Euro 2021. Angleterre-Italie : la recette Southgate, un mystère gagnant

En poste depuis septembre 2016, Gareth Southgate a remis sur pied la sélection d'Angleterre jusqu'à la guider en finale de l'Euro 2021 dimanche contre l'Italie, alors qu'il n'a jamais fait l'unanimité.

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Gareth Southgate remerciant les supporters à Wembley le 7 juillet après la qualification de l'Angleterre pour la finale de l'Euro 2021. (PAUL ELLIS / AFP)

En visant les cimes, beaucoup se sont cassé les dents avant lui. Si les supporters anglais n'y ont jamais autant cru en chantant "Football's coming home", c'est en grande partie grâce à Gareth Southgate. Devenir l'entraîneur de la première sélection anglaise à atteindre la finale d'un tournoi majeur depuis 55 ans, alors que l'échec semblait être une seconde nature outre-Manche, n'est pas un mince exploit.

Après Alf Ramsey, qui a guidé les Three Lions au sacre mondial en 1966, dix-sept sélectionneurs se sont succédé sans jamais effleurer le goût de la gloire. Beaucoup d'entre eux ont hérité de générations dorées qui ne demandaient qu'à être couronnées. Avec un casting all-stars mêlant David Beckham, John Terry, Paul Scholes, Frank Lampard, Wayne Rooney et Steven Gerrard, l'entraîneur Sven-Göran Eriksson n'avait par exemple pas réussi à dépasser les quarts de finale de l'Euro 2004. Quatre matchs et puis s'en va, sur une défaite douloureuse aux tirs au but contre le Portugal (2-2, 6-5).

#SouthgateOut même à l'Euro

Southgate, lui, offre à l'Angleterre une finale de gala contre l'Italie dimanche 11 juillet à la maison, à Wembley. Sans être le nom le plus tapageur d'une équipe dense en talents, le natif de Watford a réussi son affaire alors qu'il n'a jamais fait l'unanimité depuis sa nomination en septembre 2016. Celui qui ne devait au départ qu'assurer l'intérim après la démission de Sam Allardyce, tombé dans une affaire de corruption, a progressivement rétabli la stabilité qui fuyait depuis trop longtemps le pays où le football a fait ses premiers pas.

Quand il a été confirmé à son poste le 30 novembre 2016, Gareth Southgate affichait sa détermination pour "tout donner et offrir aux supporters une équipe dont ils seraient fiers". Déçus de le voir débarquer plutôt que le jeune Eddie Howe ou les plus expérimentés Steve Bruce et Alan Pardew, les fans n'ont jamais été tendres avec lui. Le hashtag #SouthgateOut réclamant son départ du banc anglais est devenu un refrain bien connu des réseaux sociaux. Il est même remonté dans les tendances Twitter avant l'entrée en lice des Three Lions à l'Euro 2021 contre la Croatie le 13 juin dernier et après le nul décevant contre l'Ecosse (0-0) cinq jours plus tard.

Mais que lui reprochent-ils ? A l'Euro, les critiques se sont cristallisées autour des titulaires qu'il a choisis pour animer le secteur offensif. Dans un pays où les grands clubs sont nombreux à rassembler talents et supporters, beaucoup ont été déçus de voir Jack Grealish, Marcus Rashford, Jadon Sancho, Bukayo Saka ou encore Phil Foden passer moins de temps sur le pré que Harry Kane, Mason Mount et Raheem Sterling. Ses changements ont parfois déplu parce que trop tardifs et/ou trop frileux comme face au Danemark en demi-finales. Alors que son équipe ne trouvait pas la faille, bloquée à 1-1 pendant toute la deuxième période, Southgate n'a procédé qu'à un seul changement dans le temps réglementaire en remplaçant Saka par Grealish (69e), lequel est sorti en prolongation après le but du 2-1 pour consolider la défense avec Kieran Trippier (106e).

Des qualifications qui interpellent

Même s'il n'a jamais fait tomber une sélection qui ne savait plus comment se tenir droit, l'ancien défenseur paiera toujours la légèreté de son CV. Ancien international anglais entre 1995 et 2004, il n'a jamais porté les couleurs d'un cador de Premier League, naviguant entre Crystal Palace, Aston Villa et Middlesbrough. Son palmarès de joueur s'arrête à deux League Cup et la trace la plus marquante qu'il a laissée sur un terrain est son tir au but manqué lors de la défaite contre l'Allemagne aux portes d'une finale à domicile lors de l'Euro 1996.

Avant de prendre les rênes de la sélection anglaise, il n'avait passé que trois saisons complètes sur le banc d'un club, du côté de Middlesbrough, avec pour meilleur résultat une 12e place en 2006-07, deux ans avant une relégation en deuxième division qui lui a coûté sa place en 2009. Et lors de ses trois années avec les Espoirs anglais, sa seule expérience en tournoi majeur s'est conclue par une élimination dès le premier tour de la phase finale de l'Euro 2015 avec la génération de Harry Kane et John Stones.

Mais c'est bien le même homme qui a offert à l'Angleterre une chance d'être sacrée championne d'Europe cet été quand la France, l'Allemagne et le Portugal ont déjà défait leurs valises depuis bien longtemps. Pour Glenn Hoddle, sélectionneur des Trois Lions entre 1996 et 1999, la réussite de Southgate doit en grande partie à un contexte favorable. "Etre sélectionneur n'est jamais un travail facile mais c'est plus évident que ça ne l'était de mon temps. Il a une très belle génération de joueurs avec laquelle travailler. Et il y a eu un changement dans l'esprit du public et des médias. Avant, quand on vous proposait le job, votre instinct vous disait 'mais comment je vais faire pour ne pas l'accepter'", analysait l'ancien attaquant de Monaco dans les colonnes du City A.M avant le début de l'Euro 2021.

Quiétude et stabilité avant tout

Sur le terrain, la patte de Gareth Southgate est en tout cas difficilement identifiable. La recette marche mais les ingrédients ne sautent pas aux yeux. Passé sous ses ordres chez les Espoirs en 2014, le défenseur Luke Garbutt a confié à la BBC que Gareth Southgate "est bon dans sa manière de gérer le groupe dans son ensemble" pour éviter qu'aucun joueur convoqué ne se sente pas à sa place. Cet été, aucune polémique n'a traversé la Manche alors que des prodiges qui auraient leur place dans le onze type de n'importe quelle autre sélection européenne ne jouissent que d'un très faible temps de jeu ; à l'image de Marcus Rashford qui n'a cumulé que 87 minutes de jeu depuis le début du tournoi.

Plutôt que de chercher l'optimisation à tout prix et de céder à la pression populaire, réclamant plus de place pour les talents sur le banc, Gareth Southgate semble ne s'intéresser qu'à une seule chose : la recherche absolue d'équilibre. Face au Danemark, il n'a pas fait le choix de remplacer l'un de ses deux milieux défensifs par un joueur au profil plus offensif afin de forcer la décision. Quand Declan Rice s'est dirigé vers le banc de touche, c'est Jordan Henderson qui l'a remplacé poste pour poste (95e). La récompense de cette quête de stabilité est tangible : un seul but encaissé en six matchs pour Pickford et les siens. 

>> Lire aussi : Euro 2021 : frustrations, moqueries, prémonitions... D'où vient "Football's coming home", le chant des supporters anglais lors des tournois internationaux ?

Malgré le manque de rendement de son capitaine Harry Kane, resté muet en phase de groupes, il ne lui a jamais retiré ni le brassard ni sa place de titulaire, sachant pertinemment que son attaquant finirait par avoir un rôle décisif. Ce dernier s'est réveillé, marquant quatre buts sur les trois matchs de phase finale, et n'est plus qu'à une unité de devenir co-meilleur buteur de l'Euro 2021 aux côtés de Patrik Schick et Cristiano Ronaldo. Au cours d'un été où les autres favoris sont tombés comme des mouches, occupés à exploiter le plein potentiel d'un groupe chamboulé à la dernière minute d'un tournoi qui n'a laissé que très peu de temps de préparation, Gareth Southgate a compris que la stabilité pouvait suffire à faire la différence, quitte à ne pas plaire à tout le monde.

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