Travail du dimanche : Anne Hidalgo entame un bras de fer avec Macron

Selon un rapport dévoilé par France Inter, la maire de Paris refuse l'extension des zones d'ouvertures de commerces le dimanche préconisée par le ministre de l'Économie, qui présentera son projet de loi la semaine prochaine. Le document conteste les conclusions de Bercy, et réclame en gros le statu quo dans la capitale.

(L'avenue des Champs-Elysées fait déjà partie des zones touristiques à ouverture des commerces le dimanche © MAXPPP)

Le timing choisi par la maire de Paris interroge, forcément. Anne Hidalgo a choisi de soumettre au vote jeudi un document de travail potentiellement explosif, sur le travail du dimanche, avant même la présentation du projet de loi d'Emmanuel Macron la semaine prochaine. Le ministre de l'Économie doit présenter son texte sur la croissance, dans lequel il préconise notamment l'extension du travail du dimanche, le 10 décembre prochain. Au-delà du timing, le contenu de ce document interne, dévoilé par France Inter, augure d'un véritable bras de fer entre la capitale et le gouvernement.

Le rédacteur de ce qui n'est encore qu'un document de travail, le conseiller PS de Paris Bernard Gaudillère, affirme d'emblée "notre profond attachement au repos du dimanche ". L'avant-propos d'un réquisitoire de six pages contre l'extension des zones d'ouverture des commerces le dimanche dans la capitale. Et un plaidoyer pour le statu quo, à quelques détails près.

Conclusions économiques contestées

Le conseiller socialiste de Paris conteste avant tout les calculs de Bercy. Pour lui, si l'on ouvrait plus de magasins le dimanche, "il ne pourrait s'agir que de reports d'achats de la semaine ". Et comme l'ouverture dominicale dans la capitale est "actuellement très large : environ 20 % à 25 % des commerces sont ouverts (plus qu'à Londres et Berlin) et couvrent la totalité des besoins de la vie courante "...

(Le travail dominical : les mesures envisagées © IDÉ)

Actuellement à Paris, sept zones bien définies permettent l'ouverture des commerces le dimanche : sur le boulevard Saint-Germain, les Champs-Elysées, dans une partie du Marais... Le texte évoque bien des "évolutions (qui) paraissent possibles " - comme le passage de 5 à 12 dimanches ouverts par an, ou l'ouverture des commerces dans les gares - mais il refuse de se laisser imposer le dispositif par le gouvernement. Par exemple, hors de question d'envisager l'ouverture des grands magasins du boulevard Haussmann, dans le cadre des nouvelles "zones touristiques internationales" qui seraient créées par simple décret gouvernemental.

Un document loin d'être validé

Pour autant, le rapport de cette Mission d'information et d'évaluation (MIE) doit encore passer bien des écueils, comme le souligne L'Opinion . À commencer par le vote des 19 conseillers membres de ladite mission ce jeudi. Mais encore plus lors du passage en conseil de Paris en février prochain. Anne Hidalgo rencontre une opposition sur sa gauche, les communistes et les écologistes étant opposés à toute évolution, mais aussi sur sa droite, avec une opposition capable de la mettre en minorité, comme lors du vote sur la construction de la Tour Triangle, le mois dernier.

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La rédaction de ce rapport - contesté aussi en interne, par certains élus socialistes - révèle surtout la différence de points de vue entre le gouvernement et les autorités de la capitale. Alors que les députés frondeurs ont déjà promis de faire des débats à l'Assemblée nationale, en février, un nouveau combat, Emmanuel Macron s'est trouvé une nouvelle opposante en la personne d'Anne Hidalgo, soucieuse avant tout d'avoir la mainmise sur ce dossier brûlant du travail du dimanche.