Dispositifs anti-SDF à Paris : "Depuis deux ans, c’est comme les champignons. Un peu de pluie et ça pousse partout"

Suivi par près de 16 500 personnes sur Twitter, un sans-domicile fixe a réussi à faire enlever un dispositif dit "anti-SDF" après avoir publié une photo le jour de Noël. Mais ces grilles ne sont qu’un exemple parmi d’autres dans Paris.

Des pics installés au bord d\'un immeuble empêchent quiconque de s\'installer.
Des pics installés au bord d'un immeuble empêchent quiconque de s'installer. (EDOUARD MARGUIER / RADIOFRANCE)
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franceinfoEdouard MarguierRadio France

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Après le tweet d'un sans-abri publié le jour de Noël, la mairie de Paris a fait enlever ces derniers jours un dispositif dit "anti-SDF". Il s'agissait de grilles qui empêchaient les personnes à la rue de dormir sur une bouche d'aération à air chaud, rue de Meaux, dans le 19e arrondissement. Mais d'autres systèmes restent déployés.

Des grilles, des bacs à fleurs ou des porte-vélos

Suivi par quasiment 16 500 personnes sur Twitter, Christian Page est fier d'avoir fait plier la mairie de Paris. "Ils ont bien réagi. Ils se sont rendus compte que c’était un dispositif anti-SDF, mais sur l’espace public, et donc qu'ils en étaient responsables", se félicite celui qui se présente comme SDF 2.0.

Mais ces grilles ne sont qu’un exemple parmi d’autres. Christian Page en a fait les frais dans le 10e arrondissement de Paris, près du Canal Saint-Martin. Jusqu’à cet été, il avait trouvé un hall d’immeuble pour s’abriter de la pluie et du vent. "Je dormais là un petit peu à l’abri. Puis un jour, il y avait un bac à fleurs. Ils en ont mis un de chaque côté. Maintenant je dors ailleurs", raconte-t-il.

Christian Page dormait à l\'abri de cet immeuble, dans le 10e arrondissement de Paris, avant l\'installation des bacs à fleurs. 
Christian Page dormait à l'abri de cet immeuble, dans le 10e arrondissement de Paris, avant l'installation des bacs à fleurs.  (EDOUARD MARGUIER / RADIOFRANCE)

En face, sous le porche du bâtiment, où il était également possible de s’allonger, des porte-vélos ont été installés. "Ce sont les propriétaires qui ont mis ça, explique Christian page qui cite aussi en exemple une douche installée à une entrée de parking du 1er arrondissement. Celui qui squatte là, il se fait doucher."

Le nombre de SDF a augmenté de 50% en dix ans

Christian Page déplore l’essor des dispositifs dit "anti-SDF" dans la capitale. "Depuis deux ans, c’est comme les champignons. Il y a un peu de pluie et ça pousse partout, constate-t-il. Je suis bien conscient que certains SDF se comportent mal et que cela peut gêner les gens. Mais pour ça, ils peuvent appeler la police, ils n’ont pas à punir tous les autres SDF. "

Pour compter et dénoncer ces installations, la fondation Abbé Pierre a lancé le site internet Soyonshumain.fr où chacun peut poster une photo. Jusque-là, 170 lieux ont été répertoriés. "Vous avez des dispositifs qui peuvent être des pics au bord d’un immeuble, des bancs penchés. On a vraiment une palette d’innovations qui fait froid dans le dos, s’alarme Christophe Robert, délégué général de la fondation. Selon lui, ces dispositifs soulignent l’incapacité à endiguer le phénomène des personnes à la rue. "Je rappelle que le nombre de sans-domicile fixe a augmenté de 50% en dix ans. Face à cet échec collectif, notre réponse, c’est de déplacer, d’invisibiliser ou de criminaliser", regrette le responsable de la fondation.

Notre volonté, c’est une prise de conscience collective de l’Etat, des collectivités locales, des citoyens et des commerçants pour se dire : ‘ne peut-on pas faire autrement ?’

Christophe Robert

à franceinfo

Christophe Robert rappelle également la promesse du président faite en juillet à savoir "plus personne dans les rue d'ici la fin de l'année". "On en est loin", déplore le délégué général de la fondation, "mais elle doit être tenue, c'est la responsabilité de la puissance publique."