Séquestrations, injures, agressions sexuelles... Trois assistantes sociales témoignent de la violence de leur quotidien

Après le meurtre d'une des leurs à Virey-sous-Bar, dans l'Aube, les assistants et assistantes sociales réclament une meilleure reconnaissance de leur profession, essorée par la crise sanitaire du Covid-19 et exposée quotidiennement à la violence.

Article rédigé par
Boris Loumagne - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Le bureau de l'assistante sociale à la prison de Rodez, le 25 juin 2009. (JEAN LOUIS PRADELS / MAXPPP)

C’est toute une profession endeuillée et qui se sent de plus en plus vulnérable : les assistants et les assistantes sociales sortent du silence après la mort d’une de leurs collègues, il y a deux semaines à Virey-sous-Bar, dans l'Aube, lorsqu'un homme de 83 ans a tué par balle Audrey, l'assistante sociale de 36 ans qui l'accompagnait avant de se suicider.

Alixanne, Aurélie et Clara sont assistantes sociales et affichent le même attachement à leur travail, mais aussi le même ras-le-bol de la violence qu’elles subissent au quotidien. ″Une fois quelqu'un est venu avec un sac, se souvient l'une, et m'a dit que s'y trouvait une arme et qu'il allait s'en servir si on ne lui accordait pas l'aide financière qu'il souhaitait.″ ″Moi j'ai été coincée dans un ascenseur par un monsieur qui a essayé de m'embrasser et que j'ai du repousser pour pouvoir sortir...″, témoigne l'autre. La troisième se rappelle, elle, des trois fois où elle a été séquestrée dans les locaux de son centre social par un usager armé qui voulait les tuer.

Il y a aussi toutes ces ″petites violences du quotidien″, comme elles les appellent : ″Si on est surchargés, pas remplacées, on a pas le temps de faire les choses rapidement, qui génèrent des insultes, des petites choses au quotidien″, soulignent-elles.

″Le matin, on arrive, on a la boule au ventre. Je me souviens qu'en allant au travail, je me demandais si je n'allais pas me prendre un coup de couteau dans la journée.''

Une assistante sociale

à franceinfo

Trop longtemps elles se sont tues. À cause du secret professionnel, mais pas seulement. ″On a parfois peur de pénaliser les gens qu'on accompagne, explique ainsi l'une des trois assistantes sociales. Par exemple, s'il se passe quelque chose avec une personne atteinte de trouble psychiatrique, on ne veut pas que la personne soit stigmatisée. On est une profession qui a le souci de l'autre.″

La profession est parfois regardée avec mépris

Le meurtre d’Audrey a été le drame de trop. La parole se libère désormais pour dire stop à la violence, au manque de moyens, stop à l’absence de reconnaissance d’une profession parfois regardée avec dédain. ″Très souvent, quand on parle de nous, on pense à quelqu'un qui place les enfants ou qui s'occupe des cas sociaux. C'est souvent un peu la représentation du métier. Alors qu'on fait des choses très belles ! Je reçois plein de familles qui ont des baisses de revenus, par exemple après la fermeture des restaurants ou d'une perte d'emploi. Et notre objectif, c'est que les personnes puissent repartir de l'avant.″ Un métier capital, concluent-elles, surtout en cette période de crise sanitaire...

Le collectif Travail Social de Demain, créé après le meurtre d'Audrey, a lancé une pétition ″en hommage à Audrey et pour la reconnaissance des travailleurs sociaux″. Il entend alerter sur les violences qu'ils subissent au quotidien.

L'épuisement des travailleurs sociaux : le reportage de Boris Loumagne
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