Ceux qui défendent encore Lance Armstrong

Des témoignages, des enquêtes, des preuves et peut-être des aveux. N'empêche, il y en a qui croient toujours au mythe.

Le cycliste américain Lance Armstrong, à Galveston, au Texas, le 10 août 2012. 
Le cycliste américain Lance Armstrong, à Galveston, au Texas, le 10 août 2012.  (MICHAEL PAULSEN / AP / SIPA)

Lance Armstrong va parler. Selon la presse américaine, l'ex-septuple vainqueur du Tour de France, déchu de ses titres en septembre 2012, a reconnu s'être dopé lors d'une interview accordée à Oprah Winfrey, qui sera diffusée jeudi 17 et vendredi 18 janvier sur la chaîne américaine OWN. Des révélations qui n'en seraient pas car les soupçons pèsent depuis plus de dix ans sur l'Américain, et plusieurs enquêtes accablantes ont achevé de dissiper les doutes. Pourtant, il y a quand même des irréductibles qui continuent à croire au mythe.

Ceux qui pensent qu'il faut légaliser le dopage

C'est le cas de sa première biographe, Sally Jenkins, qui travaille pour le Washington Post. Sa défense de Lance Armstrong, "un homme bon", porte notamment sur le fait que "ce que les athlètes mettent dans leur corps devrait être du ressort de leur conscience, pas de la police". D'après elle, le public est avant tout demandeur de spectacle. Cette ligne de défense, publiée en dehors des colonnes de son journal, a suscité une avalanche de courriers au Washington Post. Le médiateur a dû monter au front (en anglais) en décembre pour rappeler que les positions de Sally Jenkins n'étaient pas celles du journal. 

Ceux qui continuent de croire qu'il ne s'est pas dopé

On les trouve naturellement sur le site lancesupport.org, qui compile des centaines de messages de soutien au coureur texan. Le 15 janvier, Joe écrit : "Je crois toujours que tu ne t'es pas dopé, Lance." Le groupe Facebook Support Lance compte toujours 8 000 personnes. Dont Richard Fredon, qui a écrit une chanson à la gloire de Lance Armstrong, intitulée A cent à l'heure. Extrait : "J'aurais mieux fait d'faire footballeur / Ils veulent m'voler tout mon honneur." 

Ceux qui sont touchés par son action contre le cancer

C'est le gros du peloton des soutiens de Lance Armstrong. Aucun des bénévoles de sa fondation de lutte contre le cancer Livestrong interrogés par la presse américaine n'a renié l'œuvre du champion américain. On trouve parmi eux un présentateur de la chaîne sportive ESPN, Stuart Scott. Interpellé sur Twitter pour savoir s'il avait un nouvel avis sur le cycliste, il a répondu : "Mon avis n'a pas changé, je suis toujours un des millions de survivants du cancer qu'il a aidés." 

Un soutien inconditionnel qui fait écho aux propos de l'agent de Lance Armstrong, Bill Stapleton, dans l'Austin-American Statesman (en anglais), en 1997 : "Grâce au cancer, la marque Lance Armstrong s'adresse désormais à un public beaucoup plus large. Notre défi est d'en tirer profit maintenant. Il peut incarner plusieurs causes."

Celui qui s'est fait tatouer un bracelet Livestrong

C'est le cas de ce bénévole de la fondation à Regina, au Canada, qui arbore un bracelet Livestrong tatoué sur le bras... ce qui lui a valu son quart d'heure de célébrité : "Je ne pense pas que Lance Armstrong et Livestrong sont liés du point de vue sportif. Ce qu'il a fait en compétition n'enlève rien à ce qu'il a fait pour lutter contre le cancer."

Ceux qui considèrent qu'il a fait plus de bien que de mal

"Il a certainement choisi la mauvaise option, mais Lance Armstrong a surtout fait beaucoup de bien, juge Vern Jeys, un passionné de cycliste texan interrogé par MySanAntonio.com (en anglais). Une personne peut faire un million de bonnes choses, et une mauvaise, l'homme de la rue lui reprochera toujours la mauvaise." L'organisateur d'une compétition caritative à Charlotte, dans l'est du pays, estime sur WNCNews qu'"il a fait beaucoup de bonnes choses, et ce qu'il a fait de mal, ce n'est pas à nous de juger"

Lance Armstrong passe devant un drapeau américain, sur le parcours du Tour de France, le 25 juillet 2004 sur les Champs-Elysées, à Paris.
Lance Armstrong passe devant un drapeau américain, sur le parcours du Tour de France, le 25 juillet 2004 sur les Champs-Elysées, à Paris. (FRANCK PREVEL / AP / SIPA / AP)

Ceux qui veulent lui pardonner

Le joueur de baseball Barry Bonds, l'ancien entraîneur de baseball Pete Rose, le golfeur Tiger Woods, tous ont été pardonnés par l'Amérique profonde pour différentes affaires. Bloomberg titre carrément : "S'il te plaît, Lance, avoue. Nous te pardonnerons." Et dans l'article, le journaliste supplie le coureur : "Je t'ai défendu par le passé. Tu n'es pas un héros juste parce que tu as grimpé à vélo un paquet de cols, mais aussi parce que tu as inspiré des millions de gens en vainquant le cancer, et en récoltant 500 millions de dollars pour la recherche de traitements."

Mais même en Amérique, la rédemption n'est pas automatique. Pour un Bill Clinton pardonné, combien de John Edwards, cette vedette du Parti démocrate empêtré dans une affaire d'adultère et d'enfant hors mariage, cloués au pilori. Lance Armstrong sera-t-il absous après 15 ans de dénégations, 15 ans d'intimidation contre ceux qui osaient mettre en doute ses performances ?