Covid-19 : Protocoles sanitaires plus stricts, passeport vaccinal... quelles solutions contre la hausse des cas positifs dans les sports collectifs ?

Suspension sine die de la coupe d'Europe de rugby, report du Tournoi des 6 Nations féminin et U20, reprogrammation de la F1, découverte de 15 cas positifs au sein de l'effectif de La Rochelle et sept pour le club de foot de Lorient... Ces derniers jours, l'épidémie de Covid-19 est venue frapper de nouveau de plein fouet le monde du sport professionnel. De quoi interroger sur les dispositifs sanitaires mis en place et réfléchir sur les pistes à envisager pour préserver l'intégrité des compétitions. Le professeur de virologie à La Sorbonne Vincent Maréchal nous apporte ses éclairages.
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France Télévisions
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 (DIEGO VARA / POOL)

• Les sports collectifs sont-ils des vecteurs du virus ?

"Avant d'en arriver à une telle conclusion, il faudrait d'abord savoir pourquoi ces cas apparaissent. Est-ce dans le cadre de la pratique sportive ou parce que certains membres de ces clubs ne respectent pas les consignes qui leur sont données ? Le problème dans un sport collectif, c'est qu'une fois que vous avez un joueur qui est infecté, il faut arriver à savoir comment, pour ensuite agir au mieux.

Il faut globaliser la problématique et refaire le travail qu'on fait dans les écoles : ça ne suffit pas de dire qu'il y a un risque majeur si l'on joue au foot par exemple, il s'agit de se demander si l'on a pris toutes les précautions pour limiter l'entrée du virus dans le club. Et ensuite quand on pratique son sport, savoir à quel moment se fait la transmission. Est-ce que c'est quand on souffle car on crache et on s'essouffle ? Ou dans la douche, dans un environnement clos ? Ou lorsqu'on prend les repas ? Il y a plus de questions que de réponses pour le moment. La traçabilité pose un vrai souci."

• Faut-il contraindre plus fortement les sportifs ?

"Quand on regarde les protocoles sanitaires en Grande-Bretagne, il y a des choses intéressantes comme la bulle de confiance. Ça peut être pertinent dans le sport. L'idée est de considérer que si l'activité est critique, il faut s'entendre sur la construction d'un groupe de confiance dans lequel les gens ne rentrent que s'ils sont négatifs. Une fois qu'ils sont entrés, ils ne peuvent pas avoir d'autres interactions.

Cette bulle de confiance peut être le groupe sportif, le coach... On teste tout le monde et on s'assure que les tests sont bien négatifs. Pas de contacts pendant 4-5 jours, on re-teste et une fois que cette bulle de confiance est construite, on ne l'ouvre plus à d'autres personnes. Peut-être qu'une telle bulle peut s'élargir aux sportifs et à leur famille. C'est un concept intéressant et il est possible de le faire. Mais si une personne fait un écart, toute la bulle est compromise. Est-ce que c'est concevable à l'échelle d'un club ? Je ne sais pas. C'est un rapport bénéfices / risques : si on dit que pour que les sports collectifs professionnels puissent fonctionner il faut prendre ces dispositions, alors il faudra s'y tenir. Sinon, il y aura des clusters dans les clubs sportifs."

• La suspension des compétitions est-elle inéluctable ?

"Il y a des enjeux financiers, pas uniquement sportifs. Mais une réflexion doit avoir lieu. Je connais mal les protocoles au sein des clubs, mais il va devenir obligatoire que les équipes qui se rencontrent soient au même niveau de sécurité sanitaire. Même si on n'empêchera jamais qu'il y ait un problème. On va limiter le risque, pas l'abolir mais il faut que tout le monde convienne des mêmes mesures, et ces décisions doivent être prises au niveau des Fédérations. En ce moment, on voit qu'il y a des trous dans la raquette. Dans ce cas il faut faire le deuil de rencontres sportives.

Je tiens aussi à sensibiliser sur le fait qu'on dit que les sportifs ne sont pas à risque. Or il n'y a pas que les gens qui décèdent ! Une enquête chinoise a été publiée il y a quelques jours et montre que près de 80% des gens qui ont fait une forme de Covid-19, six mois plus tard, ils ont encore des problèmes musculaires ou respiratoires, ou au moins un symptôme qu'ils ont gardé. Pour un sportif, ne pas totalement retrouver sa capacité respiratoire est loin d'être idéal. Il n'y a pas que les formes graves qui posent problème."

• Est-ce que la mise en place d'un passeport vaccinal va devenir obligatoire ?

"C'est en effet l'un des sujets, oui. Il va falloir être réaliste. Dans le sport de haut niveau, on a besoin de voyager. Il va falloir s'attendre à ce que certains pays disent : "la France fait ce qu'elle veut, mais chez nous on ne rentre pas sans vaccin". Il va falloir anticiper la réponse internationale. Pour les sportifs la question va se poser : si demain vous avez une Coupe du monde organisée en Chine et que les Chinois disent : "on ne prendra que les sportifs vaccinés", qu'est-ce que vous allez faire ? D'autant qu'il y a déjà des pays qui imposent d'être vaccinés contre tel agent pathogène comme la fièvre jaune dans certains pays d'Amérique du Sud. Ça n'a jamais posé de problèmes particuliers.

Maintenant il faut rassurer les sportifs comme la population générale. Les seuls risques, pour les deux vaccins qui sont distribués en France, ce sont des chocs anaphylactiques. Ce sont des sur-réactions du système immunitaire. Si on a des sportifs sensibles à ces chocs, il faudra envisager de leur faire une dispense et d'aménager le dispositif. Mais c'est excessivement rare, cela concerne un cas sur 100 000. Ces chocs, nous sommes en mesure de les contrôler. On vit dans un monde ouvert et dès lors que l'on va parler de sport européen ou mondial, attendons-nous à ce que certains pays exigent ce passeport vaccinal."

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