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Trois règles à observer pour éviter que votre enfant devienne sexiste

Alors qu'un rapport pour lutter contre les stéréotypes filles-garçons a été remis au gouvernement, francetv info liste quelques bonnes pratiques et astuces à disposition des parents.

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France Télévisions
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Selon Anne Dafflon Novelle, docteure en psychologie de l'université de Genève (Suisse), les enfants se définissent comme garçon ou fille à partir des représentations socioculturelles auxquelles ils ont accès, jusqu'à l'âge de 7 ans.  (LAURENCE DUTTON / AFP)

L'égalité hommes-femmes n'est pas qu'une question d'adultes, réservée au monde professionnel. Elle se pose dès le plus jeune âge, à la maison comme à l'école. C'est pour lutter contre les stéréotypes précoces liés au sexe que le Commissariat général à la stratégie et à la prospective a remis un rapport au gouvernement, mercredi 15 janvier. Il y liste 30 propositions liées à l'éducation, la santé, les pratiques culturelles et sportives ou encore l'orientation scolaire.

Ces recommandations doivent nourrir le programme baptisé ABCD de l'égalité, expérimenté dans les écoles de dix académies depuis la rentrée. Pas besoin, néanmoins, d'attendre la généralisation du dispositif - et l'évolution de la société - pour mettre en place de bonnes pratiques chez soi. Comment ? A partir de témoignages et de l'expertise d'Anne Dafflon Novelle, docteure en psychologie de l'université de Genève (Suisse) et auteure de Filles-garçons : socialisation différenciée ? (ed. PUG), francetv info liste quelques conseils à destination des parents.

Règle n°1 : laisser sa fille porter du rose et son fils jouer aux petites voitures

Ce premier conseil peut sembler paradoxal, mais il suppose une connaissance du développement de l'enfant, qui pèche souvent chez les parents, comme le constate Anne Dafflon Novelle. "Jusqu'à environ 7 ans, un enfant ne se définit pas comme un garçon ou une fille parce qu'il a un zizi ou une zézette, mais à partir des éléments socioculturels qui sont associés à un sexe ou l'autre", explique-t-elle. Des représentations auxquelles ils ont accès via les livres, les dessins animés, les publicités... et la socialisation dans son ensemble.

D'où cette rigidité observée chez certaines petites filles, qui ne veulent porter que des robes et du rose, et chez certains petits garçons, qui ne jurent que par les petites voitures et les dinosaures. Cette forme de "sexisme" désarçonne les parents qui ont pris soin de ne pas cultiver les clichés chez leur progéniture, mais elle est normale. "C'est ainsi que l'enfant construit son identité sexuée dans un premier temps", reprend la psychologue, qui a créé un site destiné à répondre aux questions des parents sur ce thème. Forcer sa fille à porter un pantalon ou coller une poupée rose dans les bras de son fils risque d'être contre-productif. 

De même, s'interroger parce que son petit garçon veut se déguiser avec des robes est exagéré. "Mon fils adore se mettre des colliers et des barrettes dans les cheveux. On le laisse faire, bien sûr, c'est tellement drôle", témoigne Juliette*, qui soupçonne son garçon de vouloir imiter sa grande sœur. Et s'il réclame une poussette et une poupée, "il ne fait sans doute qu'imiter son père, dont le rôle a heureusement évolué au sein du couple", souligne Anne Dafflon Novelle. L'important, face à ces comportements mimétiques, est de leur proposer d'autres modèles, pour ouvrir leur esprit. 

Règle n°2 : diversifier les vêtements, les jouets...

Anne, mère d'une petite fille de 18 mois, veille depuis le début à ne pas habiller son enfant qu'en "fille". "Mon compagnon est très à cheval là-dessus, et même avant sa naissance, il voulait qu'on achète des bodys bleus, raconte-t-elle. Depuis, je choisis ses vêtements autant au rayon fille que garçon. On ne lui met pas beaucoup de robes. Mais quand elle en porte, on ne peut pas s'empêcher de lui dire : 'Comme tu es jolie!'"

"A mon avis, robes et rubans, c'est anecdotique. Le fait que les filles se sentent jolies les aide à prendre confiance en elles, estime pour sa part Carole*, mère d'une ado de 15 ans. Ça me paraît plus important de piocher dans les jeux de maths ludo-éducatifs, l'arsenal du petit chimiste-physicien, de leur donner le goût du code informatique." 

La question des jouets est en effet cruciale pour élargir les centres d'intérêt des enfants, quel que soit leur sexe. "On ne doit pas éduquer que les filles à l'égalité. Les garçons aussi sont concernés", note Anne Dafflon Novelle, qui suggère, par exemple, de leur offrir une poupée garçon dans un premier temps. C'est ce qu'a fait Julie à Noël. Elle a pris l'initiative de mettre sous le sapin une poussette et une poupée, "qui s'appelle Jules", pour son fils de 2 ans.

Les marques de jouets ont quasiment toutes fait évoluer leurs catalogues pour lutter contre les stéréotypes, même si des efforts restent à faire, comme le relève Rue89. Aux parents de veiller à ce que les cadeaux reçus à Noël ou aux anniversaires soient équilibrés, en faisant des listes aux grands-parents par exemple : une dinette à côté du costume Spiderman pour le garçon, un jeu de construction (Lego, Goldie Blox ou Géomag...) en plus d'une Barbie pour la fille. Emma Defaud, coauteure du livre Mauvaises mères et d'un blog sur le même sujet, résume : "Je laisse ma fille aimer le rose et les cœurs, mais je lui montre que les Lego, c'est fun, et que jouer au Nerf [des pistolets et fusils factices], ça défoule."

... ainsi que les livres et les dessins animés

Du côté des dessins animés, il n'est pas nécessaire, non plus, de proscrire les vieux Walt Disney avec leurs princesses et leurs princes, qui finissent toujours par "se marier et avoir beaucoup d'enfants". L'important, là aussi, est de montrer autre chose aux enfants. Les dernières héroïnes de Walt Disney-Pixar, comme Rebelle ou Raiponce, sont tout de même moins lisses que leurs ancêtres (Merida, dans Rebelle, a d'ailleurs les cheveux bouclés, une première, comme le relevait Slate au moment de la sortie du film en août 2012). Leurs prétendants sont aussi moins parfaits, voire lâches et maladroits.

Alternative : les dessins animés du Japonais Miyazaki, qui proposent une approche moins stéréotypée des relations filles-garçons. Ses héros ou héroïnes sont souvent des enfants, aux prises avec des problématiques propres à leur âge, parfois fantaisistes, et très éloignées du mythe du prince charmant.

Pour ce qui est des livres, l'offre d'albums antisexistes s'est développée. Plusieurs sites, comme Elle ou Terrafemina, proposent une sélection. Des listes sont également disponibles sur le site des associations lab-elle et Adéquations. Un des livres qui revient est A quoi tu joues, édité par Amnesty International et Sarbacane en 2009. Il prouve par l'image que les phrases du genre "Les garçons, ça fait pas de la danse, et les filles, c'est pas bricoleur" sont des idées reçues. Mais Slate, qui y a déniché quelques représentations sexistes malgré tout, lui préfère par exemple Quand Lulu sera grande (éd. Talents Hauts), l'histoire d'une héroïne qui se projette championne de foot ou chasseuse de dragons. La maison d'éditions propose d'autres ouvrages engagés pour l'égalité des sexes. 

Règle n°3 : montrer l'exemple (et discuter)

Évidemment, les beaux discours sur l'égalité des sexes ne suffiront pas si le comportement des parents ne suit pas. "Choisir un papa qui fait le boulot avec les enfants et à la maison, c'est un excellent début", souligne Emma Defaud. Anne et son conjoint, eux, tâchent de faire les mêmes choses avec leur fille. "Ce n'est pas lui qui l'emmène au parc et moi dans les magasins, par exemple", explique-t-elle.

"Mes enfants nous ont toujours vu partager les tâches ménagères de manière très égalitaire et je pense que ça leur semble complètement naturel, témoigne pour sa part Juliette. S'il n'y a pas le modèle au quotidien, les discours ne servent pas à grand-chose."

Anne Dafflon Novelle relativise toutefois : "Sur ce plan, les parents sont loin d'être le seul modèle des enfants. Donc, même s'ils ne sont pas représentatifs d'un équilibre parfait dans la répartition des tâches, rien ne les empêche d'en discuter avec leurs enfants, et de faire passer des choses avec les mots." Juliette reconnaît d'ailleurs utiliser "beaucoup le discours pour faire passer le message. On évite tous les clichés genre 'plus tard, tu voudrais être infirmière ou maîtresse ?'. Je dis aussi à ma fille qu'elle ne sera pas obligée de faire des enfants."

Et que les parents se rassurent, la période où les enfants sont des ayatollahs de la différenciation sexuelle ne dure pas. "A partir de 7 ans, ils ont compris qu'être un garçon ou une fille dépend de leur organe génital, et non des codes sexués. Ils s'autorisent donc à les dépasser", argumente-t-elle. Selon la spécialiste, cette période d'ouverture dure jusqu'à 12 ans environ, et c'est à ce moment-là que les parents peuvent ouvrir leur champ des possibles. Ensuite viennent la puberté et l'adolescence, et cela se complique de nouveau...

* Certains prénoms ont été modifiés

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