arrivée de grands joueurs au PSG, c'est malgré tout une bonne chose pour la L1 en général. La Ligue de football professionnel (LFP) pourra vendre les droits télévisés du championnat de France plus cher à l'étranger, et tous les clubs en profiteront", explique Bastien Drut.

Malgré tout, Paris devrait quand même gagner plus d'argent que ses adversaires, puisqu'en plus d'une part fixe à laquelle chaque club a droit, le reste de l'argent généré par les droits télévisés est réparti en tenant compte du classement du club, des résultats des cinq dernières saisons et surtout d'un indice de notoriété. Calculé en fonction du nombre d'apparitions télévisuelles d'un club au cours des soirées de matchs décalés - ceux qui bénéficient de la plus grande audience -, il devrait essentiellement concerner le club de la capitale. En effet, si des chaînes étrangères venaient à acheter les droits télévisés de la L1, il est fort probable que ce serait pour diffuser les matchs du Paris Saint-Germain.

La question du fair-play financier

Aujourd'hui, Paris dépense sans compter pour s'offrir l'une des meilleures équipes d'Europe. Une politique de recrutement qui devrait cependant entrer en contradiction avec le fair-play financier que veut instaurer l'UEFA au cours des prochaines saisons.

"Pour jouer la Ligue des champions en 2013-2014, l'UEFA va examiner l'état financier des clubs engagés dans la compétition pour les deux saisons précédentes, explique Bastien Drut. Il faut que, sur cette période, le déficit des équipes ne dépasse pas 45 millions d'euros. Or Paris accuse un déficit de 100 millions d'euros rien que pour la saison 2011-2012. Le club devrait normalement être pénalisé sportivement par les instances européennes."

En effet, depuis l'arrivée des Qataris, les recettes liées au football (billetterie, merchandising) ne suffisent pas à combler le trou des dépenses, un trou que l'investisseur bouche à coups de millions à chaque fin de saison. Un comportement auquel les instances de football européennes aimeraient bien mettre un terme, pour instaurer plus d'égalité entre les clubs.

Interrogé par l'AFP en mars, le président de l'UEFA, Michel Platini, a d'ores et déjà prévenu que le PSG devrait se plier aux règles de ce fair-play financier : "Ce n'est pas parce que je suis français, ami du PSG et des Qataris qu'il y aura des passe-droits, a prévenu l'ancien international français. Il faut rester fidèle à une philosophie entérinée par l'UEFA et on la respectera. Et les dirigeants du PSG la respecteront aussi, sinon ils ne joueront pas dans nos compétitions ou ils auront d'autres problèmes, mais ça je ne sais pas du tout."

Le PSG, qui vient de retrouver la Ligue des champions pour la première fois depuis 2004, va donc devoir se pencher sur ses finances s'il ne veut pas être privé de la prestigieuse compétition européenne dans les années à venir.