Les Français en voiture : "La population n'est pas convaincue par le danger du portable au volant", selon un psychologue

Les automobilistes n'arrivent pas à se passer du téléphone au volant selon une étude Axa Prévention sortie ce mercredi. 

Le téléphone au volant, un fléau sur les routes selon une étude 
Le téléphone au volant, un fléau sur les routes selon une étude  (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

Les automobilistes font aujourd'hui attention aux grands excès de vitesse et à la forte alcoolémie mais ils n'arrivent pas à se passer de leur téléphone, devenu un fléau sur les routes en quinze ans, selon une étude Axa Prévention publiée mercredi 19 juin. Pour autant, Jean-Pascal Assailly, psychologue et expert pour le Conseil national de la sécurité routière, n'est pas convaincu d'une réelle prise de conscience.

franceinfo : Moins d'alcool, moins d'excès de vitesse, ça veut dire que le message passe ?

Jean-Pascal Assailly : Je n'en suis pas convaincu. La perception du risque de la vitesse, comprendre son aspect systémique, les distances de sécurité, ce n'est toujours pas rentré dans la tête des gens. La distraction, le téléphone, on a bien vu que c'était la cause qui montait depuis une dizaine d'années. Une des premières raisons c'est l'évolution de l'objet lui-même. Les smartphones ne sont plus seulement des téléphones. Un seul exemple : aujourd'hui, on est passé à 40% de gens qui n'utilisent plus le GPS de la voiture mais le GPS de leur téléphone.

Une alerte, un message… La sollicitation est permanente ?

Ce qui est un peu frappant, c'est l'emprise de la technologie sur nos vies. Quand j'ai appris à conduire dans les années 1970, si j'avais dit à mon moniteur d'auto-école que je pouvais quitter la route des yeux, il m'aurait regardé comme si j'étais bon pour un internement psychiatrique. C'était totalement inconcevable. On sait très bien tous les effets négatifs sur la conduite, la vision en tunnel, le fait d'être incapable de faire face à des changements, c'est l'effet pur de la distraction. Les effets sur les accidents sont un peu plus difficiles méthodologiquement parce qu'il faut prouver que les gens téléphonaient au moment de l'accident. Il n'empêche qu'on sait déjà aujourd'hui que la simple conversation ne crée pas un risque énorme d'accident, avec les yeux sur la route, par contre tout ce qui va être textos, SMS etc... là, les gens quittent la route des yeux et créent des accidents très graves parce qu'ils ne sont même plus capables de réagir correctement.

Quel est votre avis sur la perception du danger représenté par le portable ?

C'est le travail qui est devant nous. Pour le moment, la population n'est pas convaincue. Il ne faut pas oublier qu'on parle de 40 millions de conducteurs. Chacun de nous maintenant veut être connecté en permanence. Il faudra des solutions technologiques, un peu comme les radars et un mode "sécurité routière", comme un mode avion. Le stade ultime, ce sera la voiture autonome.