VIDEO. C'est quoi un féminicide conjugal ?

Le Petit Robert, l'Organisation mondiale de la santé, franceinfo... Tous parlent de féminicide. Et chacun a sa définition, qui revêt des réalités différentes.

"Tuée parce qu'il refusait qu'il la quitte." Fait divers ? Drame conjugal ? Crime passionnel ? Non, féminicide. Aujourd'hui en France, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint. Le gouvernement s'est engagé à lutter davantage contre ces violences conjugales en lançant un premier Grenelle sur le sujet, début septembre. La secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, en présente les conclusions lundi 25 novembre. 

Un mot médiatisé par un collectif

Le mot féminicide s'est propagé notamment grâce au travail du collectif Féminicides par compagnon ou ex qui recense depuis 2016 les femmes tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint. Depuis peu, le collectif est également directement contacté par les familles des victimes. Sur sa page Facebook, il consacre une publication à chaque femme tuée.

Depuis le 1er janvier 2019, 137 féminicides ont été recensés par ce collectif. Ce décompte en temps réel anticipe le nombre officiel de féminicides recensé par la délégation aux victimes du ministère de l'Intérieur, publié en général plus de six mois après la fin de l'année étudiée. En 2018, ce sont 121 femmes qui ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint et 130 en 2017, selon les chiffres offciels. 

Avec d'autres mouvements, le collectif Féminicides par compagnons ou ex interpelle gouvernement et médias afin qu'ils qualifient les meurtres de ces femmes de féminicides.

Un terme absent du Code pénal

Le décompte du collectif est repris par de nombreux médias. Ce chiffre ne fait état que des féminicides conjugaux, car la plupart de ces meurtres sont commis par un partenaire ou un ex-partenaire. Mais la définition de ce terme est bien plus large. 

Le féminicide est le meurtre d'une femme, d'une fille en raison de son sexe.

Le Petit Robert

Si le mot est entré dans Le Petit Robert en 2015, il n'est pas encore inscrit dans le Larousse. Et sa définition est basée sur le critère du genre.

De son côté, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) distingue quatre types de fémicides (un autre synonyme de féminicide). Il y a les crimes dits "d'honneur" et les crimes liés à la dot qui sont des "fémicides familiaux." Il y a le "fémicide non intime" commis par une personne n'ayant aucun lien avec la victime. Et le "fémicide intime" ou conjugal commis par une personne ayant ou ayant eu un lien avec la victime.

En France, le terme féminicide est absent du Code pénal. Néanmoins, la loi punit les "meurtres par conjoint ou ex-conjoint" en prenant en compte le statut de l'auteur du crime, soit son lien avec la victime, et non le statut de la victime elle-même. Cette prise en compte "par conjoint ou ex-conjoint" dans l'article 221-4 du Code pénal, est une circonstance aggravante. La peine encourue est la réclusion criminelle à perpétuité. 

La définition de franceinfo

Le décompte du collectif Féminicides par compagnon ou ex ne peut être repris tel quel de la part de la rédaction de franceinfo, car il repose sur des informations qui ne sont pas toujours vérifiées. En effet, franceinfo s'appuie sur une charte de vérification stricte pour juger si une source est fiable et si une information peut être reprise. Selon ce document, toute information "doit impérativement être vérifiée au sein des rédactions de franceinfo avant d'être relayée" sauf si la "source est claire et qu'il ne s'agit pas d'une interprétation".

Plusieurs éléments sont étudiés par la rédaction pour déterminer si la femme a été tuée dans le cadre d'un féminicide conjugal, dans le respect de la présomption d'innocence. Nous vérifions les faits et le contexte liés au meurtre. Y a-t-il eu une dispute ? Comment le couple s'est séparé ? Nous cherchons également à savoir si le mobile avancé est clairement lié au genre de la victime. Nous sollicitons aussi les tribunaux de grande instance afin de connaître la qualification pénale des faits afin de savoir si le principal suspect est mis en examen pour "meurtre sur conjoint ou ex-conjoint".

S'il n'y a pas assez d'éléments pour caractériser un féminicide conjugal, franceinfo parle de meurtre, mais pourra le requalifier en féminicide au regard d'éléments nouveaux.


Les femmes victimes de violences peuvent contacter le 3919, un numéro de téléphone gratuit et anonyme. Cette plateforme d'écoute, d'information et d'orientation est accessible de 9 heures à 22 heures du lundi au vendredi et de 9 heures à 18 heures les samedis, dimanches et jours fériés.

Illustration des femmes mortes en 2019.
Illustration des femmes mortes en 2019. (FRANCEINFO)