Athlétisme : ce que l'Agence mondiale antidopage reproche à la Russie

L'AMA a rendu public, lundi, un rapport accablant pour la Russie, accusée d'avoir mis en place un système de dopage organisé.

Une responsable de l\'Agence mondiale antidopage distribue le rapport aux journalistes, le 9 novembre 2015 à Genève (Suisse).
Une responsable de l'Agence mondiale antidopage distribue le rapport aux journalistes, le 9 novembre 2015 à Genève (Suisse). (DENIS BALIBOUSE / REUTERS)

"C'est pire que ce que nous imaginions." L'Agence mondiale antidopage (AMA) a dévoilé, lundi 9 novembre, un rapport sur le scandale de corruption qui frappe la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF). A l'issue de ses investigations, elle demande que la Russie soit suspendue de toutes les compétitions en raison de multiples infractions.

Francetv info détaille les accusations de l'AMA contre Moscou dans cette longue enquête (PDF, en anglais), lancée à la suite d'un documentaire de la chaîne allemande ARD, diffusé le 3 décembre 2014.

Une culture "profondément enracinée de la tricherie"

Pour l'AMA, les Russes ont la culture du dopage. "L'enquête montre que l'acceptation de la triche à tous les niveaux était étendue et de longue date", ajoute le texte, accusant au premier chef les entraîneurs "qui eux-mêmes étaient auparavant des athlètes et qui travaillent en relation avec le personnel médical. Cette mentalité de 'victoire à tout prix' a ensuite été transmise aux athlètes actuels". "Cet état d'esprit est 'justifié' par la théorie selon laquelle tous les autres trichent également", écrit l'AMA.

Un laboratoire anti-dopage surveillé par les services secrets

C'est l'un des reproches le plus surprenant. Des agents du FSB - le successeur du KGB - surveillaient de près le laboratoire de Moscou accrédité par l'AMA. C'est ce laboratoire qui a mené les tests antidopage pendant les Jeux olympiques de Sotchi (2014) et les championnats d'athlétisme de Moscou (2013). "L'impartialité, le jugement et l'intégrité de ce laboratoire ont été mis en péril par la surveillance du FSB pendant les jeux, peut-on lire dans le rapport. Il y a eu des intimidations et des ingérences directes de l'Etat russe dans le fonctionnement du laboratoire."

Pour l'AMA, ce laboratoire moscovite a dissimulé de nombreux tests positifs, sous la houlette de son directeur, Grigory Rodchenko. Ce dernier réclamait parfois de l'argent aux athlètes pour étouffer leur contrôle positif. "Beaucoup des tests menés par ce laboratoire doivent être considérés comme hautement suspect", conclut l'organisation. Grigory Rodchenko a également détruit 1 417 échantillons pour "empêcher l'AMA de conduire d'autres analyses".

Une agence antidopage corrompue et incompétente

Chargé de la lutte contre le dopage dans le pays, l'agence Rusada est l'une des principales cibles du rapport. L'AMA l'accuse entre autres de prévenir les athlètes à l'avance pour les contrôles antidopage hors compétition, d'encaisser des pots-de-vin contre l'assurance que ces tests seront négatifs, d'être trop proches de certains entraîneurs ou encore, de ne pas suivre les protocoles internationaux en matière de tests antidopage. En outre, l'AMA "a de sérieux doutes sur le fait que la Rusada soit vraiment indépendante du ministère des Sports" russe.

Un ministère des Sports complice

Pour l'AMA, le gouvernement russe a, au minimum, fermé les yeux dans cette affaire. "Il est incompréhensible que le ministère ait autorisé l'agence Rusada, principale cible des accusations de l'ARD, à mener une enquête sur elle-même, écrit l'AMA. Le ministère n'a rien fait pour enquêter sur les graves accusations contre des responsables russes du monde du sport".

Des Jeux de Londres "sabotés"

Les conséquences de ces pratiques, couvertes par le versement de pots-de-vin à l'IAAF, sont claires. "Les Jeux olympiques de Londres ont été, dans un sens, sabotés par la participation d'athlètes qui n'auraient pas dû concourir", écrit l'AMA. Marya Savinova, championne olympique du 800 m à Londres en 2012, et Ekaterina Poistogova, médaillée de bronze sur la même distance, figurent parmi ces athlètes. Le rapport préconise leur suspension à vie, ainsi que celles de trois autres athlètes (Anastasiya Bazdyreva, Kristina Ugarova et Tatjana Myazina).