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Sport auto : "Les places sont encore plus chères pour les femmes", affirme Lola Lovinfosse, seule Française engagée en F1 Academy

La F1 Academy, le nouveau championnat de Formule 4 entièrement féminin, débute vendredi, à Spielberg (Autriche).
Article rédigé par Hortense Leblanc, franceinfo: sport
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 5 min
Lola Lovinfosse en préparation avant les premiers tests de la F1 Academy, à Barcelone (Espagne) . (Instagram @lolalovinfosse)

Sept week-ends de courses, cinq écuries, quinze pilotes, dont une Française, Lola Lovinfosse. A 17 ans, la Normande va participer à la première saison de F1 Academy, le championnat de Formule 4 uniquement dédié aux femmes, qui a pour but de leur offrir un tremplin vers les catégories supérieures, et peut-être la Formule 1, où aucune femme n’a pris le départ d’un Grand Prix depuis 1976. Après des essais convaincants, Lola Lovinfosse va prendre le départ des premières courses de la saison, vendredi 28 et samedi 29 avril, à Spielberg (Autriche), avec son écurie Campos Racing.

Franceinfo : Vous êtes originaire de Rouen, en Normandie, comme Pierre Gasly et Esteban Ocon. Il faut être normand pour devenir pilote de monoplace ?

Lola Lovinfosse : (Rires) Non je ne pense pas, c’est un hasard. Pour ma part, c’est venu de mon papa. Je ne m’intéressais pas du tout au sport auto en étant plus jeune, mais ça a commencé à l’âge de 7-8 ans. Mon papa avait fait un peu de karting dans sa jeunesse, puis il a mis mon petit-frère dans un karting quand il avait 4 ans. Je les suivais le week-end, j’ai demandé à essayer moi aussi, et j’ai tout de suite aimé. J’ai immédiatement été motivée pour faire des courses, puis c’est devenu sérieux, et ça a commencé à me prendre beaucoup de temps et à empiéter sur les études. J’ai fait du karting jusqu’à 14 ans, puis j’ai commencé en monoplace, en Formule 4, en Espagne, où le niveau est meilleur, avec des pilotes plus expérimentés, car je voulais apprendre vite. J’y ai fait deux saisons, dans des équipes différentes, et là je vais commencer en F1 Academy.

En grandissant, vous n’aviez pas de modèle féminin de pilote à qui vous identifier ?

Non, c’est surtout quand j’ai commencé la Formule 4 que j’ai commencé à avoir des modèles féminines, avec des filles un peu plus âgées que moi, de quelques années. Et aujourd’hui, je vais me retrouver en piste face à elles, pour celles qui ont 25 ans environ. En Formule 1, forcément je suis les deux Français, avec une préférence pour Pierre Gasly, mais sinon j’ai toujours soutenu Max Verstappen.

Le sport automobile est un sport coûteux, pour lequel la recherche de sponsors est importante. Est-ce plus difficile de trouver des partenaires en étant une femme pilote ?

Non, pas vraiment, je pense qu’il y a une certaine curiosité. J’ai des sponsors, la plupart sont locaux, de Rouen. Mes parents m’ont aidé aussi, mais je suis à l’aise pour démarcher des entreprises. Je voulais enlever ce poids à mes parents, donc j’ai réussi à trouver des partenaires pour ma deuxième saison de F4. Il faut avoir une certaine maturité tôt, pour être crédible à leurs yeux.

Cela a été facile de se faire une place dans un milieu très masculin ?

Au début c’est assez dur. Il faut savoir se faire respecter et avoir du caractère. Moi je n’en manquais pas. Il faut montrer qu’on est là pour la même chose que les garçons. Mais parfois, on peut ressentir quand on arrive dans une nouvelle équipe que les ingénieurs ou les mécaniciens sont un peu sur la réserve par rapport aux retours qu’on leur fait sur la voiture, sur les sensations au volant… Ils ne nous croient pas forcément. Il faut toujours prouver et gagner leur confiance, tandis qu’un garçon n’a rien à prouver.

C’est un milieu macho ?

Oui oui, on le ressent sur la piste et en dehors. Quand les garçons se font doubler par une fille, ça passe encore moins. 

On se prend des réflexions qui sont parfois maladroites, comme "c’est bien ce que tu fais pour une fille". C’est le "pour une fille" qui me dérange, comme si c’était handicapant.

Lola Lovinfosse

à franceinfo:sport

Mon écurie aligne aussi des voitures en Formule 3 et Formule 2, donc je m’entraîne avec ces pilotes toute l’année pour le côté physique et on peut réussir à avoir la même condition physique que les garçons.

Vous avez couru jusque-là dans des championnats mixtes, c’est une bonne chose pour vous de créer un championnat uniquement féminin ?

Oui, pour moi c’est une chance, c’est quelque chose qui nous rapproche de la F1. On a besoin de se montrer, et ça nous donne une vraie opportunité. On a une aide financière qui nous aide aussi. C’est vraiment positif. Je pense que la FIA (la Fédération internationale de l'automobile) et la F1 sont vraiment déterminées. Les mentalités changent et pour nous c’est agréable. Plus de personnes croient en nous. Ça nous ouvre des portes qui ne se seraient pas ouvertes sans ce tremplin. On va être sur un championnat où il n’y a pas trop de différences entre les équipes, donc ça permet de se mettre en avant par le pilotage. Alors qu’en Formule 4 mixte, il y a des grosses différences entre les écuries, et il faut un budget fou [pour obtenir un baquet] dans les meilleures écuries.

Certaines pilotes se sont pourtant prononcées contre la création de ce championnat, comme la pilote de F3, Sophia Flörsch, qui pense que les femmes doivent se frotter aux meilleurs…

Pour moi, ce n’est pas une question de séparation des hommes et des femmes. Mais les places sont plus chères pour les femmes. Si les écuries font confiance à une femme, elles veulent mettre la meilleure, et ce championnat de F1 Academy va permettre de montrer qui sont les meilleures. Je fais ce championnat pour l'être. Ça va être la guerre entre les filles parce qu’on n’a pas énormément de chances d’intégrer la F3 et il faudra saisir la moindre opportunité.

Le dernier week-end de votre saison se déroulera à Austin, aux Etats-Unis, en même temps et au même endroit que le week-end de Grand Prix de Formule 1. Cela peut vous apporter un gros coup de projecteur ?

Oui totalement. On va pouvoir rencontrer plein de sponsors. Il va falloir être performante ce week-end-là, en piste, avec les médias, les sponsors… Une seule rencontre peut faire décoller une carrière ou donner un sacré coup de boost. Mon objectif, c’est forcément la Formule 1.

Avec l’envie d’être un modèle ?

Forcément, et ce championnat-là va aussi le permettre car c’est une structure sérieuse et crédible. Les gens vont s’y intéresser, les petites filles aussi. Il y en a quelques unes qui m’envoient des messages de temps en temps et ça me fait plaisir. Je réponds toujours parce que moi je n’ai pas eu de modèle à qui je pouvais envoyer de message.

Vous avez effectué vos premiers tests la semaine dernière, en êtes-vous satisfaite ?

Oui, ils se sont avérés très positifs pour moi. J’ai fini deuxième à Barcelone et troisième au Castellet. Ça s’annonce très très bien. Les sensations sont bonnes, l’équipe est très à l’écoute. C’est super.

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