Baisse historique du nombre de tués sur la route : "On voit qu'il y a un vrai impact du télétravail", selon l'association Prévention Routière

Le bilan de 2020 marque une chute de 21,4% par rapport à 2019, mais sa signification est "à relativiser" de la crise sanitaire, précise la Sécurité routière.

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Radio France
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Les voitures circulent sur le périphérique de Paris, le 24 avril 2020. (THOMAS COEX / AFP)

"On voit qu'il y a un vrai impact du télétravail" sur la baisse du nombre de tués sur la route en 2020, a souligné vendredi 29 janvier sur franceinfo Anne Lavaud, déléguée générale de l'association Prévention Routière. Avec un total de 2 550 morts, c'est le plus bas niveau du nombre de victimes de la route en France depuis l'après-Guerre. "Cette année, comparaison n'est pas raison", a-t-elle nuancé. L'enjeu, pour Anne Lavaud, est de renouer avec la prévention en sortant de la crise du Covid-19. "On cherche comment continuer à passer des messages de prévention sans saturer les Français qui vont sortir d'une période très compliquée par rapport à la prévention sanitaire."

franceinfo : 2 550 morts, c'est toujours trop, mais c'est le niveau le plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale...

Anne Lavaud : Effectivement, cette année, comparaison n'est pas raison. Impossible de comparer les chiffres 2020 avec ceux de 2019. En revanche, je vais faire un peu appel à votre mémoire. Si vous vous rappelez, en 2010, l'Europe et la France s'étaient engagés à diminuer de moitié le nombre de tués sur la route et nous devions avoir cet objectif – qui a été rappelé à plusieurs reprises – de 2 000 tués en 2020. Or, malgré les circonstances sanitaires, et bien vous voyez, on n'est même pas à 2 000. L'année 2020 est sans doute une année charnière dans notre mobilité et pour nous, il y a des marqueurs forts qu'il faut mettre en avant. Il y a le premier marqueur, les nouvelles mobilités que sont le retour du vélo, la trottinette électrique, le retour de la marche à pied et également de la voiture pour des petits déplacements. Les déplacements individuels sont considérés comme un sixième geste barrière par rapport aux transports collectifs. Ça a favorisé ce type de déplacements. Et puis, il y a un deuxième marqueur très fort, c'est le télétravail. Début 2019, on avait fait une estimation, un peu comme nos amis belges qui étaient très en avance là-dessus, sur le nombre de tués qui pourraient être épargnés si la moitié des 23 millions de Français actifs télétravaillaient ne serait-ce qu'une journée par semaine et on arrivait à peu près à 50. On voit qu'il y a un vrai impact du télétravail. Notre souhait, c'est que ça perdure de manière à ce qu'effectivement, il y ait moins de tués sur les routes.

Quand on voit que cette baisse de morts ne concerne pas forcément les cyclistes et les piétons, faut-il améliorer les infrastructures ?

Les infrastructures, sans doute. Mais vous savez, notre association, depuis 70 ans, ce qu'elle fait, ce sont des actions de prévention. Et pour nous, l'année 2020 est une année terrible pour ça, parce que c'est une année blanche en prévention. On n'a pas pu, comme les années précédentes, intervenir autant qu'on le souhaitait dans les écoles, auprès des seniors et dans les entreprises. Or, quand on voit émerger comme ça très fortement soit le retour des déplacements comme la marche à pied ou le vélo, ou l'apparition des nouvelles mobilités, et bien on se dit que la prévention est encore plus prégnante.

"En 2021 on souhaite renouer avec cette tradition de prévention du risque routier qui est très forte en France."

Anne Lavaud, déléguée générale de l'association Prévention Routière

à franceinfo

Chaque année, c'est à peu près 800 000 enfants qui sont sensibilisés aux risques routiers pour eux-mêmes, c'est-à dire autant en tant que passager dans la voiture de leurs parents ou de leurs grands-parents qu'en tant que piéton ou qu'en tant que jeune cycliste. Toute cette pédagogie qui, pour nous, est vraiment essentielle. L'année 2020 ne nous a absolument pas permis de remplir cet objectif et donc ce qu'on a développé, ce sont des outils en distanciel. On encourage d'ailleurs tous les parents à aller sur notre site Internet. Ils ont énormément d'outils à leur disposition s'ils veulent eux-mêmes faire un peu de pédagogie auprès de leurs enfants. Mais c'est vrai que c'est très important et on souhaiterait que cette année 2021 soit vraiment placée sous le signe de la prévention, que ce soit auprès des jeunes publics, mais aussi auprès de tous ceux qui renouent avec des modes de déplacement qu'ils avaient délaissés les années précédentes.

Redoutez-vous une hausse considérable du nombre de morts sur la route après la crise ?

L'inconnue qui est celle de notre sortie de cette période sanitaire très forte, c'est quels seront les comportements des Français vis-à-vis des messages de prévention ? Depuis mars dernier, on est sous ces messages de prévention en permanence par rapport au Covid-19. On est en permanence sollicité à faire attention, faire attention... Quelle sera l'attitude collective des Français en sortie de crise ? On l'ignore. On a beaucoup interrogé les psychologues par rapport à ça. Et comme tout un chacun, ils n'ont pas d'éléments de comparaison par rapport à une crise sanitaire telle que nous l'avons vécue. Et donc, pour notre association, on redouble de vigilance et on cherche comment, effectivement, continuer à passer des messages de prévention sans saturer les Français qui vont sortir d'une période très compliquée par rapport à la prévention sanitaire.

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