Pourquoi la France a-t-elle dû attendre Fabio Quartararo pour avoir son champion en MotoGP ?

Fabio Quartararo est le premier Français à avoir décroché un titre de champion du monde en MotoGP, dimanche.

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France Télévisions
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Fabio Quartararo célèbre son titre de champion du monde, le 24 octobre 2021, à l'issue du Grand Prix d'Emilie-Romagne.  (ANDREAS SOLARO / AFP)

La France attendait depuis 1949 pour avoir son premier champion du monde de vitesse en MotoGP, mais elle en a tiré les leçons et entend capitaliser sur le succès de Fabio Quartararo, sacré dimanche 24 octobre lors du Grand Prix d'Emilie-Romagne. Car la France a des atouts désormais. "En tout-terrain, on nous envie. En vitesse, on envie l'Italie et l'Espagne", analyse l'autre Français présent en catégorie reine, Johann Zarco, actuellement 4e du championnat et sacré en Moto2 en 2015 et 2016.

Avant l'ère des Italiens et des Espagnols, débutée dans les années 2000, la catégorie reine "était réservée aux Américains puis aux Australiens" dans les années 1980-90, à l'époque des 500 cm3, remonte le journaliste spécialisé Michel Turco.

"C'était des motos beaucoup plus difficiles à piloter. Ceux qui dominaient n'avaient pas couru dans les cylindrées inférieures, mais venaient de catégories avec un pilotage plus violent", explique-t-il. "Il n'y avait donc pas de Français mais pas vraiment d'Européens non plus. Quelques Italiens (Marco Lucchinelli, Franco Uncini) et des Espagnols (Alex Crivillé) parce qu'ils avaient un réservoir plus grand." Patrick Pons ou Michel Rougerie, auteurs de plusieurs podiums en Mondial, auraient pu en être, s'ils ne s'étaient pas tués en piste au début des années 1980.

"La France, une nation de motocross"

"Le MotoGP a changé la donne", continue Turco. "En termes de pilotage, c'était plus facile pour les pilotes qui étaient passés par les petites catégories (125 et 250 cm3, devenues Moto2 et Moto3) d'accéder à la classe reine."

En 2000, Olivier Jacque remporte le titre en 250 cm3 mais le passage dans la catégorie supérieure n'est pas probant "parce qu'il se blesse, que c'est trop compliqué." Régis Laconi, dernier vainqueur d'un Grand Prix dans l'élite avant Quartararo (en 1999), ou Randy de Puniet, connaissent des trajectoires similaires.

Les Italiens (Valentino Rossi, Max Biaggi) et les Espagnols (Sete Gibernau, Dani Pedrosa, Jorge Lorenzo, Marc Marquez) prennent les commandes. Pour voir des Français s'illustrer, il faut attendre Zarco (11 podiums et 6 poles position) à partir de 2017 et surtout Quartararo (20 podiums dont 8 victoires, 15 pôle) à partir de 2019. Nos voisins ont "l'attrait pour la discipline et le réservoir de pilotes", la France est plutôt une nation de motocross, analyse Turco.

Un projet de restructuration en France

D'ailleurs, Zarco (31 ans) et Quartararo (22 ans) - dont la présence au sommet à la même période est le fruit du hasard - ont fait leurs classes en dehors de l'Hexagone, le premier en Italie (sous la houlette de son ancien manager français Laurent Fellon), le second en Espagne. C'est que la filière vitesse en France n'est ni aussi structurée ni aussi compétitive que dans ces pays ou que la filière française du motocross.

Cela va changer : la Fédération française de motocyclisme (FFM) a présenté en octobre un projet de restructuration de l'initiation au haut niveau. "L'envie, c'est grâce à nos champions que les jeunes l'ont. Notre travail, c'est de mettre en place les structures", plaide son président Sébastien Poirier.

"Notre objectif est d'éviter que les petits partent à l'étranger avant d'intégrer le championnat d'Europe et de faire en sorte qu'ils y arrivent avec un bon niveau", expliquait-il déjà à l'AFP en mars. C'est d'autant plus important qu'un seul autre tricolore évolue pour l'heure en championnat du monde : Lorenzo Fellon en Moto3.

Élargir son réservoir de talents

Reste à confirmer si, comme l'espère Poirier, Zarco et Quartararo feront "sortir la moto de son milieu" afin d'élargir notre réservoir d'aspirant champions. "Est-ce que le fait qu'on ait ces deux Français va inciter des jeunes à faire plus de moto ? Je n'en suis pas certain", s'interroge Turco. "Si ça perdure quelques années, la filière peut se construire plus facilement avec deux locomotives", croit Zarco, "parrain" du projet de la FFM.

Dans un sport qui coûte cher, la question de l'argent sera aussi cruciale. "La différence avec l'Espagne et l'Italie, c'est aussi qu'ils ont des sponsors, une filière industrielle qui participe", rappelle le président de la FFM. Dans l'Hexagone, il faudra plus que le promoteur du GP de France, Claude Michy, que l'équipe Tech3 d'Hervé Poncharal (engagée en MotoGP et en Moto3) ou que la seule autre écurie française, le CIP d'Alain Bronec (en Moto3), pour offrir des débouchés.

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