"La nuit où il a neigé, ils étaient dehors" : À Lyon, des enfants et leurs familles sans-abri trouvent refuge dans des écoles

Le collectif "Jamais sans toit" se mobilise pour héberger dans des écoles des enfants et leurs parents sans domicile. Certains se retrouvent totalement à la rue car le système d'hébergements d'urgence est engorgé. 

Des tentes où vivent des SDF. (Illustration). 
Des tentes où vivent des SDF. (Illustration).  (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Dormir dans une salle de classe plutôt que dans la rue. À Lyon, la crise de l’hébergement d’urgence perdure et des enfants sont contraints de dormir dehors. Selon le collectif "Jamais sans toit", plus de 80 familles, soit 160 enfants, n’ont pas de logement, même précaire ou temporaire. Face à cette situation, des enseignants et des parents d’élèves se mobilisent et occupent des écoles pour loger ces familles sans-abri. 

La nuit dans les classes, le petit-déj dans la salle des profs

Dans l'école Audrey Hepburn dans le 9e arrondissement de Lyon, la salle des maîtres se transforme en salle à manger le matin à l’heure du petit déjeuner. Il est 7 heures du matin, des élèves ont dormi dans la classe et Adélaïde, une enseignante, chauffe désormais le lait. "Ce sont nos élèves, dit-elle dépitée à l'idée de voir ces enfants dormir dans la rue. On le voit aux vêtements, aux odeurs et à la fatigue. Les parents nous ont dit qu'ils dorment dehors, donc on réagit". Les enseignants se relaient avec d'autres pour les permanences de nuit. 

Sur les murs de la salle des professeurs, un planning est affiché pour les repas chauds. Ils sont assurés par les parents d’élèves, solidaires. "On apporte à manger et des vêtements", dit une maman qui aide notamment Meriem, une mère algérienne récemment arrivée en France et logée dans l’école. "Elle dit qu'elle est très contente parce qu'ils donnent à manger et ils les laissent dormir au chaud, traduit la mère bénévole. C'est mieux que d'être dehors pendant ce froid-là. La nuit où il a neigé à Lyon, elle l'a passé dehors", raconte-t-elle. 

Le 115 saturé 

Au total, cinq écoles et collèges sont occupées à Lyon et Vaulx-en-Velin. Ailleurs, les familles dorment dans des squats ou chez des amis. Certaines sont contraintes de passer la nuit dehors. Plusieurs tentes ainsi apparaissent chaque nuit du côté de la gare de Lyon-Perrache où Ervis, un papa albanais s'est installé avec ses deux enfants dont Mariol scolarisé en CE2. "Je dors dehors, c'est un peu difficile pour moi", dit-il avec sa voix enfantine. 

"J'appelle tous les jours le 115, raconte ce père, mais ils me disent qu'ils n'y a pas de place", poursuit-il dans un français hésitant. Dans l’école de Mariol, tout près du centre-ville, Christophe, un enseignant, a noté une détérioration cette année. "Sur notre école, on avait une ou deux familles concernées chaque année, affirme ce membre du collectif "jamais sans toit". Et souvent à l'ouverture du plan-froid, ces familles finissaient par trouver quelque chose. Là on est en décembre et on a l'impression qu'il y a aucune solution. Ces familles ne sont pas prioritaires", conclut-il, amer. 

Pourtant, le nombre de places d'hébergements d'urgence est renforcé en hiver, il y en a 1 000 supplémentaires, en plus des 6 000 permanentes. Malgré tout, le système reste engorgé. Selon le collectif "Jamais sans toit", près de 160 enfants à Lyon n’ont aucune solution de logement. Les écoles où ils ont trouvé refuge se disent prêtes à poursuivre le mouvement, même pendant les vacances scolaires. 


À Lyon, 160 enfants et leurs familles sans-abris dorment dans des écoles - Le reportage de Mathilde Imberty
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