Pourquoi les hommes politiques parlent-ils régulièrement de "Grenelle" ?

Alors que le "Grenelle" contre des violences conjugales a été lancé aujourd’hui, franceinfo vous explique d’où vient ce terme et son évolution.

Le chef du gouvernement Édouard Philippe accompagné de plusieurs ministres a ouvert le Grenelle des violences conjugales mardi 3 septembre 2019 à Paris.
Le chef du gouvernement Édouard Philippe accompagné de plusieurs ministres a ouvert le Grenelle des violences conjugales mardi 3 septembre 2019 à Paris. (ERIC FEFERBERG / AFP)

"Grenelle" des mobilités, de l’environnement, des retraites… Ce mot est souvent utilisé dans la communication politique pour souligner l’importance d’une négociation, de discussions, de tables rondes. D’où vient le terme "Grenelle", parfois utilisé à tort et à travers ?

Mai 68 et les négociations de Grenelle

C’est à la fin du mois de mai 1968 qu’apparait le terme de "Grenelle". Pour tenter d’éteindre l’incendie social et sociétal que vient de connaître la France, le gouvernement de Georges Pompidou convoque une grande négociation avec les syndicats et le patronat au ministère des Affaires sociales, qui se trouve rue de Grenelle, à Paris.

Nuit et jour du 25 au 27 mai, le pouvoir s’engage à fond dans un véritable marathon. Le Premier ministre Georges Pompidou préside la négociation avec le ministre des Affaires sociales, assisté de son jeune secrétaire d’Etat, un certain Jacques Chirac. Face à eux, les grands syndicats, CGT, CFDT, FO, CFTC, FEN (enseignants) et le patronat, CNPF en tête. Le résultat est énorme en termes de pouvoir d’achat.

Pour convaincre les syndicats de faire rentrer leurs troupes dans les entreprises, le gouvernement et le patronat acceptent d’augmenter le salaire minimum de 35%. Cette négociation hors norme et son résultat tout aussi spectaculaire vont frapper les esprits et le terme "Grenelle" sera souvent repris pour qualifier la conclusion sociale de mai 68.

"Grenelle" de l’environnement en 2007

Mais l’expression va être utilisée plus tardivement pour qualifier d’autres négociations ou rencontres de taille exceptionnelle qui n'ont rien à voir avec la rue de Grenelle. C’est le cas du "Grenelle" de l’environnement lancé en septembre 2007 sous la présidence Sarkozy. Menées par le médiatique ministre de l’Environnement Jean-Louis Borloo, ces vastes tables rondes réunissent gouvernement, partis politiques et associations.

Leur but : définir les objectif de la France en matière écologique et de développement durable. Une loi sera votée en 2008, mais le "Grenelle" de l’environnement sera souvent critiqué par les écologistes pour son manque d’ambition malgré un affichage initial de grande ampleur.

Des "Grenelle" en rafale

C’est là l’un des problèmes des "Grenelle" organisés ces dernières années. Le fait d’imposer ce terme jette sur l’évènement une lumière exceptionnelle. Les dirigeants adorent ça. Mais le risque est de décevoir les participants, au vu des résultats et des moyens débloqués. 

Il y a eu en 2007 un "Grenelle" de l’insertion sous l’égide de Martin Hirsch, alors Haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté. Un "Grenelle" des mobilités a aussi été lancé en région.

Le Grenelle contre les violences faites aux femmes lancé aujourd’hui a été précédé d’un grand battage médiatique et politique. Mais plusieurs associations ou personnalités sont critiques. Invitée de franceinfo jeudi 29 aout, la députée France insoumise Clémentine Autain a déclaré : "On a l'impression qu'il y a une inflation de communication, une inflation de mots pour masquer la réalité qui est une pénurie totale de moyens". Avant d’ajouter : "Maintenant on fait des Grenelle pour tout, mais des Grenelle vides".