Les premiers enfants haïtiens adoptés arrivent en France

Alors qu'un premier groupe d'une trentaine d'enfants haïtiens en voie d'adoption est arrivé à Paris et que plusieurs associations de parents demandent que davantage soient rapatriés d'urgence, l'Unicef met en garde contre les réseaux de traite d'enfants liés au "marché de l'adoption", souvent actifs après des catastrophes...

(Radio France © France Info)

Trente-trois enfants haïtiens sont arrivés ce soir à Roissy Charles-de-Gaulle où ils ont été remis à leurs familles adoptives. Âgés de 1 à 6 ans, ils sont tous en bonne santé et disposent d'un passeport haïtien avec le patronyme de leurs parents français. Les 33 enfants avaient quitté ce matin l'aéroport de Fort-de-France (Martinique) où leur avion avait fait escale entre Port-au-Prince et Paris.

"Il y aura un autre avion dans les prochaines heures" pour des enfants dont le dossier d'adoption est "finalisé", a indiqué la ministre de l'Outre-mer. Marie-Luce Penchard a rappelé que le gouvernement avait décidé de rapatrier en France les enfants dont les dossiers d'adoption étaient "aboutis" et avaient "fait l'objet d'une instruction jusqu'au bout".

Les rapatrier tous?

De son côté, le collectif SOS Haïti Enfants Adoptés estime que la France doit "aller vraiment plus vite" , à l'instar d'autres pays, dans le rapatriement des enfants en raison de "l'urgence sanitaire". Sa porte-parole, Emmanuelle Guerry, a ainsi estimé qu'il fallait "rapatrier, évacuer, tous les enfants qui ont un dossier en cours de procédure. Tous."

Quelque 904 dossiers d'enfants haïtiens sont enregistrés par le service français de l'adoption, dont 276 au stade du jugement par les autorités haïtiennes, a précisé mardi Bernard Kouchner. "Ceux-là, les 276, nous allons les rapatrier en France le plus vite possible, c'est-à-dire immédiatement, et les autres, nous nous en occuperons un par un avec toute l'attention nécessaire", a ajouté le ministre des Affaires étrangères.

Prudence du gouvernement

Mais le gouvernement veut jouer la prudence. "Il faut protéger ces enfants" a ainsi déclaré Marie-Luce Penchard, "même si le ministère des Affaires étrangères va assouplir, accélérer la procédure". Les protéger notamment des réseaux de traites d'enfants liés au "marché de l'adoption". Des réseaux qui sont souvent très actifs après des catastrophes de ce type : ils "s'activent immédiatement lors d'une catastrophe et utilisent la faiblesse de l'Etat" et "la faiblesse de la coordination des acteurs sur le terrain pour enlever des enfants et les faire sortir du pays", explique Jean-Luc Legrand, conseiller régional de l'Unicef.

Disparitions d'enfants

Ce matin, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) a annoncé qu'une quinzaine d'enfants avaient disparu d'hôpitaux en Haïti, "avec des personnes qui ne sont pas de leur famille". Et Jean-Luc Legrand de préciser que "la situation de la traite des enfants en Haïti existait déjà" avant le séisme du 12 janvier, notamment via Saint-Domingue, la capitale de la République dominicaine voisine. L'organisation met ainsi en garde les pays accueillant des enfants d'Haïti: ils doivent respecter la Convention de La Haye (qui protége les enfants et leurs familles des risques d'adoptions illégales) et doivent par conséquent s'assurer que les enfants adoptés n'ont pas été enlevés ou vendus.

Depuis 10 jours, l'Unicef accueille quotidiennement près de 2.000 enfants sans nouvelle de leurs parents depuis la catastrophe.

Anne Jocteur Monrozier, avec agences