Andrew Jennings : Platini "coupable d'un échec moral" à la Fifa

Invité de France Info, le journaliste d'investigation écossais Andrew Jennings publie le résultat d'une enquête de 15 ans sur la haute instance du football : "Le scandale de la Fifa". Les résultats de ses recherches, transmises au FBI, ont débouché sur les procédures judiciaires actuelles. Le journaliste, s'il admet n'avoir rien découvert sur Michel Platini, estime qu'il est coupable de s'être tu.

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Avec son accent rocailleux et sa tignasse blanche, Andrew Jennings, malicieusement, admet n'être pas un reporter sportif : "Si vous m'envoyez sur un match, je ferai peut-être un mauvais reportage ", sourit-il. "Mais moi, j'ai fait des enquêtes sur la corruption pendant une grande partie de mes 47 ans de carrière ". Et c'est d'abord par le CIO, le Comité international olympique qu'il commence, parce qu'il y avait "une senteur bizarre ". Il s'intéresse à Juan Antonio Samaranch, président : "Il aurait dû avoir son bras droit attaché au corps, parce qu'il vivait dans son monde préféré : celui de Franco et des fascistes ".

"J'ai pu sentir le fumet de la Fifa quand j'enquêtais sur le CIO. Et puis "sniff, sniff"... Je me suis dit, il faut que j'y aille "

D'une grande instance sportive à l'autre, il s'intéresse à la Fifa : "J'ai pu sentir le fumet de la Fifa quand j'enquêtais sur le CIO. Et puis "sniff, sniff"... Je me suis dit, il faut que j'y aille ". Dans son livre, on croise des dirigeants sans scrupule, qui abusent de leur position, se bâtissent des empires, deviennent gros de trop de nourritures de choix : "Je suis dégoûté. Je sais, vous savez, nous savons tous qu'autour de nous dans le monde, il y a des milliards de gens honnêtes qui sont enthousiasmés par le football. Ils donnent énormément d'argent. Et j'ai commencé à me rendre compte que ces petits gars de la Fifa piquaient dans le pot. Il n'y avait aucune réglementation sur ces flux d'argent ". Nourri au journalisme d'investigation, formé dans une communauté d'enquêteurs pénétrés de la religion des sources, des documents qui prouvent. "Ca a pris du temps pour que les gens honnêtes à la Fifa comprennent que j'étais après Blatter. Et les documents ont commencé à venir ". 

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Se souvenant qu'il avait été banni des conférences de presse du président de la Fifa, Andrew Jennings s'amuse : "Vendredi dernier, il y avait sa grande conférence de presse prévue et des tas de journalistes devant la porte. Vous savez, c'est la première fois que j'ai été banni d'une conférence de presse qui n'a pas eu lieu. Alors tout le monde m'a interviewé, moi ".

"Je suis très heureux d'avoir pu donner ces documents au FBI "

De la chute de Joseph Blatter, il dit ne pas se réjouir car le journaliste doivent, dit-il, se garder du triomphalisme : "On fait un boulot. La Fifa était corrompue, je savais qu'ils étaient corrompus et je suis très heureux d'avoir pu donner ces documents au FBI [...] parce que ces gens ne peuvent plus voler les fans ".

Michel Platini "coupable d'un échec moral. C'est dégoûtant sur le plan moral "

Blatter s'efface donc, place à Platini ? Mais l'affaire du chèque de deux millions de francs suisses en 2011 remet en cause la stature d'incorruptible de l'ex-numéro 10 français. Sur son cas, Andrew Jennings est mitigé : "Je suis d'accord avec la vision globale que Platini était un grand, grand footballeur. Et ma bonne opinion de lui s'est fissurée ces dernières années. Je ne connais pas ces allégations sur ces deux millions de francs suisses. Je n'ai pas vu de preuve, je n'ai pas vu de papier là-dessus. Mais ce que je sais au sujet de Michel Platini, c'est que depuis ces dix dernières années, depuis qu'il est membre du comité exécutif de la Fifa, scandale après scandale, après scandale, Michel n'a rien dit ", note le journaliste. "Il aurait pu dire à Sepp Blatter : je n'aime pas ça, je n'aime pas ces scandales, j'en ai assez de cette corruption. J'en ai assez. Allez, à la porte et il aurait pu donner une conférence de presse. Il aurait pu dire j'ai essayé mais il ne l'a jamais fait ". Pour lui, Michel Platini est "coupable d'un échec moral, c'est dégoûtant sur le plan moral ", tranche-t-il. 

"Ils n'auraient qu'à traverser la rue pour se présenter devant la Cour de Justice "

"Je n'ai pas eu de document sur des pots de vin versés à Michel Platini. Les seuls documents, c'était sur Sepp Blatter et les gangsters, c'était ce qu'ils étaient, qui étaient au comité exécutif. Mais mon inquiétude c'est que Platini était assis à la même table. Il a été beaucoup plus tolérant. C'était vraiment l'homme qui aurait dû remplacer Blatter. M. Platini est arrivé au sein d'un régime corrompu ". Pour conclure son réquisitoire, Andrew Jennings propose une solution originale : "Je pense que la Fifa devrait déménager de la Suisse et aller en Hollande, à La Haye, juste en face de la Cour criminelle internationale. Ca diminuerait les frais et ils n'auraient qu'à traverser la rue pour se présenter devant la Cour de Justice ".