JO 2021 : innovation, performance, équité... Trois questions sur la course aux chaussures-records initiée par Nike avec les Vaporfly

En 2019, la gamme Vaporfly de Nike a permis aux coureurs d'établir des records en marathon.

Article rédigé par
Pauline Guillou - franceinfo: sport
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Des athlètes équipés du modèle Vaporfly de Nike, lors d'une course à Tokyo, le 2 juin 2020. (POOL FOR YOMIURI / YOMIURI / AFP)

Star des marathons, la chaussure révolutionnaire Vaporfly de Nike menace la plupart des records du demi-fond mondial. Avant les épreuves d'athlétisme des Jeux olympiques de Tokyo, vendredi 30 juillet, la bataille entre les équipementiers a fait rage, sous la surveillance de la Fédération internationale (World Athletics) désireuse de garantir l'équité entre les coureurs sur la ligne de départ. 

Certaines chaussures peuvent-elles vraiment améliorer les performances des sportifs ?

Si l'on en croit les statistiques, oui. En 2019, Eliud Kipchoge et Brigid Kosgei affolent les chronos sur le marathon. Le 12 octobre, Kipchoge franchit la ligne d'arrivée sous la barre symbolique des deux heures (un record non-homologué car réalisé hors compétition). Le lendemain, Kosgei pulvérise le record du monde, qui datait de 2003. Point commun entre les deux athlètes kényans : leurs chaussures fournies par Nike.

Équipées d'une plaque en carbone et d'une mousse spéciale, les modèles Vaporfly allient légèreté, renvoi de l'énergie et rigidité. Alors que la polémique prend de l'ampleur, Pierre-Jean Vazel, entraîneur de nombreux athlètes de haut niveau, reconnaît en novembre 2019 auprès de l'AFP "une meilleure absorption des chocs", et "une économie de l'énergie" dans la chaussure.

Stéphane Diagana ancien champion du monde du 400 m haies témoigne aussi des avantages que procurent ces nouvelles chaussures. "Même si ça dépend de la façon de courir et de la distance, cela peut représenter entre 2 et 4% de gains. C'est phénoménal car souvent, performances et contre-performances varient entre 0,5 et 1%, pas plus", confirme-t-il auprès de franceinfo: sport. 

"Ces chaussures quand tu les mets, même en marchant, tu sens immédiatement une différence"

Pierre-Ambroise Bosse, champion du monde du 800m (2017)

à l'AFP

Innovation ou dopage mécanique ? Le débat fait encore rage. Encore plus si l'on se penche sur l'enquête publiée en 2019 par le New York Times. Selon le quotidien américain, les athlètes courraient 4 à 5% plus vite que leurs adversaires, avec les Vaporfly aux pieds. Cette même année, huit des dix athlètes vainqueurs lors des cinq premiers marathons majeurs de l'année (Londres, Tokyo, Berlin, Chicago et Boston ; New York n'avait pas encore eu lieu) étaient équipés des fameuses chaussures.

En 2016, pour les Jeux de Rio, les trois médaillés du marathon les portaient aussi. Peu après le record battu par Eliud Kipchoge, Ryan Hall, marathonien américain, avait fait part de ses doutes concernant l'équité entre les athlètes munis de Vaporfly et les autres. Les trois lames de carbone, et quatre coussins d'air dans la semelle le poussaient à croire "que la Vaporfly [n'était] plus une chaussure, mais un ressort".

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Est-ce équitable de courir avec ce genre de chaussures ?

C'est tout l'enjeu du débat. Saisie par des athlètes soucieux de courir dans les mêmes conditions que leurs adversaires, la Fédération internationale a tenté de remettre un peu d'ordre sur la piste. Pour certains, l'arrivée surprise de cette cette technologie était injuste, d'autant plus quand des athlètes sont liés à un autre équipementier par un contrat. Après enquête, World Athletics a finalement décidé d'interdire l'utilisation de prototypes de chaussures en compétition et de resserrer son règlement quant aux caractéristiques techniques des chaussures.

"Il existe suffisamment de preuves pour susciter des inquiétudes quant au fait que l'intégrité du sport pourrait être menacée", écrivait la fédération. Celle-ci instaure deux changements majeurs pour les compétitions : la limitation de la taille de la semelle à 40 millimètres et du nombre de plaques intégrées dans la chaussure à une. Elle favorise surtout l'accès des sportifs aux chaussures. Depuis le 30 avril 2020, toutes doivent être disponibles sur le marché depuis quatre mois minimum avant d'être utilisées en compétition. 

À quoi peut-on s'attendre pour les Jeux de Tokyo ? 

Si les épreuves d'athlétisme commencent le 30 juillet à Tokyo, la course entre les équipementiers en quête de performances est déjà lancée. Avec des records en chaîne ces dernières années, les sportifs assument eux-même le rôle déterminant de leurs chaussures. Jérôme Simian, préparateur physique de Kevin Mayer et Mélina Robert-Michon note la différence dans les performances des coureurs dans certaines disciplines. "Ça va plus vite. A la fin de la course, il leur reste plus de jus", explique-t-il.

Après Nike, Adidas, Asics, Brooks, Hoka, New Balance et Saucony ont dévoilé leur propre modèle de basket. La Fédération tente toujours de réguler les innovations. Désormais, elles sont soumises au contrôle d'un groupe d'experts. Jérôme Simian se montre prudent sur ces avancées technologiques, "le problème est qu'on rentre dans un sport mécanique", glisse-t-il. Son protégé Kevin Mayer n'utilisera pas de chaussures particulières pour les Jeux.

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