Communautarisme : "La solution viendra des fidèles eux-mêmes", estime un ancien membre des Frères musulmans

Médiateur du fait religieux en milieu carcéral, Farid Abdelkrim, estime que la pratique de l'islam "peut être tout à fait compatible avec les lois de la République" et que c'est aux croyants "d'exprimer leurs exigences sur le plan strictement religieux".

Farid Abdelkrim, comédien, médiateur du fait religieux en milieu carcéral et ancien membre des Frères musulmans, auteur de \"Pourquoi j\'ai cessé d\'être islamiste\", le 11 octobre 2016 à Paris.
Farid Abdelkrim, comédien, médiateur du fait religieux en milieu carcéral et ancien membre des Frères musulmans, auteur de "Pourquoi j'ai cessé d'être islamiste", le 11 octobre 2016 à Paris. (JOEL SAGET / AFP)

"Aujourd'hui il faut que les fidèles de cette religion soient en mesure d'exiger une proposition qui tient la route" afin de réorganiser l'islam de France "dans un contexte bien défini qui est le contexte laïc et républicain", a estimé Farid Abdelkrim mardi 18 février sur franceinfo. Le comédien, médiateur du fait religieux en milieu carcéral et ancien membre des Frères musulmans réagissait au déplacement d'Emmanuel Macron à Mulhouse mardi pour parler de "lutte contre le séparatisme" religieux.

franceinfo : Est-ce qu'un destin commun passe par la structuration de l'islam en France, par la formation des imams ?

Farid Abdelkrim : C'est ce que j'appelle de tous mes vœux depuis longtemps. Je pense qu'aujourd'hui il est temps de mettre de l'ordre dans le désordre qui caractérise aujourd'hui l'islam en séparant les ordres, en envisageant une organisation qui ne soit pas ici pour représenter les musulmans mais véritablement pour penser la religion musulmane dans un contexte bien défini qui est le contexte laïc et républicain. Donc effectivement la formation des imams participe de ce projet-là, puisque nous devons pointer du doigt les carences, les failles, les tares d'un certain nombre d'imams et de prédicateurs qui aujourd'hui en France n'appellent pas à faire de l'islam une religion qui s'inscrit dans le paysage qui est le nôtre.

Vous êtes vous-même un ancien Frère musulman. Aujourd'hui l'islam en France se résume à quoi ?

Pour moi l'islam de France, c'est avant tout l'islam d'un très très grand nombre de citoyens qui aujourd'hui ont intégré le fait que l'État dans lequel nous vivons est un état laïc, que cette religion fait partie des choses qui peuvent s'inscrire dans leur quotidien, qu'ils ont le droit d'être croyants comme ils ont le droit de ne pas l'être. Et puis il y a ceux qui font énormément de bruit, qui profitent des déficits ou des absences, là où nous devrions être pour faire des propositions. Je suis plutôt de ceux qui pensent qu'il faut combattre avec, et leur faire entendre que cette pratique de l'islam peut être tout à fait compatible avec les lois de la République.

Comment faire pour mieux organiser l'islam de France ? Nicolas Sarkozy avait créé le CFCM le conseil français du culte musulman en 2005, vous vous êtes opposé à lui.

Opposé à lui c'est beaucoup dire. Je faisais partie des Frères musulmans effectivement et j'avais, pour le dire crûment, une grande gueule et nous étions effectivement porteurs d'un certain projet qui consistait à prendre la place dirigeante du CFCM. Aujourd'hui on se rend compte, et ce n'est pas pour jeter la pierre aux dirigeants du CFCM, que le bilan est plus que négatif. Je pense que la solution viendra inévitablement des fidèles eux-mêmes, le jour où ils seront en capacité d'exprimer leurs exigences sur le plan strictement religieux. Faites-nous une proposition audible et intelligible sur le plan cultuel, sur le plan théologique, sur le plan spirituel ! Le reste, tout ce qui relève du politique etc. on sait exactement comment ça fonctionne dans notre pays. Aujourd'hui il faut que les fidèles de cette religion soient en mesure d'exiger une proposition qui tient la route.