Violences sexuelles dans le patinage : Marie-George Buffet réclame un "grand ménage"

Selon Marie-George Buffet, ancienne ministre de la Jeunesse et des Sports dans le gouvernement Jospin, l'actuelle ministre des Sports, Roxana Maracineanu, devrait retirer la délégation à la Fédération des Sports de glace pour "faire le grand ménage" et "repartir à zéro".

Marie-George Buffet, à la Courneuve lors de la Fête de l\'Humanité, le 10 septembre 2016.
Marie-George Buffet, à la Courneuve lors de la Fête de l'Humanité, le 10 septembre 2016. (THOMAS SAMSON / AFP)

Marie-George Buffet, ancienne ministre de la Jeunesse et des Sports dans le gouvernement Jospin, entre 1997 et 2002, a estimé lundi 3 février sur franceinfo que Didier Gailhaguet devrait "présenter sa démission". Selon elle, la ministre des Sports devrait retirer "la délégation" à la Fédération des sports de glace pour faire un "grand ménage" et "repartir à zéro". L'ancienne championne de patinage, Sarah Abitbol, accuse son ex-entraîneur Gilles Beyer de l'avoir violée lorsqu'elle était adolescente. Ce dernier a concédé avoir eu "des relations intimes" et "inappropriées" avec Sarah Abitbol et lui a présenté ses "excuses". Aujourd'hui, le patron de la Fédération française des sports de glace, Didier Gailhaguet, va devoir s'expliquer. Il est convoqué par la ministre des Sports, Roxana Maracineanu.

franceinfo : Aviez-vous déjà des soupçons sur l'entraîneur Gilles Beyer ?

Marie-George Buffet : Oui, nous avions été alertés par une famille et j'avais immédiatement diligenté une enquête administrative qui concluait de façon très nette qu'il fallait écarter cet entraîneur des jeunes athlètes et donc on l'a suspendu immédiatement pour six mois. Et on a transmis le dossier au parquet de Créteil. Mais le parquet de Créteil n'a pas donné suite. Donc, il a pu revenir par la porte. Il a pu ensuite prendre des responsabilités au sein de la Fédération ou de certains clubs.

Vous n'avez pas pu vous y opposer ?

Nous, on peut suspendre, mais à partir du moment où il n'y a pas de condamnation, où il n'y a rien... Bien sûr, on n'a pas pu aller plus loin que ça.

Le président de la Fédération, Didier Gailhaguet, a fait revenir Gilles Beyer au sein de l'exécutif. A-t-il, selon vous, une responsabilité ?

J'ai eu l'occasion de lui dire récemment. Le président Gailhaguet devrait présenter sa démission parce que ce sont des personnes qui sont membres de sa direction, avec qui il travaille depuis des années. Il ne pouvait pas ignorer tous ces faits. Donc non seulement il faut qu'il présente sa démission et également, comme l'y autorise le Code du sport, il faudrait que Madame la ministre, et je sais qu'elle envisage de le faire, retire la délégation à la Fédération pour qu'on puisse faire le "grand ménage" dans la Fédération pour repartir à zéro. Et il faut redonner une équipe dirigeante qui soit en capacité de faire respecter l'éthique dans ce sport.

En quoi consisterait le grand ménage ?

La parole qui s'est d'abord libérée dans les milieux artistiques, cinéma, etc. est en train de se libérer dans le mouvement sportif comme dans toute la société. Je pense donc qu'il faut aider cette prise de parole parce que je sais personnellement, pour rencontrer beaucoup de femmes victimes de violences sexuelles, que c'est très difficile le chemin pour aller porter plainte, pour parler. Il faudrait mettre dans chaque fédération une cellule de crise avec des gens qui sont capables d'entendre, d'écouter, de conseiller, de rassurer les jeunes femmes ou les jeunes hommes parce que ça peut être aussi le cas pour de jeunes hommes, de les rassurer et de les accompagner dans cette démarche de prise de parole. Il faudrait, avec nos cadres techniques, mettre en place ces structures avec nos médecins fédéraux. On a les moyens humains de faire en sorte que très rapidement, des hommes et des femmes, qui sont peut-être encore aujourd'hui dans une fédération, puissent parler.