Téléphone au volant : les nouvelles sanctions sont une "bonne chose", mais il faudra "toute la pédagogie nécessaire"

La mesure pourrait être effective en 2019. Les conducteurs qui téléphoneront au volant verront bientôt leur permis retenu en cas d'infraction. C'est une "bonne chose" pour Anne Lavaud, déléguée générale de l'association Prévention routière qui a réagi sur franceinfo. 

Pour lutter contre les accidents de la route, le gouvernement a décidé de mettre la priorité sur la limitation de vitesse sur les routes secondaires et sur la lutte contre l\'utilisation du téléphone portable au volant. 
Pour lutter contre les accidents de la route, le gouvernement a décidé de mettre la priorité sur la limitation de vitesse sur les routes secondaires et sur la lutte contre l'utilisation du téléphone portable au volant.  (PHILIPPE CLEMENT / BELGA / AFP)

Téléphoner au volant pouvait déjà coûter jusqu'à 135 euros d'amende et trois points sur le permis de conduire ; désormais, commettre une infraction en même temps pourra justifier un retrait du permis. Il s'agit d'une des mesures annoncées par le Premier ministre Edouard Philippe, avec notamment la limitation à 80 km/h de la vitesse sur le réseau secondaire. Une "bonne mesure", estime, mercredi 10 janvier sur franceinfo, Anne Lavaud, déléguée générale de l'association Prévention routière. "Plus une infraction est sévèrement punie, plus on évalue le risque", estime-t-elle. "Il faut toute la pédagogie nécessaire" pour appliquer cette mesure, ajoute-t-elle.

franceinfo : Est-ce une bonne mesure ?

Anne Lavaud : C'est une bonne mesure. Jusqu'à présent, trois points de permis et 135 euros banalisaient un peu l'usage du téléphone. Ce n'est pas rien, mais on est ainsi faits que plus une infraction est sévèrement punie, plus on évalue le risque. La réalité, c'est que le téléphone au volant est un vrai danger. C'est un vrai risque. Et c'est vrai que c'est un risque qui s'additionne à d'autres pratiques qui peuvent être accidentogènes. Après, dans la mise en oeuvre de cette sanction, avec les deux infractions, cela peut être un peu compliqué. Mais nous demandons à voir et nous y sommes plutôt favorables.

Quelle est la part de l'usage du téléphone dans les accidents ?

On dit que les distracteurs de manière générale causent 9% des accidents mortels. Or, 40% des Français utilisent leur téléphone au volant. Et quand on dit utiliser son téléphone, c'est souvent un smartphone, qui permet de faire plein de choses quand on l'a à la main : regarder un plan, envoyer un sms, regarder ses notifications... Ou ne rien faire ! 90% des Français prennent leur téléphone quand ils s'ennuient. Il faut rappeler aussi qu'utiliser son téléphone au volant, c'est interdit, y compris avec une oreillette. On peut rappeler aussi que c'est interdit à vélo : on est passible des 135 euros, mais pas des 3 points retirés sur le permis.

Autres mesures annoncées : la vitesse abaissée à 80 km/h sur les routes secondaires sur 400 000 km, la mise en place d'un éthylotest anti-démarrage dans les voitures pour les récidivistes de l'alcool au volant. Ce plan va-t-il sauver des vies ?

Ces mesures font partie d'un plan plus global de 18 mesures qui tapent sur les causes qui sont pour nous les causes principales de la mortalité, qui tuent presque 10 personnes par jour. Il faut s'attaquer à ces grandes causes. Il faut aussi que ces mesures soient acceptables par le public. C'est le cas de la mesure de limitation de vitesse. Notre association dit depuis le début qu'elle y est favorable, mais qu'il faut toute la pédagogie nécessaire. On est assez satisfaits du fait que le gouvernement ait annoncé une période d'observation à très grande échelle, puisque cela concerne 400 000 km de routes, avec une clause de revoyure en 2020. On est convaincus que cela va aider à faire baisser la mortalité routière.

La question c'est aussi de savoir si l'Etat va se donner les moyens de faire respecter ces mesures ?

Il faut effectivement, quand on annonce un plan comme celui-là, doter ce plan d'un certain nombre de moyens pour qu'il soit efficace. La volonté qui est affichée aujourd'hui, et le fait que cela se passe en début de mandature fait que c'est le même président de la République et peut-être le même Premier ministre, qui devra faire le bilan. C'est plutôt positif : quand c'est celui qui lance le plan qui doit faire le bilan, normalement les moyens sont mis.