Tour de France 2021 : bulle sanitaire, folie du public... Trois semaines au coeur d'une Grande Boucle haute en couleur

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De notre envoyé spécial - Adrien Hemard - franceinfo: sport
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Le peloton du Tour lors de la 14e étape entre Carcassone et Quillan, le 10 juillet 2021. (THOMAS SAMSON / AFP)

Pendant trois semaines, le Tour de France a retrouvé toute sa splendeur malgré le contexte sanitaire et une météo pas toujours clémente.

Une claque. Une grosse claque, mais une bonne, de celles qui vous font plus de bien que de mal : c’est ainsi qu’a démarré le Tour de France 2021 en Bretagne. Comme en septembre 2020, le contexte pandémique annonçait une Grande Boucle froide, distante, masquée. Il n’en a rien été, et on l’a vite compris, dès la première arrivée à la côte de la Fosse-aux-Loups sur les hauteurs de Landernau, samedi 26 juin. Ce n’est pas tant la victoire arc-en-ciel de Julian Alaphilippe - vainqueur et maillot jaune pour le troisième Tour consécutif -, mais la ferveur qui a régné dans le raidard finistérien qui a vite éclipsé le Covid. Récit.

La Grande Boucle dans le sens de la fête

Cette première impression avait quelque chose de rassurant, de libérateur après trois jours pluvieux au village départ, à Brest, marqués par les gestes barrières et les tests PCR à tout-va. En particulier pour les coureurs, obligés de slalomer sur le parking pour aller se faire chatouiller les narines. Ça et la pluie bretonne : le climat n’était pas forcément à la fête, avant que l’éclaircie Alaphilippe ne dissipe les nuages. Un simple avant-goût, annonciateur d’un Tour qui a renfilé ses plus beaux habits de lumières, à l’image d’un Mûr-de-Bretagne incandescent le lendemain.

Plus encore que la victoire émouvante de Mathieu van der Poel, maillot jaune et digne petit-fils de Raymond Poulidor, c’est la ferveur de Mûr qui en a fait une journée déclic. En dépit des élections régionales, du pass sanitaire et de la jauge mise en place dans les 500 derniers mètres, ce Tour de France a vite ressemblé à ceux du monde d’avant, plutôt qu'à l’édition de septembre 2020.

La foule dense dans Mûr-de-Bretagne, lors de la 2e étape du Tour de France, le 27 juin 2021. (AH)

De fait, en dehors du port du masque, de quatre arrivées sous jauge avant la levée des restrictions le 30 juin, et de la distance entre les coureurs et leurs suiveurs - qu’ils soient journalistes ou spectateurs - le Covid 19 ne s’est pas fait sentir sur cette Grande Boucle. Un exploit, dans un contexte rendu pesant par la diffusion du variant Delta dans l’Hexagone. Mais la bulle Tour de France y est restée hermétique.

La preuve en Andorre, en fin de deuxième semaine : les véhicules du Tour ont été dispensés du test PCR nécessaire pour repasser la frontière, après plus de 24h en Principauté. Tant pis pour ceux qui ont perdu quelques heures à trouver un rendez-vous dans un des rares laboratoires andorran, payant leur test au prix fort. Le passage des douanes s’est fait sans encombre, avec les provisions de produits détaxés dans le coffre.

Pédalons sous la pluie

Si le Covid a épargné la Grande Boucle, ce n’est toutefois pas le cas de la météo. Voilà un point sur lequel l’édition de septembre, chaude et ensoleillée, a donné un filet de nostalgie. Le Tour avait pourtant retrouvé son calendrier habituel à cheval sur juin et juillet. Mais un jour après un départ breton sous le soleil, le ciel nous est tombé sur la tête à Pontivy, entraînant aussi une cascade de chutes et un climat tendu autour de la course. Une menace de grève a plané jusqu’au départ le lendemain à Redon. En parlant de gouttes, on préfèrera retenir celles de Mark Cavendish, vainqueur à Fougères pour la première fois depuis cinq ans devant un public aussi surpris qu’heureux d’assister à cette renaissance émouvante.

C’est surtout dans les Alpes, après une première semaine éreintante, que la pluie a frappé le plus fort. De quoi compliquer encore un peu plus le travail des coureurs, mais aussi des caravaniers, douchés pendant deux jours, au point de devoir rentrer provisoirement dans leurs véhicules entre Cluses et Tignes. Ou l’art de bien choisir son jour pour s’immerger - dans tous les sens du terme - dans la caravane. La pluie puis l’éclair Tadej Pogacar, qui a profité de ce court week-end alpin pour foudroyer la concurrence. Si bien qu’à l’aube de la première journée de repos, à Tignes, il flottait un parfum étrange au dessus de la Grande Boucle : celui d’un Tour à peine débuté, mais déjà plié.

Comme le public derrière lui, Mathieu van der Poel cherche à se protéger de la pluie lors de la traversée pluvieuse des Alpes, ici dans le col de Romme le 4 juillet 2021. (AH)

Plus encore que la pluie et que la domination sans partage du Slovène, ce sont les préfets qui ont douché les étapes alpines. En fermant les cols aux voitures et aux camping-cars plusieurs jours plus tôt que prévu, ils ont gâché, du moins limité, la fête dans des communes qui pensaient tourner la page de la pandémie grâce au public du Tour. En bas des cols, sur le bord des routes, mais aussi dans ces stations clairsemées au lieu d’être bondées, la colère grondait tout autant que le ciel. A l’image de celle de Christian Hénon, adjoint au maire de Romme, déçu de n’accueillir que 50 campings-cars sur les 500 attendus.

"Ils sont en train de tuer le Tour, cet arrêté préfectoral est insensé. C'est navrant. Pour nous, c’était une respiration après l’année de Covid. La fête est gâchée."

Christian Hénon, élu local

à franceinfo

Un choix réitéré dans le Mont Ventoux, avec la fermeture des routes aux véhicules plusieurs jours en amont. En dehors des quelques dizaines de camping-cars installés depuis une semaine sur les deux parkings aménagés pour l’occasion, il fallait donc monter à pied ou en vélo sur le Mont Chauve. De quoi limiter le spectacle ? Pas du tout. Pour la double ascension du Géant de Provence, l’effort en valait la peine.

Dès le matin, on a donc assisté à une interminable procession de milliers de cyclistes et randonneurs, venus se frotter au Ventoux. Un pèlerinage incroyable sur ce temple du cyclisme avec une ambiance différente au sommet, où l’on avait à faire à des sportifs en pleine récupération, les fêtards du Tour étant restés plus bas. Et oui, une glacière pleine de bières, c’est lourd à porter. Autre leçon du jour, en dehors de celle donnée par Wout Van Aert sur la route, c’est que le Tour de France avait bel et bien retrouvé toute sa ferveur, et sa splendeur.

Montagnes russes dans les Pyrénées

Puis est venu le moment de la traversée pour rallier les Pyrénées, sans doute le plus long des nombreux transferts à avaler pour les coureurs et leurs suiveurs sous la chaleur écrasante d’Occitanie. Trois étapes cartes postales, marquées par le record de Cavendish, et puis c’est tout. Un régal pour les yeux, pour les papilles. Un intermède sudiste venu soigner le corps et l’esprit avant les Pyrénées avec un doux rêve en tête : la perspective d’une semaine pyrénéenne pour relancer un Tour de France outrageusement dominé par Tadej Pogacar. Un fantasme vite réfréné.

Tadej Pogacar dans la deuxième ascension du Ventoux lors de la 11e étape du Tour de France 2021, le 7 juillet. (AH)

A défaut de faire vaciller le Slovène, vainqueur coup sur coup des deux étapes reines au col du Portet et à Luz Ardiden, les Pyrénées ont au moins eu le mérite de redonner au Tour toute sa ferveur. Partout, d’Andorre au Tourmalet, le bord des routes a repris ses apparences d’avant Covid avec ses camping-cars garés sur le moindre emplacement disponible et ses foules compactes fendues seulement par les coureurs. Mention spéciale pour le col du Portet, accessible seulement à pied, vélo ou via les remontées mécaniques de Saint-Lary Soulan, mais quand même noir de monde. Le Covid semblait alors bien loin, à l’image des rivaux de Tadej Pogacar, relégués à plus de cinq minutes minimum. La fête, elle, était bien là.

Mais le doublé pyrénéen de Tadej Pogacar, conjugué à une perquisition à l’hôtel de la Bahrain Victorious à Pau ont plongé la fin de Tour dans un climat nauséabond de suspicion générale. Un autre genre de retour au monde d’avant, dont on se serait bien passé. Après la traditionnelle visite présidentielle à Luz Ardiden - venue saluer autant les coureurs que le Vaccibus des pompiers, à l’origine d’un interminable bouchon -, une traversée express des Landes et un dernier contre-la-montre sans saveur au milieu des millésimes bordelais, le peloton a clos l’affaire sur les Champs-Elysées, dimanche, en début de soirée.

La vue au sommet du col du Portet, arrivée de la 17e étape du Tour de France 2021, le 14 juillet. (AH)

L’heure du festin pour Tadej Pogacar, insatiable cannibale jaune, blanc et à pois. L’heure du "jour le plus triste de l’année", comme aime à l’appeler Christian Prudhomme, puisque l’arrivée à Paris sonne le départ d’une longue attente : celle avant la prochaine Grande boucle.

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