Végétalienne, elle assure avoir adopté "le régime du futur"

Franceinfo a rencontré Claire, une jeune Parisienne qui a commencé à éliminer la viande de ses assiettes il y a sept ans.

Devenue végétalienne il y a quelques mois, Claire de Blic pose lors d\'un dîner à son domicile parisien, le 18 mars 2014.
Devenue végétalienne il y a quelques mois, Claire de Blic pose lors d'un dîner à son domicile parisien, le 18 mars 2014. (MATHIEU DEHLINGER / FRANCETV INFO)

Claire est très fière de cet épais cahier. Son "livre d’or" où, insiste-t-elle, chaque convive doit griffonner sa signature et un petit mot avant de quitter les lieux, qu’il s’agisse d’un ami fidèle ou d’un visiteur de passage. A l’intérieur, de nombreux messages vantent la cuisine de la maîtresse de maison, devenue végétalienne à la fin 2013. "Maintenant, mes amis se battent presque pour venir dîner chez moi", assure-t-elle. Depuis son appartement du nord-est parisien, la jeune femme, rodée à la communication, dont elle a fait son métier, défend ce mode de vie, cette alimentation "beaucoup plus colorée", avec "des textures plus diversifiées" que l’alimentation traditionnelle.

Il suffit de la suivre dans son magasin bio préféré pour se convaincre de sa passion. La voir s’enthousiasmer devant les multiples farines disponibles à la vente : lupin, millet, avoine, sarrasin, seigle, blé de Khorasan, épeautre... L’entendre évoquer le goût de la purée d’amande, de sésame, ou de noix de cajou. Ou l’observer face aux bacs de graines de tournesol, de soja ou de lentilles corail. "J'ai changé de magasin pour faire mes courses parce que j'avais l'impression de n'avoir aucun choix dans la grande distribution conventionnelle, explique Claire. Là, il n'y a peut-être que trois marques de farine, mais il n'y a pas trois produits identiques."

"Je me sens de moins en moins seule"

La jeune femme a commencé à réduire sa consommation de viande il y a sept ans. D’abord sensibilisée par l’impact de l’élevage industriel sur l’environnement, et non par le bien-être des bêtes. "La protection animale n'était, au départ, pas du tout un sujet pour moi, raconte Claire. En plus, je suis issue d'une famille de chasseurs. Pendant un temps, j’ai même continué à manger du gibier." Jusqu’à ce qu’elle entame une "démarche intellectuelle" : "Qu'est-ce qui justifie que nous, espèce humaine, nous considérions que les animaux sont là pour nous servir ?" Aujourd’hui, elle dénonce la "barbarie" des élevages industriels, "indignes d’une civilisation".

Elle se souvient encore de l’un des moments forts de sa conversion au végétalisme. C'était un jour où son beau-frère était venu déjeuner dans son appartement. "Pour lui faire plaisir, j'avais acheté un onglet de bœuf, se remémore-t-elle. Quand on est arrivés, j'ai ouvert l'emballage et tout le sang s'est réparti sur le plan de travail. Je m'entends encore lui dire que le sang, ce ne sera plus jamais dans ma cuisine, c'est à l'hôpital. Le sang, c'est quelqu'un de blessé ou de mort, ce n'est pas comestible."

Claire est désormais convaincue du bien-fondé de sa démarche, du simple "bon sens" selon elle, et persuadée d’avoir adopté "le régime du futur", que tout le monde finira, un jour ou l’autre, par suivre. Plus question de se sentir "marginale" comme par le passé : "Pendant des années, il n'y avait pas une personne dans mon entourage qui était sensibilisée au développement durable, explique-t-elle. Maintenant, je me sens de moins en moins seule." A l’époque, elle se moquait de l’existence de sites de rencontres réservés aux végétariens, qu’elle jugeait "ridicules". Plus maintenant : "Aujourd'hui, je comprends ce que ça veut dire, il y a un socle de valeurs communes autour de ce mode de vie."

Un dîner chez Claire, végétalienne depuis quelques mois : riz sauvage, protéines de soja aux poireaux, pois cassés aux graines germées et salade verte.
Un dîner chez Claire, végétalienne depuis quelques mois : riz sauvage, protéines de soja aux poireaux, pois cassés aux graines germées et salade verte. (MATHIEU DEHLINGER / FRANCETV INFO)

"Ma nourriture est empreinte de valeurs"

Son entourage proche n’a désormais aucune difficulté à comprendre son choix de vie. Elle partage sa "philosophie" avec sa colocataire, adepte d’un régime sans gluten, qui apprécie ses recettes. L’un de ses amis, omnivore, n’est pas non plus déconnecté de la réflexion qu’elle mène. Lui-même se dit tenté par une autre expérience, celle du régime "paléo", qui propose de revenir à l’alimentation de nos ancêtres préhistoriques, les chasseurs-cueilleurs de l’âge de pierre.

"Aujourd’hui, ma nourriture est belle, elle a du sens, elle est empreinte de valeurs", commente Claire. L’alimentation végétale, ce n’est pas seulement "des graines, deux radis et trois carottes", martèle la jeune femme : "Les omnivores ne se rendent pas compte qu’ils mangent toujours la même chose. Ils disent manger de tout, mais c’est totalement faux. Ils ne mangent jamais de topinambours, de boulgour… La viande les empêche de manger varié." Et surtout, ne lui parlez pas de possibles carences : "La question me gonfle." En guise de réponse, elle assure ne pas être tombée malade une seule fois ces dernières années. Preuve supplémentaire, estime-t-elle, que "la viande n’est pas l’avenir", "tout comme le pétrole n'est pas l'énergie du futur".