"J’ai honte de ma profession" : deux médecins démissionnent du Collège des gynécologues de France pour dénoncer la gestion de l’affaire Emile Daraï

L'invitation du professeur Emile Daraï en ouverture d'un colloque qui doit se tenir à partir de mercredi a suscité une vive polémique. Ce spécialiste de l'endométriose est visé par une information judiciaire pour violences pour des faits concernant au moins 25 patientes.

Article rédigé par
Margaux Stive - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Manifestation organisée par le collectif StopVOG.fr, devant l'hôpital Tenon à Paris, contre les violences obstétricales et gynécologiques, le 2 octobre 2021. (SOPHIE LIBERMANN / HANS LUCAS via AFP)

C'est une polémique dont ce serait bien passé le Collège national des gynécologues et obstétriciens de France (CNGOF). Visé par une information judiciaire pour violences, et accusé de "manquements" par une enquête interne de l'AP-HP, le Pr Emile Daraï, ancien chef de service à l'hôpital Tenon, était jusqu'à ce mardi 10 mai invité par le CNGOF en ouverture du colloque Paris Santé Femmes, le plus important congrès en France sur ce sujet.

Un "colloque de la honte" selon le collectif "Stop aux violences obstétricales et gynécologiques" qui appelait à une mobilisation ce mercredi devant le Convention center de la porte de Versailles où se tient le colloque. Dans un premier communiqué publié lundi, le CNGOF justifiait d'abord l'intervention d'Emile Daraï, spécialiste de l'endométriose, en invoquant la "présomption d'innocence". Mais ce mardi, le Collège revenait en arrière pour annoncer l'annulation de son intervention afin de "préserver le plus grand congrès annuel français consacré à la santé des femmes."

Deux membres de l'institution démissionnent

Une annulation tardive alors que la participation du Pr Emile Daraï avait déjà suscité, selon nos informations, des tensions depuis plusieurs mois au sein du CNGOF. Au point de pousser deux membres de l'institution à démissionner. Le vice-président du CNGOF Pierre Panel a selon nos informations, annoncé son départ samedi 7 mai. La présidente de la commission Probité et bienveillance, Amina Yamgnage avait, elle, claqué la porte dès le mois de février.

Interrogée par franceinfo, la gynécologue dénonce une gestion "indigne" de cette affaire au sein du CNGOF dès la parution de l'enquête de franceinfo sur le sujet en septembre dernier. À cette époque, elle est convoquée à une réunion de crise avec plusieurs membres du conseil d'administration. "En clair, la ligne qui émerge à ce moment-là c'est de s'empresser de ne rien faire", raconte Amina Yamgnage. Elle, en revanche, affiche sa désapprobation : "Je vois bien que j'indispose, raconte-t-elle. Et en effet, à partir de cette date, je n'ai jamais plus été convoquée à aucune réunion sur le sujet. Donc à partir de ce moment-là, les mots sont forts, mais moi je considère avoir été excommuniée."

Un choix "indigne"

Quelques mois plus tard, Amina Yamgnage apprend que le professeur Emile Daraï figure parmi les invités de marque du CNGOF au colloque "Paris santé femmes", le plus important congrès professionnel de France sur le sujet, prévu initialement en janvier 2022. Avec d'autres, elle fait valoir son désaccord profond. Le Pr Emile Daraï est alors déprogrammé. Mais le colloque est reporté à cause du Covid-19. C'est donc par hasard qu'elle découvre que le Pr Daraï figure à nouveau sur le programme du colloque en mai. Un choix "indigne" selon elle.

"Quel est l'intérêt du collège de mettre en avant le Pr Daraï ? J'ai honte de ma profession et j'ai honte de ceux qui nous représentent."

Dr Amina Yamgnage, gynécologue

à franceinfo

Une décision du CNGOF d'autant plus problématique selon elle qu'à cette époque, l'enquête interne de l'AP-HP venait de conclure à des "manquements" du Pr Emile Daraï. "Quand une institution pareille sort de telles conclusions, il s'agit pour nous de les regarder avec sérieux et pas de le fouler au pied tranquillement. Pour moi ça plie l'affaire, estime le Dr Yamgnane. Quand on dit ça et que l'AP-HP démet de ses fonctions de chef de service un tel médecin, le Collège des gynécologues de France doit avoir de la retenue quant au fait de laisser cet homme continuer de diffuser [sa parole]."

Elle décide alors de remettre en février, sa démission du CNGOF. Comme elle, Pierre Pinel, vice-président du CNGOF a décidé de quitter son poste. Il l'a signifié au Collège samedi 7 mai selon nos informations.

L'appel à la mobilisation maintenu

Après l'annulation de l'intervention d'Emile Daraï, le collectif "Stop aux violences obstétricales et gynécologiques" annonce maintenir le rassemblement prévu ce mercredi car "nous voulons protester contre le CNGOF qui l'avait invité […] Le CNGOF a prouvé son mépris de la parole des patientes et son déni des violences obstétricales et gynécologiques."

Le professeur Emile Daraï est toujours visé par une information judiciaires pour violences par personne chargée d'une mission de service public pour des faits visant au moins 25 patientes. Plusieurs plaintes ont été déposées à son encontre notamment pour viols.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Violences faites aux femmes

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.