Haïti : l'aide arrive difficilement sur fond de tension

Cinq jours après le séisme, l'aide arrive au compte-goutte dans Port-au-Prince et dans les villes environnantes. Les secours continuent à rechercher des survivants, mais les découvertes se font rares. les ONG appellent les autorités américaines à faciliter l'arrivée de l'aide médicale, alors que les soins aux blessés s'avèrent difficiles. Les problèmes de sécurité compliquent les distributions.

(Radio France © France Info)

POURSUITE DES RECHERCHES DE SURVIVANTS

Cinq jours après le séisme, les équipes de secours internationales espèrent toujours retrouver des survivants, mais la tâche est immense. Il faut parfois des dizaines d'heures pour aller chercher les personnes bloquées et les secouristes commencent à parler de “miraculés” pour ceux qu'ils réussissent à tirer des décombres. Ainsi, ce matin, trois personnes ont-elles pu être sorties des ruines d'un supermarché. Les équipes étaient sur le point d'abandonner les recherches à cet endroit, mais une caissière coincée sous les débris a réussi à appeler des proches à Miami, aux Etats-Unis, pour signaler sa présence. Une centaine de personnes pourraient avoir été prises au piège dans ce supermarché.

D'autres survivants ont été tirés des gravats. Au total, 70 personnes ont été sauvées des ruines par les sauveteurs. De nombreuses autres sont parvenues à se tirer seules des gravats ou en sont sorties grâce à l'aide des habitants.

SITUATION SANITAIRE INQUIETANTE

L'ONG Médecins sans Frontières a lancé un appel pour que les avions transportant du matériel médical puissent se poser à l'aéroport de Port-au-Prince. Appel lancé en direction des autorités américaines, qui gèrent la plate-forme.

Un appareil médical a été dérouté hier soir sur la République Dominicaine, d'où le matériel doit être acheminé par camion vers la capitale haïtienne, ce qui retarde sa mise en place. Vendredi, un avion porteur d'un hôpital gonflable avait déjà été refoulé.

L'ONG estime n'avoir “jamais vu autant de blessures aussi graves”. Malgré les retards, elle a tout de même pu ouvrir des structures, dans deux hôpitaux et dans la ville de Carrefour : “La priorité étant donnée aux cas les plus urgents, les équipes ont pratiqué des césariennes et des amputations”, raconte l'ONG. Le diagnostique est confirmé par Médecins du Monde, qui travaille à l'hôpital général, et qui annonce devoir effectuer 400 amputations dans les jours qui viennent.

La rareté de l'eau et de la nourriture n'améliore pas la situation, tout comme les nombreux corps qui se décomposent en plein air, notamment dans la morgue à ciel ouvert dans une cour de l'hôpital.

BILAN TOUJOURS IMPRECIS

Le nombre de morts n'est toujours pas connu et les estimations sont larges. dernière en date, celle de l'OMS, qui parle de 40.000 à 50.000 morts. Mais hier, les autorités haïtiennes évoquaient le chiffre de 200.000 personnes tuées. Le ramassage des corps reste lent : nombre de morts sont toujours sous les gravats, car les secours donnent la priorité à la recherche de survivants.
_ Selon le gouvernement haïtien, 25.000 cadavres, non identifiés, auraient déjà été ensevelis dans des fosses communes, ouvertes aux alentours de Port-au-Prince.

PROBLEMES DE SECURITE

“Il va falloir se préoccuper de cette question de la sécurité”, a lancé le général américain Ken Keen. “Il y a eu des incidents violents qui bloquent notre capacité à aider le gouvernement d'Haïti et à répondre aux besoins”, admet-il.

Ce week-end, les pillages ont semblé s'intensifier dans Port-au-Prince, même s'ils restent pour la plupart circonscrits à certains quartiers, selon nos envoyés spéciaux sur place. Ce matin, la police haïtienne a tiré lors d'une bagarre impliquant un millier de personnes se disputant des marchandises pillées. Il y aurait eu au moins un mort. Un photographe a été témoin d'une scène de lynchage, au cours de laquelle un homme a été brûlé vif.

Des bagarres éclatent aussi en divers points de la ville, et notamment lors des distributions d'eau et de nourriture. Des survivants défendent leurs rations armés de couteaux, de marteaux ou de machettes, et les plus faibles sont parfois lésés. Hier, des hélicoptères américains ont largué de l'aide, provoquant une bousculade.

Ces difficultés et les embouteillages logistiques ralentissent les distributions. Beaucoup d'habitants ne savent pas où trouver des rations, surtout dans les quartiers excentrés, où les secouristes se font rares. C'est donc le règne de la “débrouille”.

MOBILISATION INTERNATIONALE :

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon est arrivé ce soir en Haïti. Le séisme est “une des plus graves crises depuis plusieurs décennies”, a-t-il déclaré. Le conseil de sécurité de l'ONU se réunit demain pour évoquer la catastrophe et évoquer la reconstruction d'Haïti. L'ancien président américain Bill Clinton, émissaire particulier de l'ONU pour Haïti, doit arriver sur place dès ce lundi.

L'Union européenne doit aussi annoncer des engagements financiers pour aider à la reconstruction d'Haïti, au cours d'une réunion des ministres européens de l'aide au développement. L'aide pourrait atteindre 100 millions d'euros, selon un diplomate. L'Union appelle à la tenue d'une conférence internationale sur la question.

Les Etats-Unis, qui ont pris le leadership de l'aide internationale, passent à la vitesse supérieure. Barack Obama a annoncé qu'il allait mobiliser les réservistes pour aider Haïti, en particulier des médecins, qui viendront s'ajouter aux 10.000 hommes en cours de déploiement sur le terrain.