Féminicides : "Il n'y a pas d'offre de soins suffisants" pour aider les femmes victimes de violences, selon une psychiatre

Il faut "une vraie prise en charge et un vrai traitement", a martelé Muriel Salmona, après les derniers cas ou suspicions de féminicides en France.

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Radio France
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Manifestation lors de la journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes, le 23 novembre 2019 à Paris. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

"On met en danger les femmes si on ne leur offre pas de soins suffisants", a affirmé vendredi 4 juin sur franceinfo Muriel Salmona, psychiatre, présidente et fondatrice en 2009 de l'association Mémoire traumatique et victimologie, à propos des femmes victimes de violences. Elle était interrogée après la mort d'une femme jeudi à Colmar, défénestrée du 8e étage d'un immeuble. Son ex-conjoint a été placé en garde à vue pour "homicide par conjoint".

franceinfo : Pourquoi cette femme avait-elle décidé de revenir auprès de son ex-conjoint ?

Muriel Salmona : Déjà, il y a la manipulation du conjoint, le fait qu'il continue à harceler son ex-femme pour pouvoir être de nouveau en contact. Mais il y a aussi, du côté de la femme qui est victime, des troubles psychos-traumatiques importants qui font que, quand on subit des violences à répétition, on a un mécanisme de survie qui se met en place, qui anesthésie émotionnellement. Tant que la personne vit avec l'agresseur, elle est dans un état de dissociation, anesthésiée émotionnellement. Quand elle part, elle n'est plus anesthésiée, elle n'est plus en danger immédiat.

À ce moment-là, elle revit toutes les violences. Elle paraît aller beaucoup plus mal, parce que la douleur réapparaît. Si elle n'est pas prise en charge, elle peut penser qu'elle va beaucoup plus mal depuis qu'elle n'est pas avec lui, et que c'est lui qui avait raison, qu'elle ne peut pas vivre sans lui, qu'elle ne peut pas supporter la séparation. Du coup, il peut récupérer la relation du fait de ces troubles psycho-traumatiques qu'il a lui-même créés avec des violences perpétuelles.

Quelle solution apporter à ces femmes ?

Déjà, il ne faudrait pas que ce soit aux femmes d'organiser leur protection. C'est à la société de l'organiser. Elles sont dans un état traumatique tel qu'elles ne peuvent pas assurer leur protection. Le bracelet anti-rapprochement ou toutes les situations d'ordonnances de protection avec téléphone grand danger, ce n'est pas forcément suffisant. Il faudrait que les femmes soient réellement protégées. Pour être réellement protégées, il faut que l'agresseur ne puisse plus nuire et ne puisse plus rentrer en contact. C'est du côté de l'agresseur qu'il faut l'empêcher vraiment. Quand il y a des menaces de mort, quand il y a des violences extrêmes comme ça, il faudrait qu'il soit en prison, que les femmes soient vraiment protégées.

Est-ce qu'il y a un travail psychologique à faire ?

Les violences répétées, les violences conjugales, les menaces qu'elles subissent, c'est extrêmement traumatisant. Cela nécessite une prise en charge, cela nécessite des soins. Mais là aussi, il faut qu'il y ait une véritable offre de soins. Il faut qu'elles soient informées. Quand on demande aux femmes, dans les enquêtes de victimation, les conséquences sur leur santé mentale des violences, elles sont 70% à dire ça que cela a des conséquences importantes. Donc il faut qu'il y ait une vraie prise en charge et un vrai traitement pour éviter un état de dissociation, un état de mémoire traumatique ou de troubles psycho-traumatiques, qui est intolérable et qui va mettre en danger la femme si on ne lui offre pas des soins. Il n'y a pas d'offres de soins suffisants. Il n'y a pas d'information. Il faut informer absolument les personnes pour que tout le monde comprennent de quoi il s'agit.

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