Quatre questions sur le Forum de l'islam de France, qui remplace le Conseil français du culte musulman

Le ministre de l'Intérieur assiste à la première édition du Forum de l'islam de France (Forif), nouvelle instance qui prend le relais du Conseil français du culte musulman (CFCM). Objectif de l'exécutif : trouver un partenaire fiable face aux difficultés que rencontre la deuxième religion pratiquée en France.

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Le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed Moussaoui (deuxième en partant de la gauche), s'exprime à sa sortie de l'Elysée, entouré par d'autres représentants du CFCM, le 18 janvier 2021. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le nouveau pari du gouvernement et plus particulièrement de Gérald Darmanin est clair : trouver enfin un partenaire officiel pour piloter les dossiers sensibles liés à la pratique de la religion musulmane en France. Après le crash du Conseil français du culte musulman (CFCM), créé en 2003 par Nicolas Sarkozy, le Forum de l'islam de France (Forif), lancé ce samedi 5 février, doit en effet permettre de gérer de façon plus pragmatique les questions liées au statut et de la formation des imams, mais aussi aux aumôneries, aux actes antimusulmans ou encore à l’application de la récente "loi sur les séparatismes".

Franceinfo répond à quatre questions sur la mise en place de cette nouvelle instance qui rassemblera une centaine d’acteurs, investis pour la plupart dans la gestion des 2 600 lieux de cultes musulmans en France.

1Pourquoi l'exécutif a-t-il voulu créer le Forum de l'islam de France ?

Créé en 2003 sous la houlette de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, le Conseil français du culte musulman (CFCM) avait pour objectif de mettre en place un interlocuteur officiel de l'islam pour les pouvoirs publics, comme c'est le cas pour les autres religions en France. Le but était de "faire avancer la représentation de l'islam de France, mais vingt ans plus tard, c'est un échec", regrette Kamel Kabtane, le recteur de la Grande mosquée de Lyon, chez nos confrères de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes.

En raison de trop nombreuses querelles internes entre les huit fédérations nationales ou représentatives des différents courants de l'islam, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé sa dissolution en décembre dernier. Dans le viseur de l'exécutif également : l'ingérence présumée de plusieurs Etats musulmans sur la représentation de l'islam en France, dont la Turquie.

C'est donc le maigre bilan du CFCM qui a conduit le gouvernement à lancer le Forum de l'islam de France, nouvelle instance qui doit désormais se réunir au moins une fois par an.

2Quelles sont les principales différences avec le CFCM ?

Inspiré du Deutsche Islam Konferenz lancé en Allemagne en 2006, le Forum de l'islam de France vise à créer des "formats de dialogues plutôt que d'avoir un interlocuteur unique", selon les mots du ministère de l'Intérieur, rapportés par Le Monde.

Le ministère de l’Intérieur "reprend la main sur la gouvernance de l’islam de France et veut changer d’interlocuteur", dans l'ambition "de faire davantage appel à des représentants de l'islam des territoires", juge sur franceinfo Franck Frégosi, politologue, directeur de recherche au CNRS et membre du Groupe sociétés, religions, laïcités.

Le Forif n’aura donc ni président ni bureau, contrairement au CFCM. Les noms de ses membres ont été suggérés initialement par les préfets de région, avant d'être validés par le ministère de l'Intérieur. Résultat : les personnalités issues de l’organisation turque du Millî Görüs, dont certaines faisaient partie du CFCM, ont été mises sur la touche.

Trois aumôniers nationaux des armées, des prisons et des hôpitaux, et donc en lien avec les ministères concernés, doivent également être nommés. Toujours côté composition de ce nouveau dispositif, une quinzaine de femmes doivent faire partie des cadres.

Autre changement de taille : cette "autorité cultuelle d’accompagnement" doit, selon une note de synthèse citée par l'AFP, "déterminer des critères de sélection des aumôniers, en particulier s’agissant de la formation théologique et intellectuelle". Jusqu’à présent, la désignation des aumôniers nationaux relevait des attributions du CFCM.

3Quelles seront les priorités du Forif ?

Si le Forif planche en priorité sur la formation, le recrutement et le statut des imams, il doit aussi se pencher sur le fonctionnement des aumôneries militaires, pénitentiaires et hospitalières. Un document de travail du Forif prône notamment la création d'une "nouvelle autorité cultuelle de nomination et d’accompagnement des aumôneries" pour établir rapidement les critères de sélection des aumoniers et diffuser de la "documentation théologique".

Sur le sujet épineux du financement du culte, l'exécutif a, en revanche, préféré ne pas créer de groupe de travail au sein du Forif. "L’argent existe dans l’islam de France mais il n’est pas beaucoup utilisé pour les croyants", a déclaré Gérald Darmanin vendredi dernier, cité par Libération. Le patron de la place Beauvau souhaite, pour contrer cet écueil, la mise en place d’une sorte de denier du culte musulman. Le contrôle de la filière halal via une possible taxe a pour le moment été rejeté par le gouvernement, par crainte qu’elle ne favorise le communautarisme. 

4Pourquoi le Forif est-il déjà critiqué ?

La centaine d'acteurs assurant les gestion des 2 600 lieux de cultes musulmans à travers tout le territoire joueront-ils vraiment le jeu avec l'Etat ? Le refus de trois fédérations du CFCM de signer la Charte des principes de l'islam de France en janvier 2021 a inquiété à l'époque les autorités préfectorales. Mais selon le ministère de l'Intérieur, interrogé par Le Monde, "il y a aujourd’hui une appétence pour construire un rapport sain avec les pouvoirs publics".

Kamel Kabtane, le recteur de la grande mosquée de Lyon, regrette cependant que les membres du Forif soient "désignés" et non pas "élus dans leurs départements". "Puisque nous sommes en démocratie, il faut aussi que l'islam soit établi sur des bases démocratiques", déclare-t-il à franceinfo

La naissance du Forif pose la question de l’implication de l’Etat dans l’organisation d’un culte. Avec le risque pour l'Etat d'apparaître comme trop interventionniste. "On est en période électorale donc je pense que dans ce dispositif, il y a aussi une part qui est de mettre en avant l'action du gouvernement actuel", réagit le politiste Franck Frégosi auprès de franceinfo. Dans une tribune au Monde publiée le 31 janvier, il estimait qu'Emmanuel Macron voulait, "comme tant d’autres avant lui, laisser son empreinte" sur l’organisation du culte musulman, voyant dans cette nouvelle gouvernance "une opération médiatique".

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