Des accidents, "de toute façon il y en aura toujours" : en Haute-Marne, des élus locaux se félicitent du retour à 90 km/h

Le département de la Haute-Marne est le premier de France à revenir aux 90 km/h, sur 500 kilomètres de routes départementales.

Des employés de la DIR est remplacent des panneaux de vitesse sur une route départementale (illustration).
Des employés de la DIR est remplacent des panneaux de vitesse sur une route départementale (illustration). (SEBASTIEN BOZON / AFP)

"C'est ridicule de rouler à 80 km/h avec les véhicules que l’on a maintenant sur des routes comme ça. C’est que du 'tire pognon' cette histoire", estime René Rallet, le maire de Cirey-les Mareilles, un petit village de 135 habitants, en Haute-Marne.

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Le département est le premier de France à tourner la page des 80 km/h. Ce département du Grand-Est est revenu jeudi 9 janvier à une limitation de vitesse à 90 km/h sur plusieurs tronçons représentant, au total, 200 kilomètres de routes départementales, ce sera 476 kilomètres d'ici la fin de la semaine.

Parmi ces routes concernées, il y a la départementale 674, endeuillée au début du mois de décembre 2019 par un accident, qui a fait un mort et un blessé grave à Cirey-les-Mareilles. La conséquence dramatique d’une collision entre deux véhicules. "C’était dans le brouillard", se souvient le maire René Rallet. "En doublant par la voie de gauche, un véhicule a tapé de plein front dans une autre voiture" qui arrivait en face. L'élu est persuadé que "de toute façon", des accidents, "il y en aura toujours". Pour lui, le retour à une limitation de vitesse à 90 km/h "n’est pas plus mal".

Quand les gens commettent des imprudences on y peut rien.René Rallet, maire de Cirey-les-Mareillesà franceinfo

Cette décision du retour à 90 km/h a été prise par Nicolas Lacroix, le président du conseil départemental, comme l'y autorise la loi d'orientation des mobilités (LOM). Et ce, malgré l'avis négatif rendu mercredi par la commission départementale de sécurité routière. Un avis qui n'est que consultatif.

206 vies épargnées depuis juillet 2018

La vice-présidente du conseil départemental, Élisabeth Robert-Dehault, également maire divers droite de Saint-Dizier, défend également cette décision : "On nous dit que c’est la vitesse qui est à l’origine des accidents. Or, la fatigue, l’alcool, les stupéfiants, l’âge parfois, sont autant de facteurs qui sont accidentogènes." Quant à la vitesse ? "Qu’on me le prouve", lance Elisabeth Robert-Dehault.

L'été dernier, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner assurait que l'abaissement de la vitesse maximale sur les routes secondaires de 90 à 80 km/h avait permis d'épargner précisément 206 vies depuis juillet 2018. À l'inverse, en Haute-Marne, le président du conseil départemental estime qu'il n’a pas vu d'amélioration en termes d'accidentologie.

"Je pense qu’il fait fausse route", estime Emmanuel Lagarde, le président du comité des experts auprès du conseil national de la sécurité routière. "Le seul argument que j’entends c’est que cette mesure des 80 km/h aurait dû être mieux discutée en amont et avec plus de concertation, ça c’est certain", affirme-t-il, en regrettant "une occasion perdue pour lutter efficacement contre l’insécurité routière. Je trouve cela dommage." Vingt-cinq départements ont déjà annoncé leur intention de repasser une partie de leurs routes à 90 km/h.