Les dénonciations de violences sexistes et sexuelles ont fortement augmenté en 2021

Les plaintes, dénonçant aussi bien des viols, des tentatives de viols que des agressions sexuelles, concernent plus de 75 000 faits en 2021, soit une hausse de 33% en un an.

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Radio France
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Une manifestation contre les violences sexistes et sexuelles à Nancy, le 27 novembre 2021. (CEDRIC JACQUOT / MAXPPP)

Les dénonciations de violences sexistes et sexuelles ont fortement augmenté en 2021, dans un contexte de libération de la parole des victimes et d'une meilleure prise en compte de leurs témoignages, selon le bilan "Insécurité et délinquance" publié jeudi 30 juin par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure rattaché au ministère de l'Intérieur.

"La tendance très marquée à la hausse" des plaintes pour violences sexuelles ne fait que se confirmer en 2021, notent les statisticiens. Elles concernent plus de 75 000 faits en 2021, soit une hausse de 33% en un an, dénonçant aussi bien des viols, des tentatives de viols que des agressions sexuelles. Elles avaient déjà augmenté de 19% en 2018, de 12% en 2019 et de 3% en 2020, année marquée par la pandémie de Covid-19 et deux confinements.

Chose intéressante, de plus en plus de personnes déposent plainte pour des faits remontant à plus de cinq ans : 19% en 2021, contre 13% en 2018, voire même 11% en 2016. La part des plaintes concernant des violences sexuelles subies alors que les victimes étaient mineures au moment des faits augmente, elle, de 27% en un an. Et près d'un tiers de ces violences ont eu lieu dans le cadre familial.

Hausse des plaintes pour violences conjugales

De la même façon, les plaintes pour des violences conjugales augmentent. Dans le détail, les dénonciations de tous les types de coups et blessures volontaires envers des personnes de 15 ans ou plus sont en augmentation en 2021 (plus de 300 000 faits), mais la part des violences intrafamiliales est de plus en plus importante : elle représente maintenant plus de la moitié des cas de coups et blessures volontaires, contre 43% en 2016. Ces violences au sein de la famille sont en forte hausse en 2021 (+14% en un an), après déjà deux années de hausse consécutive (+10% en 2020 et +14% en 2019).

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Les victimes de ces violences intrafamiliales sont quasiment uniquement des femmes (84% des victimes) et neuf de ces femmes sur dix ont été frappées par leur conjoint. Les hommes qui sont victimes de coups et blessures volontaires, eux, le sont davantage en dehors du cercle familial.

En revanche, quel que soit le genre des victimes, les auteurs de ces violences sont quasiment uniquement des hommes : près de neuf sur dix pour les coups et blessures volontaires et 97% pour les violences sexuelles. Ils sont le plus souvent majeurs et majoritairement de nationalité française.

Libération de la parole

Les statisticiens du ministère de l'Intérieur estiment que la hausse des plaintes portant sur des violences sexuelles et intrafamiliales est due à un contexte de libération de la parole depuis l'apparition des mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc sur les réseaux sociaux, ainsi qu'à une plus forte médiatisation des affaires de violences sexuelles.

Ils y voient aussi "un effet positif du Grenelle des violences conjugales, via l’amélioration de la politique d’accueil des victimes par les services de sécurité, une meilleure articulation avec les intervenants sociaux et les hôpitaux et une plus grande incitation au dépôt de plainte".

Mais, malgré la hausse des dénonciations, ils observent tout de même que le nombre de plaintes pour les violences sexistes et sexuelles est toujours loin des chiffres de victimation et qu'il "sous-estime encore largement le phénomène". Par exemple, selon l'enquête "Cadre de vie et sécurité" sur la période 2016-2018, moins d'une victime de violences sexuelles sur six dépose plainte.

Dans ce bilan de la délinquance, le ministère de l'Intérieur note aussi que les homicides ont augmenté de 7% en 2021, passant de 787 à 842 victimes en un an. Les deux tiers des victimes sont des hommes, comme le sont la majorité des suspects. À noter aussi, la très forte hausse des escroqueries (+15%), avec plus de 400 000 victimes en 2021, en majorité des particuliers.

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