Formation des enseignants à la laïcité : "L'intention est bonne", mais "les difficultés de mise en œuvre pourront arriver", craint l'UNSA

Le ministre de l'Education a annoncé un grand plan de formation à la laïcité à la rentrée, alors que "l'assassinat de Samuel Paty n'a pas fini de hanter les salles des maîtres", selon le syndicat UNSA. 

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Une classe de l'école Yser à Saint-Lô dans la Manche, en avril 2021.  (LUCIE THUILLET / FRANCE-BLEU COTENTIN)

"L'intention est bonne", mais "les difficultés de mise en œuvre pourront arriver", a réagi mardi 15 juin sur franceinfo, Rémy Sirvent, secrétaire national SE-UNSA, en charge du secteur "laïcité, école et société" après l'annonce du ministre de l'Éducation d'un grand plan de formation pour les enseignants aux questions de la laïcité dès septembre prochain. Jean-Michel Blanquer reprend ainsi l'essentiel des propositions de l'ancien inspecteur du travail Jean-Pierre Obin, à qui un nouveau rapport avait été commandé et qui pointe ce besoin urgent de formation.

franceinfo : Vous partagez le même constant que Jean-Pierre Obin ?

Rémy Sirvent : Bien sûr, puisque nous avons mené l'enquête auprès des enseignants. En 2018, 74% des enseignants du public n'avaient jamais reçu de formation initiale au principe de laïcité et 94% de ces mêmes enseignants n'avaient jamais eu de formation continue. On est dans un état un peu alarmant puisque c'est très difficile, dès lors qu'on n'a pas été formé, de partager le principe de laïcité avec les élèves. Une laïcité bien transmise est avant tout une laïcité bien comprise.

Que doit comporter cette formation ?

On n'a pas encore le détail des mesures, mais ce qui est important pour les élèves, c'est premièrement de comprendre ce qu'est la laïcité et à travers ça, de pouvoir faire la différence entre deux éléments qui sont essentiels dans chacun d'entre nous, entre les connaissances et les croyances. Comprendre le principe de liberté de conscience avec son corollaire, la  liberté d'expression, c'est ce qui participe au pluralisme des idées et c'est très important parce que c'est le socle sur lequel se fonde la démocratie.

Cela va nécessiter beaucoup de formateurs ?

On est vraiment sur un problème parce qu’il va falloir trouver les moyens pour former les formateurs. Et dans l'Éducation nationale, le temps, cela s'appelle des postes. Les postes sont toujours des éléments qui sont rares, notamment sur les territoires. Ce qu'on retient, c'est que premièrement, l'intention est bonne. Elle arrive au bon moment et elle est généreuse. Mais les difficultés de mise en œuvre pourront arriver notamment dans le second degré, où on attend 1 800 suppressions d'emplois. On va voir ce que ça va donner. Mais pour le moment, on est satisfait de voir notre demande entendue.

Depuis la mort de Samuel Paty en octobre 2020, craignez-vous de nouvelles tensions sur la laïcité à l'école ?

Il n'y a pas beaucoup de professions où certains de ses membres se font sauvagement assassiner pour avoir fait leur métier. Et cet assassinat de Samuel Paty n'a pas fini de hanter les salles des maîtres et les salles de professeurs. Encourager les collègues à se saisir de ce principe, notamment en insistant dans les formations sur les aspects pédagogiques pour créer des espaces scolaires, pour conduire les enfants, les adolescents à agir librement, à choisir librement et penser librement, c'est le principe de laïcité, cela demandera un peu de temps parce que oui, la profession enseignante a été fortement et durablement traumatisée par cet assassinat.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Laïcité

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.