Haïti: l'anarchie

Près d'une semaine après le séisme, même si les opérations de secours montent en puissance pour tenter de répondre à la détresse de sinistrés qui manquent de tout, la coordination de l'aide humanitaire reste difficile et la population haïtienne lutte {"pour simplement survivre"}, selon le Comité international de la Croix-Rouge.

(Radio France © France Info)

Dans un pays déjà largement désorganisé avant le tremblement de terre, la tâche est énorme pour les humanitaires. Sur place, la mission de l'ONU a été balayée, sans parler de l'absence de pouvoirs publics. Avec la dévastation de la capitale. il n'y a plus en Haïti d'Etat capable de fonctionner. Ni de services ou d'infrastructures: police, secours, hôpitaux, électricité, routes, assainissement... Tout a été balayé.

Face à "la plus grave crise humanitaire depuis des décennies", selon le secrétaire général de l'ONU Ban Ki Moon, l'aide et les secours affluent vers l'île caraïbe, mais ont du mal à atteindre leurs buts en raison d'une logistique chaotique: 105.000 rations d'aide alimentaire ont été distribuées, 280 centres d'accueil devraient ouvrir au plus vite autour de Port-au-Prince, mais certaines communes, parfois distantes de quelques kilomètres, n'ont toujours vu aucune aide arriver.

Les prix des denrées alimentaires et des transports sont montés en flèche depuis une semaine. Dans un quartier de Port-au-Prince, le prix du pain a même doublé en moins de 6 jours. "Les gens ont tout perdu. Il n'y a pas d'argent et le marché noir fleurit", raconte Verlène, une habitante. Les délégués du CICR indiquent qu'il y a des marchands de légumes et de fruits dans les rues, mais peu de clients, car personne n'a les moyens d'acheter la nourriture.

"Les nerfs sont en train de craquer alors que les survivants affamés et assoiffés réalisent l'étendue de leurs pertes" , explique le CICR. "La population est à bout", renchérit la porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) Elisabeth Byrs et "les scènes de violence se multiplient à mesure que le désespoir grandit."

"Les gens deviennent plus agressifs car ils ont besoin d'eau et de nourriture", explique Sherley, une rescapée âgée de 29 ans. "Aujourd'hui, les gens se battent pour survivre" , raconte-t-elle. La faim, la soif et le traumatisme d'avoir tout perdu provoquent une montée de la violence et des ambiances lourdes de tension. Emeutes lors des (toujours peu nombreuses) distributions de rations alimentaires, ruées vers les rares magasins qui dégénèrent en luttes désespérées pour se procurer de la nourriture. "Actes de désespoir" pour certains, "scènes de pillages" pour d'autres. Instinct de survie surtout. Les rumeurs d'attaques les plus folles se propagent sur l'île. Le contre-amiral Mike Rogers, responsable du renseignement à l'Etat-major interarmées des Etats-Unis évoque pour sa part des "incidents isolés". "Il n'y a pas de panique générale" , insiste-t-il.

Dans les camps de fortune, la situation en matière de santé et d'assainissement devient de plus en plus précaire. "L'accès à des abris, à l'eau potable, aux sanitaires, aux soins médicaux reste extrêmement limité", selon le chef de la délégation du CICR en Haïti Riccardo Conti. "Même si la présence des agences d'aide humanitaire commence à produire des effets dans les hôpitaux et les cliniques, beaucoup de centres de soins de Port-au-Prince manquent toujours de personnel et de médicaments et la tâche que doivent affronter les organisations humanitaires est écrasante", explique t-il.

Pour les équipes médicales à pied d'œuvre, débordées par le nombre de morts et blessés, le pire est à venir avec les infections et les épidémies qui s'annoncent au milieu du champ de ruines qu'est devenu le pays. Plus que la présence de cadavres sur les routes, les maladies infectieuses comme la rougeole et la malaria, ou celles transmises par l'eau souillée (et particulièrement les diarrhées, mortelles sans traitement médical adéquat) inquiètent les ONG.

Anne Jocteur Monrozier, avec agences