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Laurent Jalabert : "Ça me semble compliqué un Tour à huis clos"

Après les déclarations mercredi de la ministre des sports Roxana Maracineanu ouvrant la porte à un possible Tour de France à huis-clos cet été, notre consultant Laurent Jalabert livre son sentiment. Pour l'ancien champion, c'est avant tout l'évolution de l'épidémie de Covid-19 qui décidera du sort de la course. Quant à la tenue de la Grande Boucle sans public sur le bord des routes, il émet des doutes sur la mise en place d'un dispositif "très compliqué".
Article rédigé par
France Télévisions
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Temps de lecture : 6 min.

Est-ce que l'organisation d'un Tour de France à huis-clos est une solution viable selon vous ?
Laurent Jalabert : "Tout cela va dépendre de comment les choses évoluent dans les semaines qui viennent. Pour l'instant, on s'inquiète tous pour le présent mais aussi pour l'avenir parce que la reprise, il va bien falloir qu'elle ait lieu. Et le Tour, ça en fait partie. Est-ce que le Tour peut se courir à huis-clos ? Moi ça me semble super compliqué comme dispositif. On a fait Paris-Nice à huis-clos, et c'est sûr que sur les aires de départ et d'arrivée, tu arrives à contenir le public à distance avec des barrières, des forces de l'ordre etc. Donc les gens s'ils ne peuvent pas accéder aux coureurs, ils ne viennent pas. Ça rouspétait un peu, mais ça a eu son effet."

La problématique est aussi celle d'éviter les rassemblements sur le bord des routes...
LJ : "Oui. Le mot d'ordre aujourd'hui c'est bien d'éviter les contacts entre les personnes, donc ça me semble tellement tôt et prématuré... On ne sait même pas combien de temps ça peut durer, comment ça va évoluer. Personne ne peut le dire, même les chercheurs. Je ne sais pas. Après c'est vrai que le Tour de France est une grosse mécanique qui doit se mettre en route progressivement, il y a de la préparation à faire et forcément il y a une 'deadline'. À un moment il va falloir prendre la décision de mettre la machine en route ou pas."

"En tant que passionné de vélo, j'ai envie que le Tour ait lieu (...) mais je pense que la décision ne peut pas être prise en trois mois"

Thibaut Pinot nous disait que le Tour ne peut avoir lieu que si les coureurs reprennent l’entrainement début mai car après ce sera trop juste...
LJ : "Oui, les coureurs parlent d'atteindre leur top niveau pour l'événement sportif. Là, c'est surtout la question de savoir si l'événement sportif peut avoir lieu en respectant les conditions sanitaires optimales. Ce sont deux choses différentes et c'est normal que chacun voit midi à sa porte. Moi en tant que passionné de vélo, j'ai envie que le Tour de France ait lieu cette année. Mais c'est quand même dans trois mois, et d'ici là il y a encore beaucoup de choses qui peuvent évoluer, notamment dans le bon sens. Mais encore une fois je pense que la décision ne peut pas être prise en trois mois. Pour tous les acteurs du Tour, les organisateurs, les coureurs... Il faut que tout le monde ait un minimum d'anticipation. Que ce soit la préparation logistique ou physique, cela demande du temps. Mais c'est évident que si jamais le Tour a lieu, ce sera un Tour atypique, avec un dispositif particulier et des coureurs peut-être pas au top niveau. Sur le plan sportif, pour nous spectateurs, je pense que ça peut être très attractif. Il pourra y avoir des surprises, c'est ce que je me dis."

"On va dire aux gens 'ne sortez pas !' ? Il va falloir combien de forces de l'ordre pour empêcher les gens de sortir ?"

En tant qu'ancien coureur, cela change quoi de bénéficier du soutien du public sur les routes ?
LJ : "J'en ai fait des courses où tu montes des cols et il y a très très peu de public voire personne, bon... La pente reste la même. C'est sûr que quand tu es porté par la foule en plein mois de juillet, l'effort est peut-être moins difficile à fournir. La question que je me pose, c'est comment on peut arriver à faire un huis-clos sur un stade aussi grand. Soit les conditions sanitaires évoluent positivement et la course peut se dérouler normalement, mais un huis-clos sur l'ensemble du tracé, cela me semble très dur à mettre en place. Ce n'est pas un stade fermé où tu fermes les portes et personne ne rentre. Ce qui fait l'attrait du Tour et de cette course, c'est qu'elle passe devant ta porte ! On va dire aux gens "ne sortez pas" ? Il va falloir combien de forces de l'ordre pour empêcher les gens de sortir ? C'est compliqué, on voit que quand on leur dit de ne pas sortir, il y en a beaucoup qui le font. Le Tour à huis-clos... Ça peut être trop tentant, s'il passe devant chez vous, de ne pas sortir. Cela va demander un dispositif de sécurité sur-dimensionné. Mais s'il y a une volonté politique de le faire comme cela, ça peut se faire. Mais avec la situation que l'on vit en ce moment, on se demande vraiment si c'est une priorité."

"Avec les mesures prises sur Paris-Nice, on a vu que ça pouvait marcher"

Ces derniers jours, avant le report officiel des Jeux olympiques de Tokyo mardi, on a beaucoup critiqué la décision tardive du CIO et du comité d'organisation. Est-ce que les organisateurs du Tour temporisent un peu trop ?
LJ : "Les Jeux c'est une autre dimension, à une échelle encore plus planétaire que le Tour de France. Sur le Tour, s'il y a un peloton de 190 coureurs, ce ne sont pas non plus des millions de personnes. Mais on n'a pas l'habitude de voir un Tour sans public. Mais avec les mesures prises comme sur Paris-Nice, où il n'y avait pas de village départ donc plus de raisons d'aller au départ, pas d'invités à l'arrivée donc pas de raisons d'y aller non plus... On a vu que ça pouvait marcher et qu'ASO savait le faire. Nous qui avons participé, j'échange avec mes collègues et ils sont en bonne santé. Les mesures barrière avaient été mises en place avant le confinement général. Autre point important : s'il n'y a pas de caravane publicitaire, cela draine moins de monde. Il faut le reconnaître, elle attire beaucoup plus de monde que les coureurs et la course en elle-même."

"Un événement comme ça, c'est un feuilleton tous les jours qui peut être extrêmement suivi. À condition d'arriver à préserver la santé des coureurs et de tous ceux qui mettent en place cette compétition"

Est-ce que ce ne serait pas, aussi, aller à l'encontre du symbole qu'est le Tour de France ? C'est-à-dire la plus belle course au monde, la plus populaire et festive...
LJ : "Non je ne crois pas. On est dans une période exceptionnelle. Le Tour n'est pas au-dessus des lois, il s'adaptera à l'évolution de la situation sanitaire en France. S'il peut avoir lieu sans que ça mette la santé des gens en péril, ça se discutera. Sinon, l'année prochaine il y aura un Tour. Je ne suis pas très inquiet pour ça. C'est inscrit dans notre patrimoine culturel. Après ce que dit la ministre est vrai, ça peut être un super spectacle télévisuel. Moi je remarque en cette période de confinement, si tu n'as pas le moral c'est compliqué ! Pas mal de choses anxiogènes, pas beaucoup de divertissements... Un événement comme ça, c'est un fil conducteur pendant trois semaines, c'est un feuilleton tous les jours qui peut être extrêmement suivi. Mais encore une fois, à condition d'arriver à préserver la santé des coureurs et de tous ceux qui mettent en place cette compétition. L'interrogation que je me pose est : "est-ce qu'on va réussir à contenir le public chez lui si une épreuve comme cela a lieu ?". La problématique du vélo, c'est qu'il s'agit d'un sport gratuit, très accessible et du coup ça devient compliqué d'écarter tout le monde."

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