Mort du cycliste belge Bjorg Lambrecht : "Ce n'est pas normal qu'on joue avec la vie des sportifs", déplore un médecin

"On touche à un problème de santé publique", affirme Jean-Jacques Menuet, médecin référent de l'équipe cycliste bretonne Arkéa-Samsic.

Bjorg Lambrecht sur la 71e édition du Critérium du Dauphiné, le 9 juin 2019.
Bjorg Lambrecht sur la 71e édition du Critérium du Dauphiné, le 9 juin 2019. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Le cycliste belge Bjorg Lambrecht, 22 ans, est décédé lundi 5 août sur la troisième étape du Tour de Pologne après une lourde chute. "Ce n'est pas normal qu'on joue avec la vie des sportifs", a déclaré mardi sur franceinfo Jean-Jacques Menuet, médecin référent de l'équipe cycliste bretonne Arkéa-Samsic, qui souhaite réunir tous les acteurs du cyclisme pour mieux sécuriser les courses.

franceinfo : Quelle est votre réaction à la mort d'un si jeune coureur ?

Jean-Jacques Menuet : Je suis clairement attristé. Je suis passionné par ce sport cycliste, où j'exerce comme médecin depuis une vingtaine d'années. Je me dis qu'un gamin de 22 ans qui pratique son sport et sa passion n'a pas le droit de mourir sur son vélo. Je pense qu'on quitte le sport et qu'on touche à un problème de santé publique. Il serait temps de mettre autour d'une table tous les acteurs du sport cycliste : les coureurs, les organisateurs de course, les instances, les patrons des équipes cyclistes, les pouvoirs publics et voir ce qu'on fait. Quand on voit arriver un sprint d'une étape du tour de France, ou d'une autre course, en plein centre-ville, on sait tous que la vitesse est limitée pour les automobilistes à 30 ou 50 km/h. Les gars sur leurs vélos déboulent à 70 km/h. Il y a des chicanes, des poteaux, des trottoirs, des dos-d'âne et ce n'est pas normal qu'on joue avec la vie des sportifs. Le décès d'un gamin de 22 ans, ce n'est pas possible.

Est-ce le parcours qui doit évoluer pour aller vers plus de sécurité ?

Il y a plusieurs choses. Sur le parcours, ce n'est pas possible d'avoir des dos-d'âne, des virages à angle droit juste avant la ligne d'arrivée. Il faut matelasser toutes les difficultés, les poteaux. Bjorg Lambrecht est allé s'écraser sur des poteaux en ciment sur le bord de la route. Cela aurait dû être matelassé, protégé (...) Un autre problème annexe est celui des oreillettes. Pendant la course, les cyclistes ont une oreillette qui les relie au directeur sportif, qui est tranquille au chaud dans sa voiture et donne les consignes. Un automobiliste n'a pas le droit de téléphoner en conduisant, mais le cycliste à 70 km/h peut recevoir les consignes de son directeur sportif en direct. Cela perturbe la vigilance, la visibilité.

Vous aviez dû gérer le cas d'Andrei Kivilev, un coureur kazakh décédé en 2003 après avoir chuté sur la tête pendant Paris-Nice. Vous aviez alors plaidé pour que soit rendu obligatoire le casque dans toutes les courses. Y a-t-il des choses qui ont évolué malgré tout ?

À l'époque, effectivement, j'avais fait partie des acteurs qui, avec beaucoup de rage, avaient communiqué avec les instances. Le port du casque avait été rendu obligatoire. Aujourd'hui il faut revoir le parcours des courses, la sécurisation. Là, on parle des cyclistes professionnels, mais je veux aussi avoir une pensée pour les cyclistes amateurs, qui tous les jours se font renverser par des voitures. Aux Pays-Bas, on a quatre fois moins de décès, parce que la relation de l'automobiliste avec le cycliste est aussi moins agressive là-bas.

Chez nous, on a encore un problème, avec l'automobiliste qui considère le cycliste comme une proie, alors que le gars est complètement dénudé, le crâne à l'air et c'est une victime potentielle. Le problème des pistes cyclables aussi, qui n'ont souvent de cyclable que le nom. Il y a des pistes cyclables dans les villes qui réjouissent les maires mais en fait, on arrive après un carrefour sans piste cyclable. Je suis un peu énervé avec ça, parce que tous les ans il y a deux ou trois coureurs cyclistes professionnels qui décèdent, mais aussi des dizaines, des centaines de cyclistes amateurs. À un moment, ça suffit.