Document "Il saisit ma main pour la plaquer sur son pantalon" : une femme raconte avoir été agressée sexuellement par Nicolas Hulot dans les années 1990

Dans un courrier transmis à "Envoyé spécial", cette ancienne employée de TF1, alors âgée de 23 ans, affirme avoir été agressée dans la voiture de l'animateur.

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France Télévisions
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L'ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot s'exprime dans le cadre d'un débat après la publication d'un rapport de la Fondation Abbé Pierre à Paris, le 31 janvier 2020. (MICHEL STOUPAK / NURPHOTO / AFP)

"Si j'écris aujourd'hui, ce n'est pas par apaisement ou par vengeance." Une ancienne employée de TF1 a transmis un courrier à "Envoyé spécial" après avoir appris que l'émission de France 2 avait recueilli plusieurs témoignages de femmes affirmant avoir été agressées par Nicolas Hulot. Sous couvert d'anonymat, cette femme rapporte avoir rencontré l'animateur "au début des années 90" dans un cadre professionnel. Elle était alors âgée de 23 ans. Dans sa lettre, elle affirme notamment qu'à l'issue d'un déjeuner, Nicolas Hulot lui aurait "saisit [la] main pour la plaquer sur son pantalon, au niveau de son sexe en début d'érection". Les faits décrits par cette ancienne employée sont prescrits et Nicolas Hulot reste présumé innocent. Dans le cadre de la diffusion du numéro d'"Envoyé spécial", jeudi 25 novembre, nous publions son témoignage dans son intégralité.


Nous sommes au début des années 90. J'ai 23 ans et depuis deux ans je m'épanouis dans mon premier emploi à TF1. Je travaille dans un service en liaison avec de nombreuses émissions. Je rencontre Nicolas Hulot pour la première fois lors d'une réunion de travail autour d'"Ushuaïa" à laquelle sont présents mon patron et une poignée de collaborateurs de nos deux équipes. Nous y évoquons nos actions et projets dans une ambiance constructive et positive.

"Il saisit ma main pour la plaquer sur son pantalon"

Plus tard dans la journée, je reçois un appel téléphonique de Nicolas Hulot m'invitant à déjeuner pour continuer la conversation autour du programme. J'accepte sans hésiter, il est habituel dans mes fonctions de déjeuner avec producteurs et animateurs. Le jour de notre rendez-vous, il passe me chercher au bureau et m'emmène dans un restaurant près du Champ de Mars. Le déjeuner est très sympathique. Nous parlons d'"Ushuaïa", de ses voyages et la conversation est forcément intéressante, il a des aventures incroyables à raconter. Le repas terminé, nous regagnons sa voiture.

"Une fois installés, il se tourne vers moi, me dit qu'il a passé un moment agréable et saisit ma main pour la plaquer sur son pantalon, au niveau de son sexe en début d'érection."

une ancienne employée de TF1

dans une lettre transmise à "Envoyé spécial"

Cela va très vite et mon réflexe est d'éclater de rire. J'ai déjà à l'époque un caractère assez affirmé et ai l'habitude de sortir des situations embarrassantes par l'humour. C'est sûrement ce que je pense faire à ce moment-là. S'en suit un retour interminable jusqu'à Boulogne (le siège de TF1), pendant lequel il ne me dit pas un mot.

De retour au bureau, je vais voir mon patron. Je m'entends bien avec lui et me sens assez en confiance pour lui raconter l'incident. Je ne me sens pas traumatisée, mais espère que cela ne compliquera pas trop mon travail sur le programme. Mon patron me rassure par rapport à ma mission sachant qu'au quotidien je travaille surtout avec les équipes et n'ai pas de raison de recroiser fréquemment l'animateur.

"Je me sens ébranlée et pense que mon mince début de carrière est en péril"

Il est tout de même surpris par le geste et nous nous faisons la réflexion que, s'il le tente, c'est que cela doit parfois marcher. J'avoue, à ce moment-là, ne pas avoir trouvé cela plus traumatisant que ça. Je pense que l'on était conditionné à cet univers un peu patriarcal où l'on ne s'attardait pas sur des attitudes plus que limites ; et je ne suis pas sûre que je raconterais cette histoire si elle s'arrêtait là. Quelques jours plus tard, mon patron me convoque dans son bureau. Il me montre un fax transmis par Patrick Le Lay [mort en 2020, il était à l'époque PDG de TF1].

"Ce n'est autre qu'une lettre de Nicolas Hulot à Patrick Le Lay dénigrant le travail que je fais sur son émission et demandant de prendre des mesures afin d'y remédier."

une ancienne employée de TF1

dans une lettre transmise à "Envoyé spécial"

A ce moment-là, je suis choquée, je me sens ébranlée et pense que mon mince début de carrière est en péril. "Ushuaïa" est une des émissions phares de la chaîne et Nicolas Hulot est animateur star. Mais dans mon désarroi, j'ai la chance d'avoir un patron qui m'apprécie, respecte mon travail et décide de prendre ma défense. Il est outré, et me dit de ne pas m'inquiéter, qu'il va gérer la situation.

Je ne sais pas ce qu'il a fait, mais je n'en ai plus jamais entendu parler et j'ai envers lui une reconnaissance infinie. Je n'ai plus jamais eu affaire à Nicolas Hulot, les interactions passant par son producteur. J'ai encore vécu quelques années heureuses et passionnantes à TF1.

"Je n'en ai pas parlé à l'époque"

Je n'en ai pas parlé à l'époque. Je ne pensais pas cet épisode traumatisant et l'ai sorti de ma tête. Après tout, je m'en suis bien sortie, une main sur un pantalon ce n'est pas si grave (sic) et ma vie professionnelle n'a pas été directement impactée. En y repensant, j'avais peut-être peur d'avoir à me justifier d'une manière ou d'une autre, de me confronter au regard ou au scepticisme éventuel de certains. Ce n'est que des années plus tard, avec les mouvements #MeToo que cette histoire m'est revenue et que j'en ai parlé à mes très proches. Sans remettre en cause mon récit, ils ont tout de même été surpris.

Après tout, on parle d'une des personnalités préférées des Français, d'un homme que tout le monde admire, dont la vie est tournée vers les belles causes et l'écologie... Le fait qu'il puisse avoir un comportement aussi disproportionné pour un bout d'ego écorché paraît ahurissant.

une ancienne employée de TF1

dans une lettre transmise à "Envoyé spécial"

Quelques années plus tard, quand d'autres histoires ont commencé à faire surface, je me suis bizarrement sentie allégée de ne pas être la seule. J'étais enfin confortée dans le fait que ce n'était pas ma faute.

"Je souhaite apporter mon soutien aux femmes qui ont été peut-être plus atteintes que moi"

Si j'écris aujourd'hui, ce n'est pas par apaisement ou par vengeance. Je n'en ressens pas le besoin. Je souhaite en revanche apporter mon soutien aux femmes qui ont été peut-être plus atteintes que moi et qui ont, elles, le courage de témoigner ouvertement. Elles ont toute mon admiration.

J'espère que cela aidera aussi ces personnes, qui peut-être ne se rendent pas compte à quel point leurs agissements sont déplacés, à mieux en prendre conscience pour que nos enfants évoluent dans une société où les rapports soient plus apaisés.

Car oui, on peut encore draguer et se séduire ! La limite est simple : si vous n'apprécieriez pas que l'on s'adresse à l'une ou l'un de nos proches de cette manière, c'est qu'elle est dépassée. Monsieur Hulot est intelligent et a une fille, il devrait le comprendre.


Les journalistes d'"Envoyé spécial" ont contacté Nicolas Hulot et ses avocats à plusieurs reprises. Il a refusé de répondre à nos questions face à une caméra. Ses avocats ont également décliné les demandes d'interviews. Leur client conteste fermement les faits et affirme plus généralement n'avoir jamais agressé une femme dans sa vie.

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